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Poésie

Posts Tagged ‘colère’

Serai je consolée un jour (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2019



Illustration: Edvard Munch

    
Serai je consolée un jour – ou punie – de mes colères contre la Mort ?
Car j’ai eu beau lire, apprendre, savoir, penser
et croire tout le bien qu’on peut dire d’elle,
la Mort m’a toujours trouvée hurlante à la face du Ciel.

(Marie Noël)

 

Recueil: Les Chansons et les Heures / Le Rosaire des joies
Traduction:
Editions: Gallimard

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NOTRE VILLE FLAMBE (Mordehaï Gebirtig)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019




    
NOTRE VILLE FLAMBE

Ça flambe, mes frères, ça flambe,
C’est notre ville, hélas, qui flambe,
Des vents cruels, des vents de haine
Soufflent, déchirent, se déchaînent
Les flammes sauvages s’étendent
Aux environs déjà tout flambe.

Et vous, vous êtes là, vous regardez
Les mains immobiles,
Et vous, vous êtes là, vous regardez
Brûler notre ville…

Ça flambe, mes frères, ça flambe
C’est notre ville, hélas, qui flambe
Et les flammes carnassières
Dévorent notre ville entière
Et les vents de colère hurlent
Notre ville brûle.

Et vous, vous êtes là, vous regardez,
Les mains immobiles,
Et vous, vous êtes là, vous regardez,
Brûler notre ville…

Ça flambe, mes frères, ça flambe,
Oh l’heure peut venir, hélas
Où notre ville et nous ensemble
Ne serons plus rien que des cendres,
Seuls resteront, comme après une guerre,
Des murs noircis, des murs déserts.

Et vous, vous êtes là, vous regardez,
Les mains immobiles,
Et vous, vous êtes là, vous regardez
Brûler notre ville…

Ça flambe, mes frères, ça flambe,
Il n’est de salut qu’en vous-mêmes,
Prenez les outils, éteignez le feu,
Éteignez-le de votre propre sang.
Vous le pouvez, alors prouvez-le !

Ne restez pas ainsi, frères, à regarder,
Les mains immobiles,
Frères, n’attendez pas, éteignez l’incendie
Qui brûle notre ville.

(Mordehaï Gebirtig)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE SOMMEIL (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2019



 

Ingrid Tusell  (29)

LE SOMMEIL

Penses-tu que ces fleurs, ces feuilles et ces fruits,
Et cet âpre laurier plus amer que la cendre,
Penses-tu que mes mains pour eux les aient cueillis?

Si j’ai mêlé tout bas à l’onde des fontaines
Les larmes que leur eau pleure encore aujourd’hui,
Crois-tu que j’ignorais combien elles sont vaines?

Si, debout, j’ai marché sur le sable changeant,
Était-ce pour marquer mon pas sur son arène,
Puisqu’il n’en reste rien quand a passé le vent?

Et pourtant j’ai voulu être un homme et me vivre
Et faire tour à tour ce que font les vivants;
J’ai noué la sandale à mon pied pour les suivre.

Amour, haine, colère, ivresse, j’ai voulu,
Par la flûte de buis comme au clairon de cuivre,
Entendre dans l’écho ce que je n’étais plus.

Si j’ai drapé mon corps de pourpres et de bures,
N’en savais-je pas moins que mon corps était nu
Et que ma chair n’était que sa cendre future?

Non, ce laurier sans joie et ces fruits sans désir,
Et la vaine rumeur dont toute vie est faite,
Non, tout cela, c’était pour pouvoir mieux dormir

L’ombre définitive et la nuit satisfaite!

(Henri De Régnier)

Illustration: Ingrid Tusell

 

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LE PASSÉ (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2019



 

feu 1

LE PASSÉ

Avec des mains de haine et de colère, Amour!
J’ai rompu rudement à mon genou farouche
Le beau cep qui porta la grappe dont toujours
Le goût voluptueux se ravive à ma bouche;

Et j’ai fait, tout ce jour, des treilles de ma vie
Brûler le sarment sec et la feuille séchée
Pour qu’il n’en reste au soir que la cendre et la suie
Qui demeurent après une vaine fumée.

Et c’est ainsi qu’avant que s’éteignît dans l’ombre
Ce feu dont les tisons ont mordu la nuit sombre,
O Passé, j’ai voulu que ta flamme suprême

Couronnât et rougît une dernière fois,
Comme d’un éclatant et pourpre diadème,
Le visage brûlant que je penchais sur toi.

(Henri De Régnier)

 

 

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Lumière (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2019



Ce n’est pas vrai
Que tout amour décline.

Ce n’est pas vrai
Qu’il nous donne au malheur.

Ce n’est pas vrai
Qu’il nous mène au regret.

Quand nous voyons à deux
La rue vers l’avenir.

Ce n’est pas vrai
Que tout amour dérive.

Quand les forces qui montent
Ont besoin de nos forces.

Ce n’est pas vrai
Que tout amour pourrit.

Quand nous mettons à deux
Notre force à l’attaque.

Ce n’est pas vrai
Que tout amour s’effrite.

Quand le plus grand combat
Va donner la victoire.

Ce n’est pas vrai du tout
Ce qu’on dit de l’amour.

Quand la même colère
A pris les deux qui s’aiment.

Quand ils font de leurs jours
Avec les jours de tous
Un amour et sa joie.

(Guillevic)

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Au fond de la casserole (Thomas Vinau)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2019




    
Au fond de la casserole
(à Roger Lahu)

Le pot-au-feu popote
dans la grande nuit qui tombe
les poireaux
les carottes
les patates et la viande
dessinent des fantômes
en buée sur les vitres
je vous attends
en mijotant
en bouillonnant
comme un vieux plat
d’automne
au fond de la cocotte
ma colère
mes silences
et ma connerie d’homme
quand vous serez là
la nuit sentira bon
et moi je serai
cuit

(Thomas Vinau)

 

Recueil: Juste après la pluie
Traduction:
Editions: Alma

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Continuer (Thomas Vinau)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2019



    
Continuer

Beaucoup de choses
se bousculent en moi
beaucoup de colère
et d’amour
de la peur aussi
bien sûr
cette tendresse
de prédateur
cette impression de vivre
comme un ciel d’orage
orange
balafré de soleil

(Thomas Vinau)

 

Recueil: Juste après la pluie
Traduction:
Editions: Alma

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La guerre est en nous (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2019



 

La guerre est en nous
avec ce feu qui nous hante
ces lueurs qui mordent
ces cris ces mots
à travers nos dents serrées
et toute cette colère qui flamboie
la guerre est en nous
puisque la mort
comme un trésor caché
repose attend se tait et pourrit…

(Philippe Soupault)

 

 

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Chaleur (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2019



Chaleur

Dans une éclaircie du ciel
La lumière déploie un éventail
Le soleil donne libre cours à sa colère
Il fait vraiment très chaud
Et nous avons l’impression
Que l’univers entier
Pivote sur lui-même

Ton rire de cristal
Est sur le point de se briser
Tant il éclate
Devant ma mine

Tes seins se soulèvent
Et pointent vers un ailleurs
Dans une clarté trop vive
Qui dilue les formes
Et broie les contours
Nous nous baignons
Dans l’écume du torrent
Pour nous rafraîchir

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration: Jan Van Beers

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BARDO (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2019




    
BARDO
(Métamorphose des 5 poisons)

Je garde l’énergie d’une colère sans haine,
j’affronte l’ignorance sans cérémonie,
je repousse l’émotion jalouse sans complaisance,
j’accède à l’intensité du désir sans plus d’attachement,
je sais l’orgueil nocif mais tiens au sursaut de l’être
à l’aplomb de lui-même.

(Vairocana)
Ce n’est déjà plus l’heure
de survivre à blanc
au centre des illusions ou des cieux,
la roue a pris le temps de vitesse
et distancé les dieux,
elle rejoint la sphère pareille
à la conscience pure, sans limites et sans âge.

(Aksobhya)
J’ai confié ma colère
à la lumière bleue
qui se lève à l’est,
ô sagesse, ô miroir,
comme un baiser à bouche close
chante un autre ciel
libre de nos enfers.

(André Velter)

 

Recueil: Le Haut-Pays suivi de La traversée du Tsangpo
Traduction:
Editions: Gallimard

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