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Poésie

Posts Tagged ‘combinaison’

Bricolage (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2020



Illustration: Josephine Wall
    
Bricolage

Tu naquis d’un bricolage
Du génial univers
Par étranges combinaisons
Par surprise et par liaisons
Tu devins Toi plutôt que mouche
Plutôt que zèbre souris lion
Surgi du magma des possibles
Et de la souche de toute vie
Tu devins Toi
Unique au monde
Face à l’éphémère défi.

(Andrée Chedid)

 

Recueil: Rythmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Jour nuit soleil et arbres (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2020



Jean Tardieu
    
(Recueil Jours pétrifiés)
Jour nuit soleil et arbres

Certains mots sont tellement élimés, distendus, que ‘l’on peut voir le jour au travers.
Immenses lieux communs, légers comme des nappes de brouillard – par cela même difficile à manœuvrer.
Mais ces hautes figures vidées, termes interchangeables, déjà près de passer dans le camp des signes algébriques,
ne prenant un sens que par leur place et leur fonction, semblent propres à des combinaisons précises
chaque fois que l’esprit touche au mystère de l’apparition et de l’évanouissement des objets.

I
Est-ce pour moi ce jour ces tremblantes prairies
ce soleil dans les yeux ce gravier encore chaud
ces volets agités par le vent, cette pluie
sur les feuilles, ce mur sans drame, cet oiseau ?

II
L’esprit porté vers le bruit de la mer
que je ne peux entendre
ou bien vers cet espace interdit aux étoiles
dont je garde le souvenir
je rencontre la voix la chaleur
l’odeur des arbres surprenants
j’embrasse un corps mystérieux
je serre les mains des amis

III
De quelle vie et de quel monde ont-ils parlé ?

– De jours pleins de soleil où nous nous avançons,
d’espace qui résiste à peine à nos mains et de nuits
que n’épaissira plus l’obscurité légère.

IV
Entre les murs un visage survint
qui se donnait le devoir de sourire
et m’entraîna vers une autre fenêtre
d’où le nuage à ce moment sortait.

Tout était lourd d’un orage secret
un homme en bleu sur le seuil s’avançait
le tonnerre éclata dans ma poitrine
un chien les oreilles basses
rentrait à reculons.

V
Mémoire
Et l’ombre encor tournait autour des arbres
et le soleil perdait ses larges feuilles
et l’étendue le temps engloutissait
et j’étais là je regardais.

VI
Je dissipe un bien que j’ignore
je me repais d’un inconnu
je ne sais pas quel est ce jour ni comment faire
pour être admis.

VII
Comme alors le soleil (il était dans la nuit
il roule il apparaît avec silence
avec amour, gardant pour lui l’horreur)
ainsi viendront les jours du tonnerre enchaîné
ainsi les monstres souriants ainsi les arbres
les bras ouverts, ainsi les derniers criminels
ainsi
la joie.

VIII
Quand la nuit de mon coeur descendra dans mes mains
et de mes mains dans l’eau qui baigne toutes choses
ayant plongé je remonterai nu
dans toutes les images :
un mot pour chaque feuille un geste pour chaque ombre
« c’est moi je vous entends c’est moi qui vous connais
et c’est moi qui vous change. »

IX
Je n’attends pas un dieu plus pur que le jour même
il monte je le vois ma vie est dans ses mains :
la terre qui s’étend sous les arbres que j’aime
prolonge dans le ciel les fleuves les chemins…
Je pars j’ai cent mille ans pour cet heureux voyage.

X
Epitaphe
Pour briser le lien du jour et des saisons
pour savoir quelle était cette voix inconnue
sur le pont du soleil à l’écart de ma vie
je me suis arrêté.
Et les fleuves ont fui, l’ombre s’est reconnue
espace les yeux blancs j’écoute et parle encore
je me souviens de tout même d’avoir été.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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La création (Maurice La Châtre)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2018



Illustration: Remedios Varo Uranga
    
La création, en poésie, en musique, dans la peinture,
n’est qu’une combinaison des éléments de chacun de ces actes,
plus ou moins propre à celui qui la tente, et qu’il a trouvée
avec plus ou moins de bonheur, en venant dans son sujet,
en sondant les ressources, en choisissant parmi elles,
c’est-à-dire en inventant.

(Maurice La Châtre)

 

Recueil: Nouveau Dictionnaire Universel

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ZONE LIMITROPHE (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2016



ZONE LIMITROPHE

Des hommes en combinaison couleur de terre surgissent d’un fossé.
C’est une zone de passage, un point mort, ni ville ni campagne.
Les grues des chantiers à l’horizon veulent faire le grand bond mais les horloges ne suivent pas.
Des tuyaux de ciment éparpillés lapent la lumière de leurs langues sèches.
Des ateliers de carrosserie installés dans d’anciennes étables.
Les pierres jettent une ombre tranchante comme des objets à la surface de la lune.
Et ces endroits ne cessent de s’étendre.
Comme ce qu’on acheta avec l’argent de Judas :
«Le champ du potier comme sépulture des étrangers.»

(Tomas Tranströmer)

Illustration

 

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La salamandre (Jacques Roubaud)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2015



La salamandre

« Le crains-tu, le feu, le crains-tu
le feu, le feu, salamandre ?
habillée de feuille et de cendre
le crains-tu, dis-nous, le crains-tu ? »

«On t’a vue, c’est sûr, on t’a vue
dans le feu, on t’a vue descendre
peut-être n’est-ce qu’une légende
on t’a vue dans le feu, on t’a vue ! »

La salamandre hausse les sourcils
elle met ses lunettes noires
et sa combinaison d’amiante

elle se couche sans soucis
sur son lit de braises du soir
pendant que la bouilloire chante.

(Jacques Roubaud)

Illustration

 

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Un tableau est une combinaison de forces (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2015


Chris Chapman (3)

Un tableau est une combinaison de forces.
Les couleurs, comme les mots, existent moins par elles-mêmes
que par le caractère qu’on leur donne.

Les lignes et les couleurs leur prêtent une expression.
Le volume les fait vibrer.
La sensation dicte la forme.

(Franz Hellens)

Illustration: Chris Chapman

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