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Poésie

Posts Tagged ‘compassion’

LE DÉPART (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2019




    
LE DÉPART

En face, l’océan de paix,
Fais démarrer l’esquif, ô Timonier.
Tu seras le compagnon éternel,
Accepte, accepte-moi sur ton giron,
Sur le chemin de l’infini s’allumeront
Les rayons de l’étoile polaire.

Délivreur, ton pardon, ta compassion
Seront les deniers de ce périple pérenne.
Que ce qui t’attache à la terre se dissolve ;
Le vaste univers m’accueille dans ses bras.
Que dans le coeur se fasse connaître
L’identité sans crainte du grand Inconnu.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt dièse tantôt bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: La Différence

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De vous qui entendez (Pétrarque)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2018



Pétrarque    
    
De vous qui entendez, en mes rimes éparses,
Tous ces gémissements dont j’abreuvais mon coeur
Dans les égarements de ma prime jeunesse,
Quand j’étais autre qu’à présent, au moins un peu.

Pour ces écrits, plaintes, ressassements
Ballottés entre vains espoirs, vaine douleur,
J’espère compassion si ce n’est excuse :
N’avez-vous pas souffert l’épreuve de l’amour?

Mais maintenant je vois bien que je fus
De tous la longue fable, et souvent j’ai honte
De moi, quand je médite sur moi-même:

Et de ma frénésie c’est le fruit, cette honte,
Avec le repentir, et savoir, clairement,
Qu’ici-bas ce qui plaît, c’est bref, ce n’est qu’un songe.

***

Voi ch’ascoltate in rime sparse il suono
di quei sospiri ond’io nudriva ‘l core
in sul mio primo giovenile errore
quand’era in parte altr’uom da quel ch’i’ sono,

del vario stile in ch’io piango et ragiono
fra le vane speranze e ‘l van dolore,
ove sia chi per prova intenda amore,
spero trovar pietà, non che perdono.

Ma ben veggio or si corne al popol tutto
favola fui gran tempo, onde sovente
di me medesmo meco mi vergogno;

et del mio vaneggiar vergogna è ‘l frutto,
e ‘l pentersi, e ‘l conoscer chiaramente
che quanto piace al mondo è breve sogno.

(Pétrarque)

 

Recueil: Je vois sans yeux et sans bouche je crie
Traduction: Yves Bonnefoy
Editions: Galilée

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Personne n’est à plaindre (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2018



Illustration: Jean-Siméon Chardin 
    
Personne n’est à plaindre
Des vivants ni des morts
A personne le privilège
De la douleur

Ne demander ici
Ni pitié
Ni compassion
Pas même un regard plus appuyé
Pas même un geste pour combler
La solitude

(on peut s’attendre simplement
au silence de l’amitié
posé comme l’eau
humble et fraîche
à l’angle le plus secret de la table
entre pénombre et soleil)

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: POEMES II
Editions: Cheyne

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PARTIE AVEC UN AUTRE AMOUR (Charles Aznavour)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2018



PARTIE AVEC UN AUTRE AMOUR

Le chagrin a fait son lit entre les plis de mes sourires
Et tracé comme un sillon de désespoir là, sur mon front
Mon passé est un vieillard dont la voix n’a plus rien à dire
Car le temps creuse entre nous un abîme sans fond

Afin que jamais plus je ne voie la lumière
Et la face des gens avec leur compassion
Que la mer déchaînée se jette sur la terre
Que se meure la vie
Que s’éteigne le jour

Mon amour est parti avec un autre amour.

Que le feu de l’enfer comme fétu de paille
Enflamme avec fureur les civilisations
Que la terre s’entrouve et que dans ses entrailles
Naisse un immense oubli
Qui durerait toujours

Mon amour est parti avec un autre amour
Puisque mon coeur blessé se bat dans les ténèbres
Je ne veux plus entendre parler de bonheur
Mais que le chant du vent devienne un chant funèbre
Pour que le monde entier partage ma douleur

L’orgueil et le chagrin dans ma vie font un vide
Ma bouche a l’âcre goût de la désolation
Et ma tête est emplie par des idées sordides
Car mon coeur n’a qu’un cri
Le même nuit et jour

Mon amour est parti avec un autre amour.

(Charles Aznavour)

 

 

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Septembre attaché au figuier (Vénus Khoury-Ghata)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



Illustration: Marina Katsaros
    
Septembre attaché au figuier
On tournait le dos à l’été ramasseur de noix vides
Siffleur de jeunes abeilles
Les derniers feux de la saint-jean enfumaient les lampes insomniaques
Les encriers

Suspendus à la ceinture du père
On courait moins vite que le paysage
Le chemin risquait d’arriver sans nous à la maison
se lover dans nos lits
renverser l’écuelle du chat
manger les graines jaunes du canari

Mais le père se disait plus long que le chemin
Plus fort que le train
Des épaules de loup au long cours
Des bras hauts comme des madriers
Le père trayait la forêt le fleuve entre chien et crépuscule
fendait d’un coup de hache le froid récalcitrant

Une forge dans sa poitrine le père abritait le feu

Seule l’odeur blanche de la neige le calmait
Ses coulées sur nos murs avaient la douceur du ventre de l’alouette
La compassion des pierres du cimetière

(Vénus Khoury-Ghata)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Recueil: Poème sur « Enfances »
Traduction:
Editions: Printemps des poètes 2012

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Lorsque tu examines le monde (Boddhisattva Mahâmati)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2018




    
Lorsque tu examines le monde avec ta sagesse et ta compassion,
il est pour toi comme la fleur de l’éther,
dont nous ne pouvons dire si elle est créée ou évanescente,
car les catégories de l’être et du non-être lui sont inapplicables.

Lorsque tu examines toutes choses avec ta sagesse et ta compassion,
elles sont au-delà du mental et de la conscience,
car les catégories de l’être et du non-être leur sont inapplicables.

Lorsque tu examines le monde avec ta sagesse et ta compassion,
il est éternellement comme un rêve,
dont nous ne pouvons dire s’il est permanent ou sujet à la destruction,
car les catégories de l’être et du non-être lui sont inapplicables.

(Boddhisattva Mahâmati)

 

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Il n’y eut jamais d’âme aussi aimante (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 28 mai 2018



 

Il n’y eut jamais d’âme aussi aimante
ou aussi tendre que la mienne,
aussi pleine de gentillesse,
de compassion,
de tout ce qui touche
à la tendresse et à l’amour.

Mais il n’est pas d’âme
aussi esseulée que la mienne.

(Fernando Pessoa)

 

 

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Il y avait dans leur intimité secrète (Karen Blixen)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2017


 



    
Il y avait dans leur intimité secrète
une infinie douceur.

L’aimer, songea-t-il, c’était pour lui
comme se laver le visage et les mains
ou comme plonger dans une rivière claire et au débit régulier
dont l’eau se renouvelait sans cesse,
et il était juste que son chemin vers la rivière
et l’endroit même de son bain fussent dérobés au monde entier.

A l’intérieur de la maison, dans la longue bibliothèque,
la lumière du crépuscule filtrait à travers les fenêtres
comme la lumière de l’après-midi avait filtré à travers la cime des arbres
pour atteindre l’endroit où ils s’étaient assis ensemble.

Les vieux parquets de chêne brillaient dans cette lumière
comme de sombres troncs dans la forêt,
les cadres dorés des portraits, les couleurs de la soie et du velours
devenaient vivants et lumineux
comme des branches d’arbres, des feuillages et des mousses.

Ce profond éclat du jour finissant,
c’était son sourire tremblant au moment de leur séparation,
sa compassion et la promesse d’une nouvelle rencontre.

(Karen Blixen)

 

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Savez-vous (Karen Blixen)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2017




    
Savez-vous, dit-il, pourquoi j’admire Dieu
et me cramponne à Lui ?
Pourquoi je ne puis me passer de Lui ?

Parce que c’est la seule créature
dont je n’aie ni le besoin ni le droit d’avoir pitié.

En considérant tous les autres êtres de ce monde,
la compassion me torture et me dévore
et je plie sous le poids de leurs soucis.

(Karen Blixen)

 

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Sois bon, sois doux, sois aimant (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 27 août 2017




    
Sois bon, sois doux, sois aimant.

Aie l’âme pleine de pitié devant la douleur des êtres.

Puisque la vie est un combat,
et que l’odieuse loi du plus fort est la loi de l’univers entier,
aie compassion des faibles, des petits qui succombent,
recueille les blessés, adoucis leurs souffrances, console leurs misères ;
aime comme le Boudha ou Jésus.

Et sois poète aussi, crée de glorieux mensonges.
Parle du bien, proclame la splendeur du beau :
— n’évite quelque fois que de parler du vrai.

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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