Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘compréhensible’

J’attends le printemps (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2017



« Vous cherchez du côté du plus grand…
C’est tellement plus simple : J’attends le printemps.
Ce que j’appelle le printemps n’est pas affaire de climat ou de saison.
Cela peut surgir au plus noir de l’année.
C’est même une de ses caractéristiques :
Quelque chose qui peut venir à tout moment pour interrompre, briser
– et au bout du compte, délivrer.

Le printemps n’est rien de compréhensible
– c’est même ce qui lui permet de tenir dans trois fois rien
– un bruit, un silence, un rire.

Il se moque de conclure.
Il ouvre et ne termine jamais.
Il est dans sa nature d’être sans fin.

Ce que j’appelle le printemps ne va pas sans déchirure.
C’est une chose douce et brutale.
Nous ne devrions pas être surpris de ce mélange.
Si nous le sommes, c’est que la vie nous rend distraits.
Nous ne faisons pas assez attention.

Si nous regardions bien, si nous regardions calmement,
nous serions effrayés par la souveraineté de la moindre pâquerette :
elle est là, toute bête, toute jaune.
Pour être là, elle a dû traverser des morts et des déserts.
Pour être là, toute menue,
elle a dû livrer des guerres sans pitié.

Ce que j’appelle le printemps est une chose du même ordre…

Dans le printemps, rien de tranquille ni de gagné d’avance.
Lorsqu’il arrive, nous ne nous y retrouvons plus.
Presque rien n’a changé et ce presque rien change tout.

Nous nous accoutumons trop vite à ce que nous avons.

Dieu merci, le printemps vient remettre du désordre dans tout ça.
Nous découvrons que nous n’avons jamais rien eu à nous,
et cette découverte est la chose la plus joyeuse que je connaisse. »

(Christian Bobin)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

J’ignore (Jean Tortel)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2016



J’ignore ; j’ignore tout d’un homme perdu
dans le soleil révélé de sa mort.
Seul, inconnu de tous, dans une lumière étrange.
J’ignore qui sera celui-là
dont le regard ne sera plus compréhensible,
le même et un autre que celui qui écrit à présent :
je n’ai pas peur de finir

Je vacille pendant que la phrase qui nomme la Mort
découvre en même temps l’impossibilité de la nommer.
La Mort est là où le langage est impossible.

Alors : je parle d’elle,
mais je n’en parle pas,
puisque je parle.

C’est à l’instant de cette constatation
que je découvre le poème.
Il était sous le drap.

(Jean Tortel)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :