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Posts Tagged ‘communier’

L’aubépine (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 24 août 2019



 

L’aubépine

Simone, tes mains douces ont des égratignures,
Ta pleures, et moi je veux rire de l’aventure.

L’Aubépine défend son coeur et ses épaules,
Elle a promis sa chair à des baisers plus beaux.

Elle a mis son grand voile de songe et de prière,
Car elle communie avec toute la terre ;

Elle communie avec le soleil du matin :
Quand la ruche réveillée rêve de trèfle et de thym,

Avec les oiseaux bleus, les abeilles et les mouches,
Avec, les gros bourdons qui sont tout en velours,

Avec les scarabées, les guêpes, les frelons blonds,
Avec les libellules, avec les papillons

Et tout ce qui a des ailes, avec les pollens
Qui dansent comme des pensées dans l’air et se promènent ;

Elle communie avec le soleil de midi,
Avec les nues, avec le vent, avec la pluie

Et tout ce qui passe, avec le soleil du soir
Rouge comme une rose et clair comme un miroir,

Avec la lune qui rit et avec la rosée,
Avec le Cygne, avec la Lyre, avec la Voie lactée ;

Elle a le front si blanc et son âme est si pure
Qu’elle s’adore elle-même en toute la nature.

(Remy de Gourmont)

Illustration

 

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Renouveau (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2019



Renouveau

Mon cœur s’insurge
Devant un ciel blessé
Le froid engourdit le pays
La rivière se marbre de glace
L’herbe se brise comme du verre
Mais il arrive un moment
Où le sol secoue son corset de givre

Quand l’eau chante sur l’écho du matin
Que les fleurs se parlent entre elles
Que les arbres rient d’eux-mêmes
Que les cailloux crient sous les pieds des marcheurs
Et que la maison danse dans la lumière
Quand le soleil sort de sa torpeur
Que le sable tressaille sous la caresse de la mer
Et que les oiseaux jouent avec les nuages
Je communie avec le renouveau

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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Signalement (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2019



Signalement

Chair de l’Autre Sexe! Élément non-moi!
Chair, vive de vingt ans poussés loin de ma bouche!….
L’air de sa chair m’ensorcelle en la foi
Aux abois
Que par Elle, ou jamais, Mon Destin fera souche…..
Et, tout tremblant, je regarde, je touche….

Je me prouve qu’Elle est! — et puis, ne sais qu’en
Et je revois mes chemins de Damas croire
Au bout desquels c’était encor les balançoires
Provisoires….
Et je me récuse, et je me débats!
Fou d’un art à nous deux! et fou de célibats….

Et toujours le même Air! me met en frais
De coeur, et me transit en ces conciliabules….
Deux grands yeux savants, fixes et sacrés
Tout exprès.
Là, pour garder leur sœur cadette, et si crédule,
Une bouche qui rit en campanule!….

(Ô yeux durs, bouche folle!) — ou bien Ah! le contraire :
Une bouche toute à ses grands ennuis,
Mais l’arc tendu! sachant ses yeux, ses petits frères

Tout à plaire,
Et capables de rendez-vous de nuit
Pour un rien, pour une larme qu’on leur essui’ !….

Oui, sous ces airs supérieurs,
Le cœur me piaffe de génie
En labyrinthes d’insomnie!….
Et puis, et puis, c’est bien ailleurs,
Que je communie….

(Jules Laforgue)


Illustration: Zinaida Serebriakova

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ORGUEIL (Émile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



ORGUEIL
[…]

Depuis que je me sens
N’être qu’un merveilleux fragment
Du monde en proie aux géantes métamorphoses,
Le bois, le mont, le sol, le vent, l’air et le ciel
Me deviennent plus fraternels
Et je m’aime moi-même en la splendeur des choses.

Je m’aime et je m’admire en tel geste vermeil
Que fait un homme à moi pareil
En son passage sur la terre.
Tout comme lui je suis doté
De génie et de volonté
Et ce qu’il fait, je le puis faire.

Avec mes deux poumons, je respire l’exploit
Que m’apporte le vent de tous les points du monde.
Est mien, tout penser clair, utile, allègre et droit
Dont j’ai senti l’audace en mon âme profonde.

Ainsi
Je communie
Avec toute la vie
Et des choses et des êtres.
Je me prodigue en tout, comme tout me pénètre,
Vice, vertu, mérite ou faute.
Tout mon orgueil s’exerce à bellement souffrir
Et quand il le faudra à fièrement mourir,
Pour n’abaisser jamais ma force intense et haute.

(Émile Verhaeren)

Illustration

 

 

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L’ange et la bête (Michel Camus)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2018


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Quand le plus vif du sexe
épouse la plus fine pointe de l’âme,
l’ange et la bête
communient en silence

(Michel Camus)

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Le bonheur (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2017



Le bonheur
Dans mon royaume de silence

C’est de communier
Avec soi-même
En toute chose.

(Guillevic)

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Quelle frénésie (Mohammad Iqbal)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2017




    
Quelle frénésie,
ô mon Dieu, habite le monde!

Tu as tout enivré
avec une seule coupe.

Tu as fait communier
le regard avec le regard

Mais tu as séparé
le coeur du coeur
et l’âme de l’âme.

(Mohammad Iqbal)

 

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Le lamantin (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2017




    
Le lamantin est un être de première main.
Il n’adhère à aucun credo.
Il ne vise aucun au-delà.
Se moque du lendemain.
Peines ou récompenses, paradis ou enfer
— tout cela l’ennuie, insondablement.
Il ne cherche pas à être respectable —
il croît en profondeur.
Il ouvre au silence.
Le lamantin s’exprime —
dans l’insoumission de son discret vertige.

Le lamantin célèbre la lenteur,
la haute justesse des ralentis internes.
Il ne croit pas
au salut par procuration.
Il parie sur
la sagesse
de son propre frémissement.
Il sait s’abandonner;
se laisse inspirer,
renonce à tout point de vue.
La conscience totale est sa seule méthode.
Le lamantin est toujours hors sujet.

Le lamantin n’a aucun principe —
sinon l’absence de tout fondement.
Il porte en lui le grand mystère.
Flotte dans l’inconcevable.
Il ne cherche pas la compétition,
mais l’accomplissement.
Il sort du temps à volonté.
C’est un saint doué d’humour.
Il n’a nul souci d’avoir raison.
N’a que faire
de la mauvaise conscience chronique.
Il préfère l’ouverture à l’amertume.
Le lamantin ne communique pas —
il communie en permanence.

Le lamantin se tient à l’embouchure,
comme un prisme de la création.
Il a le temps,
il fait la planche entre deux eaux.
Il devine
qu’il est une image possible de Dieu —
mais ne s’en soucie guère.
Un bijou facétieux
que n’épuise pas le poids du savoir.
Il sait être grave, mais avec élégance.
Il est pur accueil —
jusqu’à se faire balafrer
par les hélices des hors-bord.
Le lamantin est un Grand Commençant.

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Satori Express
Editions: Le Castor Astral

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Une seule chose parfois peut suffire (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



Ce n’est pas
En t’accrochant
A plus en plus de choses.
En les parcourant,
En les écoutant toutes
Que tu t’éprouveras.

Une seule chose parfois
Peut suffire
Si tu lui donnes
Assez de temps
Pour communier.

(Guillevic)

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Quelle chose étonnante que la lecture (Blaise Cendrars)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2017



Quelle chose étonnante que la lecture
qui abolit le temps, transvase l’espace vertigineux
sans pour cela suspendre le souffle,
ni ravir la vie au lecteur!

On est emporté sur un tapis volant.
Le bonnet enchanté de Fortunatus vous coiffe la tête.
On se croit invisible, absent,
bien qu’étant partout présent, même là, fébrile,
ce livre à la main, que l’on dévore, que l’on mange des yeux,
comme dans une opération de magie blanche,
pour se nourrir l’esprit.

Et la lecture est en effet une opération magique de la conscience
qui révèle une des facultés les plus méconnues de l’homme
et qui lui confère un grand pouvoir:
la faculté de la bilocation et le pouvoir de s’isoler,
de s’abstraire, de sortir de sa propre vie sans perdre contact avec la vie,
bref, de communier avec tout, même quand on ne croit plus à rien.

(Blaise Cendrars)

 

 

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