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Poésie

Posts Tagged ‘communion’

Nous sommes d’une source (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2019



Illustration
    
Nous sommes d’une source
Qu’aucune pluie n’abreuve
Mais qui ne tarit pas

Nous sommes d’un matin
Arraché à la nuit
Par un autre soleil

Nous sommes d’une origine
Sans étoiles certaines

Nous sommes d’un amour
Aussi vaste que le vent
Aussi nu qu’un désert

Nous sommes d’une communion
Dont nous sommes le centre
Et le cercle infini

Nous sommes d’une symphonie
L’instrument et l’archet
Et la main qui relève

Nous sommes d’un silence
Que nul chant nul feuillage
Ne sauraient contenter

Nous sommes d’un chemin
Sans bornes et sans tracé
Que visite l’Ouvert

Nous sommes d’une foi
Sans rives et sans frontière
Aux doutes traversés

Nous sommes d’une forêt
Dont nous sommes l’aubier
La racine et la cime

Nous sommes d’une mélodie
Que chaque chant d’oiseau
Consent à imiter

Nous sommes des moissons
Le couvert et le pain
La table partagée

Nous sommes de ce pays
Qui nous change à mesure
Où l’on n’arrive jamais

Nous sommes de cette voix
Qui murmure notre nom
Dans le souffle d’un été

Nous sommes de ce printemps
Dont les branches nous frôlent
Sans jamais nous toucher

Nous sommes d’une blessure
Dont le feu couve en nous
Élargit nos foyers

Nous sommes d’une parole
Non encore entendue
Toujours à écouter

Nous sommes pour chacun
L’eau du puits et le seau
La margelle où puiser

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Nous sommes d’une source
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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Tant de vies consumées (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2019



Illustration: Chris Ann    
    
Tant de vies consumées qui n’ont pas reconnu leur lieu
Tandis que, vulnérable avec tous,
D’invisibles fils de partout te relient
A l’inconnu qui t’embrasse et t’élargit.
C’est par l’immense fleuve des racines,
Cette nappe souterraine où s’abreuvent nos sources,
Par cette grande communion invisible
Qui parfois nous fait signe,
Que nous sommes reliés les uns aux autres,
Ou plutôt que nous sommes « à l’intérieur les uns des autres » …

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Levain de ma joie
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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Tambours de soie (Norge)(Georges Mogin)

Posted by arbrealettres sur 17 octobre 2018




    
Tambours de soie
fifres de miel
clairons migrateurs des tempêtes
Belles chansons de prisonniers
Mille bouquets de mains tendus vers sa présence
cachots troués par l’espérance
orages troués par la foi
espace baisé sur la bouche
Communion toujours renaissante et vaincue.

Tant de ferveur s’ouvre les nues

Tant d’ivresse n’est pas perdue.

(Norge)(Georges Mogin)

 

Recueil: Oeuvres poétiques
Traduction:
Editions: Seghers

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Je t’écris une lettre (Mathieu Bénézet)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2018




Je t’écris une lettre qui parle
du soleil comme d’une hanche
,

de la mer comme d’une pupille
allongée
,

d’un gâteau de première
communion
,

d’une pomme
;

j’écris une lettre comme on gonfle
une montgolfière en choisissant
soigneusement et uniquement
des consonnes

(Mathieu Bénézet)

 

 

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Je n’ai pas à me sentir ivre (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2018




    
Je n’ai pas à me sentir ivre
Pour être en communion
Avec toi, l’étendue, avec
Ce que tu contiens.

Il me suffit
De toi et de moi,
Il me suffit de nous,

Tels que nous sommes,
Ivres seulement d’exister
Toi et moi

Et de sentir
Entre nous passer
Ce courant qui n’en finit pas,
De le retrouver

Chaque fois que je t’approche —
Et même quand je suis loin.

(Eugène Guillevic)

 

Recueil: Possibles futurs
Traduction:
Editions: Gallimard

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La véritable compréhension des choses (Gérard Pfister)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2018



Cette surprise qui nous saisit par instant :
le soudain souvenir de notre parfaite communion au réel.

Comme une lucidité extrême vis-à-vis des corps et, tout à coup,
il nous devient possible de les voir comme en transparence.

Trouver cette limpidité en nous et en toutes choses,
ce n’est que nous laisser saisir par le ciel.

La véritable compréhension des choses est de l’ordre de l’amitié.

(Gérard Pfister)

 

 

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LA VACHE AU TAUREAU (Maurice Rollinat)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2018



Illustration: Louis Flahaut

    

LA VACHE AU TAUREAU

À l’aube, à l’heure exquise où l’âme du sureau
Baise au bord des marais la tristesse du saule,
Jeanne, pieds et bras nus, l’aiguillon sur l’épaule,
Conduit par le chemin sa génisse au taureau.

Compagnonnage errant de placides femelles,
Plantureuses Vénus de l’animalité,
Qui, dans un nonchaloir plein de bonne santé,
S’en vont à pas égaux comme deux sœurs jumelles.

Si le pis est pesant, les seins sont aussi lourds,
L’une a les cheveux drus, l’autre les crins opaques,
Et leurs yeux sont pareils à ces petites flaques
Où la lune projette un rayon de velours.

Aussi, rocs et buissons, les chênes et les chaumes
Semblent leur dire, émus de cette humble union,
Qu’en ce jour c’est la fête et la communion
Des formes, des clartés, des bruits et des arômes.

(Maurice Rollinat)

 

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Sagesse (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2017



Illustration: Virginie Trabaud
    
Sagesse

Résonne la pluie obscure.
La campagne assoupie
Incline vers l’hiver
La cime dense des arbres.

Les vitres embrumées,
De leur reflet mouillé,
Réfléchissent les branches grises,
La fumée des foyers, les nuages.

Un sentiment profond
De joies perdues,
Oubliées et enfouies sous
Terre, emplit le soir.

Parfois, lorsque le ciel
S’éclaircit, la lumière
Dorée d’un éden perdu
Baigne la prairie.

Troublant le calme de l’air
De leur plainte rauque
Comme des ombres, les corbeaux
Acérés vont et tournent.

Il est des voix tranquilles
D’hommes dans le lointain
Qui travaillent le sol
Comme le firent leurs pères.

Leurs mains, s’ils les tendent
Trouvent des mains d’amis.
Leur foi est pareille. Ensemble
Ils vivent la même attente.

Là-bas, par delà les pluies,
Où nichent les étoiles,
Le Dieu des cieux cherche
Quelques douces caches grises.

Tout a été créé, comme
Moi-même, de l’ombre :
Cette terre qui m’est étrangère,
Ces corps qui me sont étrangers.

Un songe qu’en moi
Il plaça à jamais,
M’isole. Tel un peuplier
Parmi les chênes robustes.

Qu’il est dur d’être seul
Parmi tous les corps.
Mais l’amour qui l’incarne
Est un crucifix sans corps.

Par cet amours espère,
Éveillé en son sein,
Atteindre la blanche et pure
Communion humaine.

Mais la lumière délaisse la campagne.
Il est tard et le froid vient de naître
La porte est close
Et la lampe allumée.

Sur les sentes sombres
Le vent maintenant se plaint
Comme une âme seule et pugnace.
La nuit sera brève.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Les nuages
Traduction: Anthony Bellanger
Editions: Fata Morgana

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Communion (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017




    
Communion

Près des ruisseaux obscurs dont se plisse la moire
Et que moirent parfois d’agiles frissons d’or,
Comme en un sanctuaire, archaïque trésor,
Des iris ont ouvert leur bleuâtre ciboire.

Le vain réel s’embrume au fond de ma mémoire:
Jours tièdes, affadis! Dans la flamme se tord
Consumé par mes soins le poussiéreux grimoire.
Voluptueux iris qui fleurissez le bord

De l’ombre et du mystère, accueillez et ma lèvre
Et la sienne, – où la mienne en la mordant s’enfièvre, –
Offrez à mes désirs d’extases altérés

Insatiablement ces parfums qui vous baignent,
Grâce au mystique vin que vous nous verserez,
Que plus intensément nos deux âmes s’étreignent.

(Marie Dauguet)

 

 

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J’ai depuis ce matin (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2017



 

    

J’ai depuis ce matin toute la forêt dans le corps
Elle m’est entrée par le nez
Je crois même que la mer était avec
Ô mystère de la communion
Mais qu’ai-je fait de toutes les choses que j’ai vues

(Pierre Albert-Birot)

 

Recueil: Poèmes à l’autre moi précédé de La Joie des sept couleurs et suivi de Ma morte et de La Panthère noire
Editions: Gallimard

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