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Poésie

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Et cette fête du silence (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2019




    
Et cette fête du silence
Ce fruit donné
Cette naissance
Combien de fois l’avons-nous refusée
Combien de fois l’avons-nous expulsée
Loin de l’auberge où nous menons commerce
Dans les remises de notre coeur

Mais là à même le sol de nos famines
Baume mêlé au feu glacé de nos déserts
Voilà qu’elle nous rejoint
Voilà qu’elle nous devine

Lumière nue aux carreaux de nos nuits
Lente poussée de joie au ventre du mystère
Appel en nous du Chant
Amour qui nous relève

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Nous sommes d’une source
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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Dans l’homme existent un amour (Rûmî)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Dans l’homme existent un amour, une douleur, une inquiétude, un appel,
de sorte que s’il possédait les cent mille univers,
il ne pourrait trouver le calme et le repos.

Les gens exercent tous les métiers, tous les commerces,
et procèdent à toutes sortes d’études : médecine, astronomie, etc…
mais ils ne peuvent trouver le repos, car leur but n’est pas atteint.

(Rûmî)

 

Recueil: Le Livre du dedans
Traduction:
Editions: Sindbad

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CHANSON DES MARINS DE NANTES (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018



Illustration: Gildas Flahault
    
CHANSON DES MARINS DE NANTES

C’est les marins de la marine
Qui mangent que des haricots,
N’ont que de l’eau salée z’à boire,
Pas un sou dans le boursicot.
Ho hisse hého.

C’est les marins de la marine
Qui prennent des coups de chicot,
Qui crèvent sous la discipline
Des quartiers-maîtres corsicots.
Ho hisse hého.

Nous, on a le pain et le vin,
Et le bordel et l’aventure
De la fille de premier grain
Et du roulis dans la mâture.
Ho hisse hého.

Nous, on est les marins de Nantes
Les marins du commerce ô gué,
Les gars de la « Julie-Galante »,

(Maurice Fombeure)

 

Recueil: A dos d’oiseau
Traduction:
Editions: Gallimard

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CITÉS DISPARUES (Jaime Labastida)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2018


 


 

Teotihuacán

CITÉS DISPARUES

Le plus certain : le bruit effrayant
du silence. Où est restée Troie ?
Ensevelie. Où est Teotihuacán ?
Objet de tourisme. Et le Parthénon ?
Et l’Acropole ? Pierres lépreuses,
un peu d’air entre des colonnes gangrenées.
Venise ? Ensevelie sous la vase et le commerce.
Ainsi moururent Thèbes, aux portes
inhospitalières, et Palenque
dans son luxuriant catafalque de verdure.
Les pierres souffrent du cancer. L’ère
du pétrole a succédé enfin
à celle du fer. Et ce Mexique-là,
d’il y a à peine quelques heures,
celui dans lequel on pouvait dormir
et respirer, dans quel puits
de sang et de bitume nous enfonce-t-il ?
Tant de cités mortes,
avalées par des mers de cendre ?
Qui a élevé les murs de Corinthe ?
Ses portes ne s’ouvraient, dit-on,
que pour faire entrer
les épices. Et, au déclin du jour,
les volets se rapprochaient et la clef
enfermait non seulement la cité
mais aussi le temps et le savoir.
Ceux qui arrivaient trop tard ne trouvaient pas
les paroles du repos : le pont
avait divisé les hommes.
L’eau était muraille. L’air durcissait
subitement comme une roche vive. C’était un temps
tranquille celui de la langue qui vibrait
dans sa conversation d’azur, cette voix
qui glissait les mots comme un écho
de l’écho du feu, près du foyer
domestique, attentif, dans la pénombre certaine
des fantasmes. Les questions trouvaient
réponse. On nous l’a raconté: l’eau était cristal.
Les volcans avaient cessé de jeter
leur feu. Seulement neige et douceur, seulement
lumière et silence. Ah ! cités somptueuses,
perroquets solennels ! Maintenant nous marchons
dans leurs os, peut-être
dans leur intestin. Où sont
les esclaves ? Les rameurs,
où sont-ils ? Il y eut un jour ici des lacs.
Maintenant ce sont égouts et pourriture.

Y aura-t-il un autre temps semblable, mensonger ?
Et d’autres cités moins dures?
Mangerons-nous alors autre chose
que le temps cruel
et la cendre? Et comme aujourd’hui,
nos fils lutteront-ils contre les assassins ?
Chichén Itzá éblouira-t-elle,
somnambule, mortelle ?

D’autres viendront creuser pour nous chercher.
On sourira en voyant nos crânes.
La cité se fera rouille.
Et la poussière révérencieuse fera tomber
avec douceur et clarté
sa queue de topaze
dans la colère rouge des heures.

(Jaime Labastida)

Illustration

 

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Dans mon métier, mon art morose (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2018



Dans mon métier, mon art morose
exercé dans la nuit silencieuse
quand la lune seule fait rage
quand les amants sont étendus
avec toutes leurs douleurs dans les bras,
je travaille, à la lumière du chant,
non par ambition ou pour mon pain
ni pour le semblant, ni par commerce
de charmes sur des scènes d’ivoire
mais pour le salaire ordinaire
du profond secret de leurs coeurs.
Ni pour le prétentieux, ignorant
la lune qui fait rage, j’écris
sur ces pages mouillées d’embrun,
ni pour les morts trop hauts
avec leurs rossignols et leurs psaumes
mais pour les amants, leurs bras
enlaçant les chagrins du Temps,
qui n’accordent ni attention, ni salaire
ni éloge à mon métier, mon art morose.

***

In my craft or sullen art
Exercised in the still night
When only the moon rages
And the lovers lie abed
With all their griefs in their arms,
I labour by singing light
Not for ambition or bread
Or the strut and trade of charms
On the ivory stages
But for the common wages
Of their most secret heart.
Not for the proud man apart
From the raging moon I write
On these spindrift pages
Nor for the towering dead
With their nightingales and psalms
But for the lovers, their arms
Round the griefs of the ages,
Who pay no praise or wages
Nor heed my craft or art.

(Dylan Thomas)


 

 

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PASSAGES (Claude Michel Cluny)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2017



 

PASSAGES

I
Océan violet voile de toile
étal où se joue
l’invisible commerce du vent.
*
Pirogue, arbre couché
privé de sève
qui rêve l’immobilité.
*

Ailleurs compliqué d’îles, de songes
où n’aborde jamais
qu’une ombre
l’homme

II
Habille-les, toi
les nervures de la feuille.
La chenille t’aimera
nu dans sa fourrure.
*
Assoiffé ô coeur aveugle
suis l’oiseau rapace
épiant pas à pas
la trace de sel des larmes.
*
Tu seras si lent
à parfaire ton silence.
Même au temps éteint opaque
quand l’os craque dans ta cendre
et trouble un passant.

III
Sable
ni vent ni pierre
Comme le temps
entre hier et peut-être.
*
Sable où tout s’efface
la grâce du feu te fond
dans la transparente idée.
*
Pierre opaque
naissance de l’immobilité
seul te change
un acte de la pensée.

IV
Temple, chambre
songe d’adobe ou refuge
autre corps nu habitable
un temps mesuré.
*
Pur, invisible coupure
le cristal sépare
la soif de l’eau.

(Claude Michel Cluny)

 

 

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L’Enfant Nouveau (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2017



L’Enfant Nouveau qui habite où je vis
Me tend une main à moi
Et l’autre à tout ce qui existe
Et ainsi nous allons tous trois
par le chemin qui se présente.
Sautant et chantant et riant
Et savourant notre secret commun
Qui est que nous savons en tout lieu
Qu’il n’y a pas de mystère en ce monde
Et que tout vaut la peine.

L’Enfant Eternel m’accompagne toujours.
La direction de mon regard c’est son doigt qui désigne.
Mon ouïe joyeusement attentive à tous les bruits
Ce sont les chatouilles qu’il me fait,
pour jouer, dans mes oreilles.

Nous nous entendons si bien l’un l’autre
Dans la compagnie de toute chose
Que nous ne pensons jamais l’un à l’autre,
Mais nous vivons ensemble et deux
Selon un accord intime
Telles la main droite et la gauche.

A la tombée de la nuit nous jouons aux osselets
Sur le seuil de la porte d’entrée.
Graves comme il sied à un dieu et à un poète,
Et comme si chaque osselet
Etait tout un univers
Et que pour cela ce soit un grand danger pour lui
Que de le laissser tomber par terre.

Après quoi je lui raconte des histoires
des choses purement humaines,
Et lui il en sourit, parce que tout est incroyable.
Il rit des rois et de ceux qui ne sont pas rois,
Et il se désole d’entendre parler de guerres,
Des commerces, et des navires
Qui se font fumée dans l’air des hautes mers.
Parce qu’il sait que tout cela manque à la vérité
Qu’une fleur détient quand elle fleurit
Et qui avec la lumière du soleil vient
Modifier montagnes et vallées
Et pousser les murs blanchis à la chaux
à faire mal aux yeux.

Après quoi il s’endort et je le couche.
Je le prends dans mes bras jusque dans la maison
Et je le couche, en le déshabillant lentement
Et comme en suivant un rituel très limpide
Et tout maternel jusqu’à ce qu’il soit nu.

Il dort au-dedans de mon âme
Et parfois il se réveille la nuit
Et joue avec mes rêves.
Il met les uns cul par-dessus tête,
Entasse les autres les uns sur les autres
Et bat des mains tout seul
En souriant à mon sommeil.

Quand je mourrai, fiston,
Que ce soit moi, l’enfant, le plus petit.
Et toi, prends-moi dans tes bras
Et emmène-moi au-dedans de chez toi.
Déshabille mon être humain et fatigué
Et couche-moi dans ton lit.
Et raconte-moi des histoires,
au cas où je me réveillerais,
Pour que je puisse me rendormir.
Et donne-moi des rêves à toi pour que j’en joue
Jusqu’à ce qu’en naisse certain jour
Dont toi sais bien ce qu’il est.

(Fernando Pessoa)

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Yeux (Yehuda Amichai)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Yeux

Les yeux de mon fils aîné
sont comme des figues noires
car il est né à la fin de l’été.

Et les yeux de mon plus jeune fils
sont limpides comme des quartiers d’orange,
car il est né en leur saison.

Et les yeux de ma petite fille
sont ronds comme les premiers raisins.

Et tous sont doux
à mon souci.

Et les yeux de Dieu parcourent la terre
et mes yeux à moi entourent ma maison.

Dieu est dans les yeux et dans les fruits
moi dans le commerce du souci.

(Yehuda Amichai)

Illustration

 

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Quand j’ai trouvé le Vrai (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2016



Quand j’ai trouvé le Vrai, je me suis attaché au Vrai,
j’ai fait le commerce du Vrai,
Et tout en colportant ma charge de vrais trésors,
je suis arrivé près du Trésorier.

Lui-même est la Perle, la Gemme et le Diamant,
Lui—même est le Joaillier,
Lui-même est les dix régions de l’Univers et Celui qui les
meut,
le Marchand immobile!

Fais de l’Esprit la bête de somme, de l’Amour le chemin,
et remplis tes sacs de Sagesse…
Dit Kabîr : O Saints, écoutez,
fructueux fut mon voyage!

(Kabîr)

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Le chant s’était tu (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2016



Le chant s’était tu
ou quelque chose dans le chant
on ne sait pas
quelque chose
qui n’avait plus sa place
et faisait du silence
une paupière sur une absence d’oeil

C’était sans importance
pour le commerce ou les rapports
de force
c’était sans importance
dites-vous bien qu’on pouvait
s’en passer : la parole sans miracle
avait encore de beaux jours

Sauf chez quelques-uns peut-être
pour qui les mots
restaient insupportablement vides
et l’âme
la partie la plus fine du corps
comme un drapeau
qu’on avait oublié au balcon

Sauf peut-être pour quelques-uns
plus mal en point
dans le grand lit des solitudes
où le coeur
est une goutte de mercure
ou de la gomme de résine
lentement sur l’écorce d’un tronc

Et l’univers qu’on croit indifférent
parce qu’il est loin
alors qu’on est dedans
l’univers qu’on croit connaître
parce qu’on y est né
alors qu’on sait si peu de soi
et du silence en soi

L’univers attendait sans rien dire
car le chant s’était tu
ou quelque chose dans le chant
on ne sait pas
mais quelques-uns pensaient
à ces oiseaux qu’un seul hiver
rendait muets pour toujours

*

C’était sans importance
on écrirait là-dessus
comme sur le reste et cela suffit
sauf peut-être pour certains
qui eux non plus ne savaient plus
et restaient sans rien dire
lorsque le chant ne chantait pas

L’univers attendait
la voix qui entrerait en lui
comme la lumière dans un fruit
ou l’eau
dans le pis des racines
et comme de l’air
dans les poumons d’un nouveau-né

L’univers attendait
le danseur immobile de l’âme
le rêveur d’interdits
derrière les barbelés du verbe
des camps de la peur
et cette folie entre deux corps
encordés par leurs souffles

(Werner Lambersy)

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