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Celui que l’Amour range à son commandement (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



 

Nicole Helbig  01

Celui que l’Amour range à son commandement
Change de jour en jour de façon différente.
Hélas ! j’en ai bien fait mainte preuve apparente,
Ayant été par lui changé diversement.

Je me suis vu muer, pour le commencement,
En cerf qui porte au flanc une flèche sanglante,
Depuis je devins cygne, et d’une voix dolente
Je présageais ma mort, me plaignant doucement.

Après je devins fleur, languissante et penchée,
Fuis je fus fait fontaine aussi soudain séchée,
Epuisant par mes yeux toute l’eau que j’avais.

Or je suis salamandre et vis dedans la flamme,
Mais j’espère bientôt me voir changer en voix,
Pour dire incessamment les beautés de Madame.

(Philippe Desportes)

Illustration: Nicole Helbig

 

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Proème (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018




Proème

Parfois la poésie est le vertige des corps et le vertige du bonheur et celui de la mort;
la promenade les yeux fermés au bord du précipice et la kermesse dans les jardins sous-marins;
le rire qui met le feu aux préceptes et aux dix commandements;
la descente des mots parachutés sur les sables mouvants de la page;
le désespoir qui embarque sur un bateau de papier et traverse,
pendant quarante jours et quarante nuits, l’océan de l’angoisse nocturne et la mer de pierre de l’angoisse diurne;
l’adoration du moi, l’exécration du moi et sa dissipation;
l’épithète décapitée, l’enterrement des miroirs;
la récolte des pronoms fraîchement coupés dans les jardins d’Épicure et de Netzahualcóyotl;
un solo de flûte sur la terrasse de la mémoire et un ballet d’étincelles dam l’oubliette de la pensée;
les migrations de verbes par myriades, d’ailes et de griffes, de graines et de mains;
l’ossature des noms aux racines plantées dans les ondulations du langage;
l’amour du jamais vu et l’amour de l’inouï, l’amour du jamais dit : l’amour de l’amour.

Syllabes semences.

(Octavio Paz)

 

 

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Plus que tout je chéris du fond du coeur cet amour (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2017



    

Plus que tout je chéris du fond du coeur cet amour,
qui me fait vivre en ce monde une vie sans limites.

C’est ainsi que le lotus vit dans l’eau et fleurit dans l’eau;
et cependant l’eau ne peut pas toucher ses pétales ;
ils s’ouvrent au-dessus de son atteinte.

C’est ainsi qu’une épouse entre dans les flammes au commandement de l’amour.
Elle brûle et laisse gémir ses compagnes, mais jamais ne déshonore l’amour.

L’Océan du monde est difficile à traverser; ses eaux sont très profondes.

Kabir dit : « Écoute-moi, ô Saint Homme,
peu nombreux sont ceux qui en ont atteint l’extrémité. »

(Kabîr)

 

 

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LE NOUVEAU PRINTEMPS (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2017



Illustration: Philibert Léon Couturier

    

LE NOUVEAU PRINTEMPS

Les tantes veuves portent de pesantes armatures
de mort et de gourgouran. Du cou
jusqu’à l’inviolée pointe des brodequins, elles proclament
leur rupture avec le siècle. Et rien n’existe plus
hors de la nuit de leurs maris empreinte
en chacun de leurs gestes de superbe solitude.

Ainsi les voulons-nous pour toujours de nouveau
vierges, réintégrées dans la pureté originelle.
Malheur à qui murmure: les tantes sont des femmes
sujettes à la terrestre loi du désir,
et dans leurs nuits blanches elles luttent corps à corps avec les farfadets.

Une tante, pourtant, oublie les commandements
et se remarie. La foudre s’abat sur la famille.
Elle est toute jardin, elle est pur amandier
dans le joyeux abandon de son autre virginité.
La famille en a décidé: cette tante est morte.

(Carlos Drummond de Andrade)

 

Recueil: La machine du monde et autres poèmes
Traduction: Didier Lamaison et Claudia Poncioni
Editions: Gallimard

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La Tyrannie du Verbe (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2015



La Tyrannie du Verbe

Superbe,
Le Verbe
Traite en pantin
Le Sujet et son destin.
« A mon commandement:
Hop! Hop! Hohé!
Tu vas
Tu subis
Ou tu es. »

(Andrée Chedid)

Illustration: Andrzej Malinowski

 

 

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