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Poésie

Posts Tagged ‘coïncider’

Il faut que tu écrives au centre de l’espace (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2020



Parce que tu es
Au centre de l’espace
Quand tu écris.

Le poème s’organise
Autour d’un centre.

Parce que le poème
Exige un centre,

Il faut que tu écrives
Au centre de l’espace.

C’est ton devoir de faire
Que les deux autres coïncident.

*

Le tremblement
Qui dans le poème agite
Les mots, les blancs entre les mots,

Qui agite aussi
Tout ce que le poème
Laisse voir ou deviner,
Même l’espace qu’il ouvre,

Ce tremblement
Est peut-être dû

Au fait que les deux centres
Se poursuivent pour s’épouser,

Craignent
De réussir,

(Guillevic)

Illustration: ArbreaPhotos

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L’INSTANT (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2019




L’INSTANT

Jamais, jamais plus
Cet instant, jamais
Ces lentes rides
A travers l’eau lisse,
Et jamais plus ces
Nuages blancs et gris
Dans le ciel cristallin vif
Bleu comme le cri du sterne,
Strident parmi l’air léger,
Salé par l’océan,
Adouci par les fleurs.

Ici coïncident
Les longues histoires
Des formes récurrentes
Qui se touchent en un point
Et se quittent dans l’instant,
Les vagues rapides
Du vent et de l’eau,
Le rythme plus lent
De l’usure des roches,
De l’enfoncement des terres.

Dans les lacs fertiles
Le cycle de vie
Des algues brunes
Entrecroise
Les fréquences
Des divers coquillages
Chacun avec son arc
Sa spirale singulière
Filée à partir d’un point
En ton et demi-ton
D’une octave formelle.

Ici viennent planer
Les mouettes blanches
Qui lentement tournent
Au-dessus des îles
OEillets de mer et herbe salée,
Eider et fou de Bassan,
Courlis et cormoran,
Chacun a son mode .
Personnel d’extase
Nouée dans le dessin,
Le courant incessant
De l’espèce perpétuelle,
Répétée, renouvelée
Par le vouloir de la joie
Dans des oeufs mis à l’abri
De corniches escarpées.

Le soleil qui se lève
Sur une terre, se couche
Sur une autre.
Rapidement les fleurs
Croissent et se flétrissent,
Le grand iris jaune
Déploie sa corolle
Quand les primevères se fanent,
Les volutes des fougères
Se déroulent, les moucherons
Dansent le temps d’une heure
Dans l’air du soir,
La phalène brune émerge
De sa chrysalide
Et les os de l’alouette
Tombent épars dans l’herbe.

Le soleil qui s’est levé
De la mer ce matin
Ne reviendra jamais,
Car la lumière diffuse
Qui fait briller les feuilles
Et miroite sur l’eau
Poursuivra cette nuit
Son très long voyage
Hors de l’univers.
Jamais plus ce soleil,
Ce monde, jamais plus
Cet unique témoin.

***

THE MOMENT

Never, never again
This moment, never
These slow ripples
Across smooth water,
Never again these
Clouds white and grey
In sky sharp crystalline
Blue as the tern’s cry
Shrill in light air
Salt from the ocean,
Sweet from flowers.

Here coincide
The long histories
Of forms recurrent
That meet at a point
And part in a moment,
The rapid waves
Of wind and water
And slower rhythm
Of rock weathering
And land sinking.

In teeming pools
The life cycle
Of brown weed
Is intersecting
The frequencies
Of diverse shells
Each with its variant
Arc or spiral
Spun from a point
In tone and semitone
Of formal octave.

Here come soaring
White gulls
Leisurely wheeling
In air over islands
Sea pinks and salt grass,
Gannet and eider,
Curlew and cormorant
Each a differing
Pattern of ecstasy
Recurring at nodes
In an on-flowing current,
The perpetual species,
Repeated, renewed
By the will of joy
In eggs lodged safe
On perilous ledges.

The sun that rises
Upon one earth
Sets on another.
Swiftly the flowers
Are waxing and waning,
The tall yellow iris
Unfolds its corolla
As primroses wither,
Scrolls of fern
Unroll and midges
Dance for an hour
In the evening air,
The brown moth
From its pupa emerges
And the lark’s bones
Fall apart in the grass.

The sun that rose
From the sea this morning
Will never return,
For the broadcast light
That brightens the leaves
And glances on water
Will travel tonight
On its long journey
Out of the universe,
Never this sun,
This world, and never
Again this watcher.

(Kathleen Raine)

Illustration: Andrew Judd

 

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En toi (Jean Cocteau)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2019


meditation2

en toi faible
un chant de mondes
coïncide

(Jean Cocteau)

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Personne et cependant l’immensité de l’être (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2019



    

Personne et cependant l’immensité de l’être
L’infini lègue aux choses un vêtement d’éther

Chemin de l’un vers l’unité
Le présent se donne à l’instant

Ici l’intensité
L’arc du corps

Ici l’effort
La corde raide

Ici l’énergie
La flèche en vérité

La cible sans circonférence ni centre coïncide avec la visée
L’archer s’éveille à la réalité

C’est l’éclair de haute pression physique
Où la terre sombre dans l’eau

Et la noyade appelle la fièvre
Et l’eau sombre dans le feu

De ce brasier les corps s’évadent
Le feu sombre dans l’air

Alors du vide de la chute
Monte le souffle en partage

Avec la lumière
Et la lumière de la lumière

(André Velter)

 

Recueil: Le Haut-Pays suivi de La traversée du Tsangpo
Traduction:
Editions: Gallimard

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Laisse, ô ami, ton âme s’élever (al Majdhûb)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2018



 

Laisse, ô ami, ton âme s’élever jusqu’en ce lieu
secret où coïncident les regards :
J’ai noyé mon regard dans le sien
loin de toute chose éphémère.
J’ai bien regardé et je n’ai vu que Lui
et je m’en suis allé, serein.

(al Majdhûb)

 

 

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Insoluble contradiction (Dominique Grandmont)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018



 

Marie Hurtrel   contradictionl

Insoluble contradiction :
le poème tente, avec des mots, une sortie de tout langage.
Je suis d’un seul côté du monde, dit le poète.

Mais pour autant, je ne suis pas prêt à échanger mon poème contre la seule réalité du symbole.
Il faut que je m’en sorte, avec les moyens qui sont les miens, pas contre eux.
Car à force de vouloir court-circuiter les opérations (douteuses ou défectueuses) du cerveau,
on en arrive (il faudrait dire : on en revient) à des automatismes-rois et à légitimer une élaboration zéro.

Il faut donc que je me fasse une idée neuve du sens,
lequel ne coïncide pas avec celui de tous les jours, qui guide la lecture.
Ni pour ni parce que, cela veut dire que le poème ne devient un milieu de réfraction propre
qu’en faisant reculer les limites existantes,
celle aussi bien du préalable qu’à l’autre bout, la preuve par l’utilité.

On n’écrit pas pour atteindre un lecteur.
On écrit quand on est soi-même devenu ce lecteur,
quand on est — tel le traducteur devant son original —
le premier lecteur de ce qu’on écrit (et donc pas le dernier).

(Dominique Grandmont)

Illustration: Marie Hurtrel

 

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Je t’appelle (Nuno Júdice)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2018



Je t’appelle.
Un murmure de lumière, par instants,
coïncide avec l’illusion d’une réponse.

(Nuno Júdice)

Illustration Arbreaphotos

 

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Le centre de l’amour (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2018



    

Le centre de l’amour
ne coïncide pas toujours
avec le centre de la vie.

L’un et l’autre centre
se cherchent alors
comme deux animaux affligés.
Mais presque jamais ne se trouvent,
car la clef de la coïncidence est autre :
naître ensemble.

Naître ensemble,
comme devraient naître et mourir
tous les amants

(Roberto Juarroz)

 

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Ca ne viendra pas, mais on guette (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2018


ciel

 

Au matin, pourtant, tout ressemblerait au bonheur.
Si on savait ce qu’est le bonheur.
La lumière et la chaleur pourraient donner une idée
sans cette sorte d’ombre qui glisse entre objet et regard.
C’est peut-être pour ça qu’on est perdu.
Parce qu’on ne coïncide pas.
Ou si peu.
Et c’est ce peu qu’on cherche.
Entre deux gestes, deux mots,
au milieu de la foule,
dans une pièce vide.
Faute de mieux on dit: c’est un souffle, c’est de l’air.
Comme celui, léger, qui entre par la fenêtre entr’ouverte.
L’embrasure, oui, mais sans la beauté du mot.
Alors on guette.
Ca ne viendra pas,
mais on guette.

(Jacques Ancet)

 

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Le centre de l’amour (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018



Illustration: Vladimir Kush
    
Le centre de l’amour
ne coïncide pas toujours
avec le centre de la vie.

L’un et l’autre centres
se cherchent alors
comme deux animaux affligés.
Mais presque jamais ne se trouvent,
car la clé de la coïncidence est autre :
naître ensemble.

Naître ensemble,
comme devraient naître et mourir
tous les amants

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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