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Poésie

Posts Tagged ‘colère’

Propos du prisonnier (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2019




    
Propos du prisonnier

Raies de lumière sur nos murs
coincées dans l’ombre des barreaux
vous expliquez cette aventure
où tout l’amour semble de trop

nuit verrouillée sans ouverture
tu régnerais dans nos cachots
rien que la nuit la nuit qui mure
battant du pas de nos bourreaux

la moindre fente qui répand
cette chaleur d’un monde clair
vaudra toujours tout le ciment
où tourne en rond notre colère.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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Le tigre (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Le tigre

Je suis le tigre.
Je te guette parmi les feuilles
aussi grandes que des lingots
de minerai mouillé.

Le fleuve blanc grandit
sous la brume. Te voici.

Tu plonges nue.
J’attends.

Alors d’un bond,
feu, sang et dents,
ma griffe abat
ta poitrine, tes hanches.

Je bois ton sang, je brise
tes membres, un à un.
Et je reste dans la forêt
veiller durant des années
tes os, ta cendre,
immobile, à l’écart
de la haine et de la colère,
désarmé par ta mort,
traversé par les lianes,
immobile sous la pluie,
sentinelle implacable
de mon amour, cet assassin.

(Pablo Neruda)

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AVENTURE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2019




    
AVENTURE

Était-ce hier ou clans un temps lointain ?

La vibration de l’air à peine on l’entendait
(C’était le cri de l’alouette invisible)

J’étais seul, habité par une multitude muette
où grondait la colère des mauvais jours.

Dans cette large plaine coulait sans doute un fleuve
et au-delà pâlissaient les montagnes mais on ne les voyait pas

Le reflet de ma peine
identique à ma joie
plongeait dans les ténèbres vides.

Quelqu’un passa, ou quelque chose
« Qui est là ? » — demandai-je

Nul ne répondit.
Mais une feuille tomba

et le rideau s’entrouvrit
sur le paisible abîme de mes jours.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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JUSQUE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2019



Illustration:Ana Cruz
    
JUSQUE

Par milliers millions milliards
voie lactée incalculable
forêt chaque arbre un rappel
chaque campanule autant de cloches
dans les prés du souvenir
chaque nuage jamais retrouvé
dans le ciel de la mémoire
écumes que l’océan impose
pour toutes les marées
celles de la honte du désespoir
de la mélancolie
et les vagues de regrets de remords
qui se brisent quand vient la nuit
Orages oubliés éclairs de colère
éclairs des déchirements
le sang coulera-t-il longtemps
le prochain orage qu’on n’attendait plus
plus jamais
Et pourtant le premier coup de tonnerre
la même catastrophe et la même chanson

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et Poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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LES SECRETS DU MÉTIER (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



LES SECRETS DU MÉTIER

Je n’ai que faire des glorieux héros,
Non plus que des inventions élégiaques;
Il faut faire des vers mal à propos,
Comme ça, tout à trac.

Si vous saviez sur quel terreau d’ordures
Sans vergogne le poème jaillit —
Comme les orties, les moisissures,
La bardane, les pissenlits.

— Odeur du goudron, cri de colère,
Une tache secrète de lichen —
Et la strophe surgit, tendre ou amère,
Pour votre joie et la mienne

(Anna Akhmatova)

 

 

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Cette lettre, ami, ne la froisse pas (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019




Cette lettre, ami, ne la froisse pas;
Tâche de la lire, amour, jusqu’au bout.
J’en ai assez d’être une inconnue,
D’être sur ta route une étrangère.

Non, pas ces yeux-là, pas cette colère !
Je suis à toi, je suis celle que tu aimes.
Je ne suis ni bergère, ni reine,
Ni non plus, à coup sûr, religieuse…

Dans cette robe grise de tous les jours,
Sur ces talons usés…
Comme avant, mon étreinte brûle,
Et mes grands yeux disent la peur.

Cette lettre, ami, ne la froisse pas,
Le mensonge est de toujours; ne pleure pas.
Mets-la dans ta pauvre musette,
Mets-la, s’il te plaît, tout au fond.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Jonathan Janson

 

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On ne sait comment avancer (Richard Rognet)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019




    
On ne sait comment
avancer puisque rien
n’a jamais commencé,

nous piétinons dans
les coulisses d’un
opéra où les récitatifs
dessèchent nos paroles,

où les airs, da capo
ou pas, nous signifient
que la fête est finie,

mais puisque rien n’a
commencé, cette fin
ne nous remplira ni

de colère, ni de chagrin,
ni même de regrets — nous
irons nous cacher au fond
d’une forêt heureuse.

(Richard Rognet)

 

Recueil: Un peu d’ombre sera la réponse
Traduction:
Editions: Gallimard

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Il n’aurait fallu (Louis Aragon)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2019



 

George Clair Tooker 1920-2011 - American Magic Realist painter - Tutt'Art@ (28) [1280x768]

Il n’aurait fallu
Qu’un moment de plus
Pour que la mort vienne
Mais une main nue
Alors est venue
Qui a pris la mienne

Qui donc a rendu
Leurs couleurs perdues
Aux jours aux semaines
Sa réalité
À l’immense été
Des choses humaines

Moi qui frémissais
Toujours je ne sais
De quelle colère
Deux bras ont suffi
Pour faire à ma vie
Un grand collier d’air

Rien qu’un mouvement
Ce geste en dormant
Léger qui me frôle
Un souffle posé
Moins Une rosée
Contre mon épaule

Un front qui s’appuie
À moi dans la nuit
Deux grands yeux ouverts
Et tout m’a semblé
Comme un champ de blé
Dans cet univers

Un tendre jardin
Dans l’herbe où soudain
La verveine pousse
Et mon coeur défunt
Renaît au parfum
Qui fait l’ombre douce

(Louis Aragon)

Illustration: George Clair Tooker

 

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Attends (Jean-Pierre Siméon)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2019



Illustration: Danielle Decollonge
    
Attends que ta colère
comme le vent se fatigue.

***

(Jean-Pierre Siméon)

 

Recueil: Le Livre des petits étonnements du sage Tao Li Fu
Traduction: Meng Ming
Editions: Cheyne

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TROIS CHEVAUX (Edmond Vandercammen)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



chevaux endormis 0

TROIS CHEVAUX

Trois chevaux dorment dans la prairie ;
Ils ont chaud de l’herbe et de leur sang,
La neige éternelle de leurs yeux
Doucement fond à leurs paupières.

Ils ont chaud du ventre de la terre :
Il leur suffit d’éprouver la flamme
Qui se défait dans la peur du vent.
ll leur suffit d’attendre la nuit.

Aucun homme n’effraye leur songe ;
Ils n’entendent plus gémir les âmes
Dont la marche dérange l’amour
Et la peine épargne la colère.

Suavement ils rêvent d’un arbre
Dont l’odeur est céleste et sauvage ;
Une ombre atteint l’ombre de leur corps
Et douce se couche maternelle.

Trois chevaux las sans rien pour s’unir
Respirent l’absence du désir.
Leurs flancs couvrent la piste des morts,
Et l’herbe pousse autour comme fait le silence.

(Edmond Vandercammen)

Illustration

 

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