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Posts Tagged ‘colombe’

L’infinie (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2020



L’infinie

Tu vois ces mains ? Elles ont mesuré
la terre, elles ont séparé
minéraux et céréales,
elles ont fait la paix, la guerre,
abattu les distances
de toutes les mers et de tous les fleuves,
pourtant,
quand elles te parcourent
toi, la petite,
le grain de blé, l’alouette,
elles n’arrivent pas à t’étreindre en entier,
elles peinent pour atteindre
les colombes jumelles
qui sur tes seins reposent ou volent,
elles parcourent les distances de tes jambes,
elles s’enroulent à la clarté de ta ceinture.
Tu es pour moi un trésor plus chargé
d’immensité que la mer et ses grappes
et tu es blanche et bleue et tu es vaste comme
la terre à l’heure des vendanges.
Sur ce territoire,
de tes pieds à ton front
je passera ma vie
à marcher, à marcher, à marcher.

(Pablo Neruda)


Illustration: John Collier

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L’infinie (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2019




L’infinie

Tu vois ces mains ? Elles ont mesuré
la terre, elles ont séparé
minéraux et céréales,
elles ont fait la paix, la guerre,
abattu les distances
de toutes les mers et de tous les fleuves,
pourtant,
quand elles te parcourent
toi, la petite,
le grain de blé, l’alouette,
elles n’arrivent pas à t’étreindre en entier,
elles peinent pour atteindre
les colombes jumelles
qui sur tes seins reposent ou volent,
elles parcourent les distances de tes jambes,
elles s’enroulent à la clarté de ta ceinture.
Tu es pour moi un trésor plus chargé
d’immensité que la mer et ses grappes
et tu es blanche et bleue et tu es vaste comme
la terre à l’heure des vendanges.
Sur ce territoire,
de tes pieds à ton front
je passera ma vie
marcher, à marcher, à marcher.

(Pablo Neruda)

Illustration: Fernand Cormon

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Maison dans le matin, confuse vérité (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2019



Maison dans le matin, confuse vérité
de plumes et de draps, origine du jour
errant, sans direction, comme une pauvre barque,
entre les horizons de l’ordre et du sommeil.
Ô choses désirant entraîner des vestiges,
adhérence immobile et stérile héritage,
les papiers cachent des voyelles chiffonnées,
la bouteille de vin veut poursuivre son hier.
Tu passes, ordonnatrice, ô ma vibrante abeille,
les régions que tu touches échapperont à l’ombre,
de ta blanche énergie tu conquiers la lumière.
Et se reconstruisant alors dans la clarté,
les choses à nouveau vont au vent de la vie
l’ordre établit enfin son pain et sa colombe.

***

La casa en la mañana con la verdad revuelta
de sábanas y plumas, el origen del día
sin dirección, errante como una pobre barca,
entre los horizontes del orden y del sueño.
Las cosas quieren arrastrar vestigios,
adherencias sin rumbo, herencias frías,
los papeles esconden vocales arrugadas
y en la botella el vino quiere seguir su ayer.
Ordenadora, pasas vibrando como abeja
tocando las regiones perdidas por la sombra,
conquistando la luz con tu blanca energía.
Yse construye entonces la claridad de nuevo :
obedecen las cosas al viento de la vida
y el orden establece su pa ny su paloma.

(Pablo Neruda)

Illustration: Louise Georgette Agutte

 

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Comment m’appeler ? (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2019



Illustration: pierres qui roulent

    

Comment m’appeler ?

Arbre je fus un jour et attaché,
puis oiseau m’échappai, libre comme l’air,
dans un fossé trouvé enchaîné,
un œuf souillé en se brisant brisa mes fers.

Comment me garder? J’ai oublié
d’où je viens et où je vais,
de tant de corps suis possédé,
un piquant résistant et un chevreuil en fuite.

Ami aujourd’hui des branches d’érable,
demain sur le tronc je porte la main…
Quand la faute commença-t-elle sa ronde infernale
me menant de semence en semence sans fin ?

Mais en moi chante encore un commencement
– ou bien une fin – et combat ma fuite,
je veux échapper à cette faute, à sa flèche
qui en grain de sable ou canard sauvage me cherche.

Peut-être puis-je un jour me reconnaître
une colombe une pierre qui roule… Manque
un mot seulement ! Comment m’appeler
sans être dans une autre langue ?

***

Wie soll ich mich nennen?

Einmal war ich ein Baum und gebunden,
dann entschlüpft ich als Vogel und war frei,
in einen Graben gefesselt gefunden,
entließ mich berstend ein schmutziges Ei.

Wie hait ich mich? Ich habe vergessen,
woher ich komme und wohin ich geh,
ich bin von vielen Leibern besessen,
ein harter Dom und ein flüchtendes Reh.

Freund bin ich heute den Ahornzweigen,
morgen vergehe ich mich an dem Stamm…
Wann begann die Schuld ihren Reigen,
mit dem ich von Samen zu Samen schwamm?

Aber in mir singt noch ein Beginnen
— oder ein Enden — und wehrt meiner Flucht,
ich will dem Pfeil dieser Schuld entrinnen,
der mich in Sandkorn und Wildente sucht.

Vielleicht kann ich mich einmal erkennen,
eine Taube einen rollenden Stein…
Ein Wort nur fehlt! Wie soll ich mich nennen,
ohne in anderer Sprache zu sein.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Après ce déluge (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2019



Illustration: Pablo Picasso
    
Après ce déluge

Après ce déluge
j’aimerais voir la colombe
et rien que la colombe
encore une fois sauvée

Je sombrerais sans doute dans cette mer !
si elle ne s’envolait
si elle n’apportait pas
à la dernière heure la feuille.

***

Nach dieser Sintflut

Nach dieser Sintflut
möchte ich die Taube,
und nichts als die Taube,
noch einmal gerettet sehn.

Ich ginge ja unter in diesem Meer!
sie nicht aus,
brächte sie nicht
in letzter Stunde das Blatt.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Au vent du printemps (Yosano Akiko)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2019



    

Au vent du printemps
Volent les fleurs de cerisier
Pagode du soir
Dont je vais faire poème
Sur les ailes d’une colombe

(Yosano Akiko)

 

Recueil: Cheveux emmêlés
Traduction: Claire Dodane
Editions: Les Belles Lettres

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L’HEURE (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2019



 

bassin-apollon-versailles [1280x768]

L’HEURE

L’invariable buis et le cyprès constant
Bordent l’allée égale et le parterre où songe
Dans le bassin carré l’eau qui reflète et ronge
Un Triton fatigué de sa conque qu’il tend;

En sa gaîne de pierre aussi l’hermès attend
Que tourne autour de lui son socle qui s’allonge;
Un Pégase cabré, le pied pris dans sa longe,
Lève un sabot de bronze et gonfle un crin flottant.

L’heure est longue pour ceux qui, figés en statues,
Vol brisé, saut captif, dont les voix se sont tues,
Demeurent au jardin vaste et monumental;

Et le Temps qui s’en va, hibou noir ou colombe,
Dessine au vieux cadran de pierre et de métal
Une aile d’ombre oblique où fuit le jour qui tombe.

(Henri De Régnier)

Illustration

 

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Le merveilleux chez cet être (René Char)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2019



 

Pietro Annigoni beato-giovanni-angelico- -1983

Le merveilleux chez cet être:
toute source, en lui,
donne le jour à un ruisseau.
Avec le moindre de ses dons
descend une averse de colombes.

(René Char)

Illustration: Pietro Annigoni

 

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En méditerranée (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 26 septembre 2019



 

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En méditerranée

Dans ce bassin où jouent
Des enfants aux yeux noirs,
Il y a trois continents
Et des siècles d´histoire,
Des prophètes des dieux,
Le Messie en personne.
Il y a un bel été
Qui ne craint pas l´automne,
En Méditerranée.

Il y a l´odeur du sang
Qui flotte sur ses rives
Et des pays meurtris
Comme autant de plaies vives,
Des îles barbelées,
Des murs qui emprisonnent.
Il y a un bel été
Qui ne craint pas l´automne,
En Méditerranée.

Il y a des oliviers
Qui meurent sous les bombes
Là où est apparue
La première colombe,
Des peuples oubliés
Que la guerre moissonne.
Il y a un bel été
Qui ne craint pas l´automne,
En Méditerranée.

Dans ce bassin, je jouais
Lorsque j´étais enfant.
J´avais les pieds dans l´eau.
Je respirais le vent.
Mes compagnons de jeux
Sont devenus des hommes,
Les frères de ceux-là
Que le monde abandonne,
En Méditerranée.

Le ciel est endeuillé,
Par-dessus l´Acropole
Et liberté ne se dit plus
En espagnol.
On peut toujours rêver,
D´Athènes et Barcelone.
Il reste un bel été
Qui ne craint pas l´automne,
En Méditerranée.

(Georges Moustaki)

 

 

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TRIANON (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2019



 

Trianon

TRIANON

Un souvenir royal, mélancolique et tendre,
Erre dans le palais et rôde par l’allée,
Destin à qui la Mort tragique s’est mêlée,
Poudre et fard devenus du sang et de la cendre.

Dans le jardin désert j’entends la hache fendre
Le saule où roucoula la colombe envolée;
Les roses ont fleuri l’ombre du mausolée,
Et le ruisseau s’attarde et le banc semble attendre.

Un souvenir s’accoude au dossier des fauteuils;
Un pas résonne encor sur le marbre des seuils;
Un fantôme au miroir vient sourire et s’efface.

Le bassin se tarit, et les feuilles au fond
Dessinent, sous l’eau noire où leur or s’entrelace,
La couronne d’un chiffre et la lettre d’un nom.

(Henri De Régnier)

Illustration

 

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