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LES BEAUTES QUE LA VIE PRESENTE… (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2020




    
LES BEAUTES QUE LA VIE PRESENTE…

Les beautés que la vie présente, éparses,
Il ne faudrait pas les enfouir toutes.
O ta chair criant, ta chair qui frémit,
O les instants trop rares de la joie,
La mer sans île au large et sans falaises
Où viennent se briser les espérances
En vagues s’écroulant l’une sur l’autre.
O ma nuit de ténèbres habitée
Par trop peu d’étoiles pour dissiper
La bruine régnant sur le monde. Et puis
L’inutile faucille de la lune;
Telles des paons, égarées, les comètes;
Dans les cerveaux, ces mulots, les pensers;
Les rêves toujours guettés par les mites,
Et vous, les tristesses, les joies et vous,
Colères, douleurs, et vous les soucis,
Vous, les yeux, les seins, les mains en attente,
Vous, corps enlacés, vous corps délirants,
Toi, rythme du travail, marteau, faucille,
Toi, main fouillant la poche sans argent,
Les routes menant ou non quelque part,
Et le soupir que l’on ne peut dompter
Et tant d’autres choses, dites ou tues,
Même avant d’apparaître disparues,
Et toi, toi qui ne peux t’offrir le temps
Que met l’insecte à gravir un brin d’herbe.
Pourtant, si dans tes chants tu ne mets pas
Un peu de tout cela, plus pauvre encore
Sera ce monde en beautés mal pourvu…
Et non, cela je ne l’ai pas voulu…

(Mihai Beniuc)

 

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Entre le ciel et l’eau (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2020




Illustration: ArbreaPhotos
    

Entre le ciel et l’eau
Vole, vif et léger, l’oiseau.
Au-dessous est le gouffre; au-dessus, l’infini;
En face, le vent froid,
Coupant comme un couteau;
Derrière lui, la terre au loin,
Appelle la joyeuse étoile
Vers un tout autre but,
Le but, c’est un songe gravé
Dans le coeur de l’oiseau.

*

Des clartés sans nom apparaissent
Et des ténèbres
Attendent que tu les traverses,
Comète, avec ta traîne de rayons.
Elles sont assoiffées, les ténèbres,
Elles t’étreignent.

*

Le temps est là de retourner aux choses
D’où un jour tu pris ton essor.

(Mihai Beniuc)

 

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Notturno (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019




    
Notturno

En cette heure-là
tu étais devant ma bouche
comme une comète.
Je saisis tes mains
comme pour une prière.
Là où notre haleine se rejoignit
se trouvaient les incendies,
qui vifs s’enflammèrent
et sans égard me soulevèrent
en une vague.

Dans le désert aucun puits
jamais encore ne me fit
courber de soif
comme le tendon de tes blanches épaules.
Ton habit ajusté
ma main a toléré
plus qu’en hôte.

Tu étais mien.
Dans aucun mot, dans ton silence uniquement
je lisais ton bonheur.
Puis tu repris pourtant
le chemin du matin gris.

Combien de fois encore immobile, le regard fixe
et rêvant, je t’exige et t’attends et t’espère
et me tourmente en pensant de nouveau à toi.
Mais comme les présents trop rares
que l’on perd, aucun jour ne te ramène.
Combien de fois aussi je t’appelle
dans les plaintes et les prières.

Ton ombre est également une lumière
qui s’étend infiniment
Un son venu des profondeurs de la mer
Sur la corde de silence un chant.

Elle est la douleur à vif, étrangère
Et angoisse dans les rêves
Elle pousse un cri en se déchaînant
Dans un lâcher d’écume bouillonnant.

Dans la plus belle des nuits étoilées
La fraîcheur tout autour s’épanouit
Et sur le monde transfiguré
Une incandescence élevée jaillit.

***

Notturno

In jener Stunde
warst du vor meinem Munde
wie ein Komet.
Ich fasste deine Hände
wie zum Gebet.
Wo unser Hauch sich traf
standen die Brände,
die hell entfacht
mich ohne Bedacht
hoben zur Welle.

Wie deiner weissen Schultern Band
so hiess noch keine Quelle
in einem Wüstenland
mich dürstend neigen.
Dein schmiegendes Gewand
duldete meine Hand
mehr, denn als Gast.

Du warst mein Eigen.
In keinem Wort, nur deinem Schweigen
las ich dein Glück.
Dann gingst du doch zurück
den morgengrauen Weg.

Wieviele Male steh ich noch und starre
und träum, verlange dein und barre
und schmerze mich in neuem Dein-Gedenken.
Doch gleich den seltenen Geschenken,
Die man verliert, bringt dich kein Tag.
Wieviele Male ich auch klag
und betend nach dir rufe.

Dein Schatten ist ein Licht zugleich
Von ungemessner Weite
Ein Klang aus einem tiefen Meer
Ein Sang auf stiller Saite.

Und ist der wunde fremde Schmerz
Und Bangigkeit in Träumen
Und jauchzt entfesselt einen Ruf
In freiem Überschäumen.

Und in der schönsten Sternennacht
Ist Kühle rings im Blühen
Und über der verklärten Welt
Entspringt ein hohes Glühen.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Nous, les marchands (Géo Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2019



 

Nous, les marchands, derrière les saisons,
nous avions établi nos comptoirs dans le vent,
entre nos coeurs et bételgeuse
où, sans balance, nous pesions
la poussière d’or des comètes.
Nous vendions cif ou fob,
pris à quai, sans surestarie ;
nos navires étaient de verre
avec pour marins, nos fantômes,
et par les fentes de la nuit,
nous franchissions les routes navigables.
Nous avions ancré des îles de sable
où poser maisons et clochers,
de l’écume sur le rivage,
et jalonner ainsi nos chemins parcourus ;
mais à chacun de nos retours,
rien n’était plus.

(Géo Libbrecht)

Illustration: Vladimir Kush

 

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J’écrirai ce poème (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2019




J’écrirai ce poème
pour qu’il me donne
un fleuve doux
comme les ailes du toucan
j’écrirai ce poème
pour qu’il t’offre une aurore
quand il fait nuit
entre ta gorge et ton aisselle
j’écrirai ce poème
pour que dix mille marronniers
prolongent leurs vacances
pour que sur chaque toit
vienne s’asseoir une comète
j’écrirai ce poème
pour que le doute de ce vieux loup
parte en exil
pour que tous les objets reprennent
leurs leçons de musique
j’écrirai ce poème
pour aimer comme on aime par surprise
pour respecter comme on respecte en oubliant
pour être digne
de l’inconnu de l’impalpable
j’écrirai ce poème
mammifère ou de bois
il ne me coûte rien
il m’est si cher
il vaut plus que ma vie

(Alain Bosquet)

 

 

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Si j’te chope (Guillaume Siaudeau)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2019




    
Si j’te chope

Qui s’amuse
à tirer
des comètes
sur des plans

(Guillaume Siaudeau)

 

Recueil: Inauguration de l’ennui
Traduction:
Editions: Alma

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La nuit (Christian Da Silva)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



La nuit, nous ne savons plus
si la mer est bleue ou verte,
si les algues ont froid ou chaud
dans leur maison de silence.

La nuit, nous savons seulement,
la respiration des vagues,
le sable devenu frais, comme au désert
et le ciel pareil à celui des savanes.

La nuit, nous ne saurons jamais,
le murmure des épaves
pour une étoile pressée,
quand, au-delà des dunes,
le grand forgeron déchaîne ses comètes,
quand, au-delà du temps et des eaux,
la terre s’arrondit
pour deviner le jour.

(Christian Da Silva)

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Des marées de comètes (Norge)(Georges Mogin

Posted by arbrealettres sur 17 octobre 2018




    
Des marées de comètes
dans les filets d’un grand magnétisme
le courant de Dieu lui-même.

Les mouvements
les échanges
les forces des univers.
A chaque pas le ciel
me manque sous le pied
mais je lis les signaux de mes ravissements
ô Dieu
ô toi la seule solitude
qui ait la forme de mes joies.

(Norge)(Georges Mogin)

 

Recueil: Oeuvres poétiques
Traduction:
Editions: Seghers

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IL VA NEIGER (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2018



IL VA NEIGER

Il va neiger dans quelques jours. Je me souviens
de l’an dernier. Je me souviens de mes tristesses
au coin du feu. Si l’on m’avait demandé : qu’est-ce ?
j’aurais dit : laissez-moi tranquille. Ce n’est rien.

J’ai bien réfléchi, l’année avant, dans ma chambre,
pendant que la neige lourde tombait dehors.
J’ai réfléchi pour rien. À présent comme alors
je fume une pipe en bois avec un bout d’ambre.

Ma vieille commode en chêne sent toujours bon.
Mais moi j’étais bête parce que tant de choses
ne pouvaient pas changer et que c’est une pose
de vouloir chasser les choses que nous savons.

Pourquoi donc pensons-nous et parlons-nous ? c’est drôle ;
nos larmes et nos baisers, eux, ne parlent pas,
et cependant nous les comprenons, et les pas
d’un ami sont plus doux que de douces paroles.

On a baptisé les étoiles sans penser
qu’elles n’avaient pas besoin de nom, et les nombres,
qui prouvent que les belles comètes dans l’ombre
passeront, ne les forceront pas à passer.

Et maintenant même, où sont mes vieilles tristesses
de l’an dernier ? À peine si je m’en souviens.
Je dirais : Laissez-moi tranquille, ce n’est rien,
si dans ma chambre on venait me demander : qu’est-ce ?

(Francis Jammes)

 
Illustration: ArbreaPhotos

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LES MURAILLES DU VENT (René Guyomard)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2018



LES MURAILLES DU VENT

Les murailles du vent s’effeuillent
Et les sables sont noyés
L’or défunt attend le soleil
O notre course de comète
O la prison assignée
Partirons à nouveau
Le long des étendues
Où s’unissent sans espoir
Les vagues et l’orage ?

(René Guyomard)

 

 

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