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Posts Tagged ‘comtesse’

JE CHANTE (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017



 

Charles Trenet

JE CHANTE

Je chante !
Je chante soir et matin,
Je chante sur mon chemin
Je chante, je vais de ferme en château
Je chante pour du pain je chante pour de l’eau
Je couche
Sur l’herbe tendre des bois
Les mouches
Ne me piquent pas
Je suis heureux, j’ai tout et j’ai rien
Je chante sur mon chemin
Je suis heureux et libre enfin.

Les elfes
Divinités de la nuit,
Les elfes
Couchent dans mon lit.
La lune se faufile à pas de loup
Dans le bois, pour danser, pour danser avec nous.
Je sonne
Chez la comtesse à midi :
Personne,
Elle est partie,
Elle n’a laissé qu’un peu d’riz pour moi
Me dit un laquais chinois

Je chante
Mais la faim qui m’affaiblit
Tourmente
Mon appétit.
Je tombe soudain au creux d’un sentier,
Je défaille en chantant et je meurs à moitié
« Gendarmes,
Qui passez sur le chemin
Gendarmes,
Je tends la main.
Pitié, j’ai faim, je voudrais manger,
Je suis léger… léger… »

Au poste,
D’autres moustaches m’ont dit,
Au poste,
« Ah ! mon ami,
C’est vous le chanteur vagabond ?
On va vous enfermer… oui, votre compte est bon. »
Ficelle,
Tu m’as sauvé de la vie,
Ficelle,
Sois donc bénie
Car, grâce à toi j’ai rendu l’esprit,
Je me suis pendu cette nuit… et depuis…

Je chante !
Je chante soir et matin,
Je chante
Sur les chemins,
Je hante les fermes et les châteaux,
Un fantôme qui chante, on trouve ça rigolo
Je couche,
Parmi les fleurs des talus,
Les mouches
Ne me piquent plus
Je suis heureux, ça va, j’ai plus faim,
Heureux, et libre enfin !

(Charles Trenet)

 

 

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Portrait (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2016



Portrait

Je ne sais pas ton nom, comtesse ou bien marquise,
Dont le portrait charmant rit dans ce cadre d’or ;
Mais nulle, en sa beauté, n’eut plus de grâce exquise,
Au temps qu’on était jeune et qu’on aimait encor.

Tes cheveux à frimas, où le zéphyr se joue,
Effleurent mollement ton visage vermeil,
Car le pastel du maître a semé sur ta joue
L’incarnat velouté d’une pêche au soleil.

Mille amours sont nichés sous tes narines roses,
Mille autres sont blottis dans tes yeux irisés,
Tandis que Cupidon, sur tes lèvres mi-closes,
Appelle au pâturage un troupeau de baisers.

Et le ruban bleu-ciel, dont ta robe est fermée,
Semble, au long du corsage, étaler à plaisir,
De ta taille divine à ta gorge embaumée,
Une échelle d’azur où monte le désir !…

(Louis Bouilhet)

Illustration: Hyacinthe Rigaud

 

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COCAGNE (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2015



 

Didier Delamonica - French Mystical Fantasy painter -    (6) [1280x768]

COCAGNE

Les femmes étaient si belles
que les chevaux devinrent centaures, les poissons sirènes.
Les colombes naquirent.

On inventa la chevelure qui se défait, la ceinture qui se dénoue,
la sandale qui se délace, le voile qui glisse.
Il y eut des cheveux qui devinrent follets, du duvet sur les pêches
et pour la première fois les chasseurs furent émus par les yeux de la biche.

Chacun se fit du monde une idée prise aux fleurs
comme le miel et le langage s’orna de battements de cils.

On se regardait dans le blanc des yeux pour se voir purs.
On se saluait par « Bouche que veux-tu ? »
Tout le monde se faisait des châteaux partout, même en Espagne.

Chaque enfant bénéficiait de la vertu originelle.
On enfantait dans les honneurs et on trouvait son pain tout cuit dans une machine.

Tout le monde avait l’âge des folies et l’âge d’or.
Personne n’avait la folie de l’or.
Les enfants seuls avaient la folie des grandeurs
et ils en guérissaient spontanément le jour où se terminait leur croissance.

Dieu avait disparu depuis que Caïn et Abel, de commun accord, l’avaient rossé.
On inventa alors l’histoire de la création du monde.
« Que le bonheur soit et le bonheur fut » ainsi commençait la Genèse.

On ne portait que des couronnes qui ne duraient que ce que durent les fleurs coupées.
Le titre d’homme était universel et héréditaire.
Des fleurs, des fruits et des animaux furent anoblis.
Certaines poires devinrent comtesses et beaucoup de chiens devinrent marquis.

(Ernest Delève)

Illustration: Didier Delamonica

 

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