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Poésie

Posts Tagged ‘concevoir’

LA FIN DU POÈME (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019



Illustration
    
LA FIN DU POÈME

C’est la fin du poème.
Épaisseur et transparence, lumière et misère — les jeux sont faits.

On avait commencé par la rime pour enfants.
On avait cherché des ondes de choc dans d’autres rythmes.
On avait gardé le silence, ensuite murmuré :
on cherchait a se rapprocher du bruit que fait le coeur
quand on s’endort ou du battement des portes quand le vent souffle.

On croyait dire et on voulait se taire.
Ou faire semblant de rire.
On voulait surtout sortir de son corps, se répandre partout,
grandir comme une ombre sur la montagne, sans se perdre, sans rien perdre.

Mais on avait compté sans la dispersion souveraine.
Comment feindre et même oublier, quand nos débris sont jetés aux bêtes de l’espace,
— qui sont, comme chacun sait, plus petites encore que tout ce qu’il est possible de concevoir.
Le vertige secoue les miettes après le banquet.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Epurer une poésie (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



 

Epurer une poésie est pour moi
une tâche aussi accablante que de concevoir l’infini.

***

Depurar una poesía es paria mí un trabajo
tan aplanante como concebir el infinito.

(Juan Ramón Jiménez)

 

 

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Est-il seulement possible (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2019



 

Est-il seulement possible de concevoir quelque chose
qui ne communique avec rien ?
Absolument isolé,
un zéro n’existerait même pas.

(Roberto Juarroz)

 

 

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La géante (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



Illustration: Tarsila do Amaral

    

La géante

Du temps que la Nature en sa verve puissante
Concevait chaque jour des enfants monstrueux,
J’eusse aimé vivre auprès d’une jeune géante,
Comme aux pieds d’une reine un chat voluptueux.

J’eusse aimé voir son corps fleurir avec son âme
Et grandit librement dans ses terribles jeux ;
Deviner si son coeur couve une sombre flamme
Aux humides brouillards qui nagent dans ses yeux ;

Parcourir à loisir ses magnifiques formes ;
Ramper sur le versant de ses genoux énormes,
Et parfois en été, quand les soleils malsains,

Lasse, la font s’étendre à travers la campagne,
Dormir nonchalamment à l’ombre de ses seins,
Comme un hameau paisible au pied d’une montagne.

(Charles Baudelaire)

Illustration

 

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L’appel de la musique (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2018



    

L’appel de la musique assouplit quelque chose d’essentiel dans l’homme
sans raisons ni arguments.

Ce lien doit être en relation avec les rythmes épars dans l’univers.
Il n’y a pas de poésie sans musique,
mais l’essentiel, en elle, c’est la musique intérieure,
bien que demeure aussi une certaine musique extérieure.

Il s’agit d’une espèce de musique du sens,
en intime symbiose avec la musicalité propre des mots.
Comme dans toute musique, le silence habite ses interstices.
Ainsi que la transcendance et la consolation?

Il est difficile de concevoir un homme, et moins encore un poète
qui n’aime pas la musique à l’intérieur et à l’extérieur du poème.

Le souci de l’être, qui est l’essence de la poésie, sait que l’être est musique.
Et devine même qu’il existe une musique du vide et du non-être.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Martine Broda pour Roberto Juarroz
Traduction: Martine Broda
Editions: José Corti

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Tout communique avec quelque chose (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2018




    
Tout communique avec quelque chose.
Mais avec quoi communiquent
les fleurs qui s’ouvrent la nuit ?

Avec quoi communique
la poitrine devenue mon dos ?

Avec quoi communique
la césure de la main amputée ?

Avec quoi communiqueront mes mots
au jour qui suivra ma mort ?

Avec quoi communique
l’absence si peu prolixe de dieu ?

Avec quoi communiquent
les images qui démantèlent les rêves ?

Avec quoi communique
celui qui joue seul avec concentration ?

Quelque chose peut-être communique avec tout.

Est-il seulement possible de concevoir
quelque chose qui ne communique avec rien ?

Absolument isolé,
un zéro n’existerait même pas.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie verticale 15
Traduction: Jacques Ancet
Editions: José Corti

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La poésie est transcendance (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2018




    
Concevoir une poésie sans transcendance,
c’est placer la poésie hors de la réalité,
tomber dans l’abstraction.

Rien ne peut ne pas aller au-delà de soi-même.
Ce qui ne se transcende pas et se réduit uniquement à soi, est destiné à périr.

La poésie est transcendance à son plus haut niveau, en se projetant de tous côtés,
et en faisant que tout, dans sa vision, se projette vers autre chose.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Fragments verticaux
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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TANDIS QUE TRAVERSAIT LA BELLE… (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



Illustration: Carolus Duran
    
TANDIS QUE TRAVERSAIT LA BELLE…

Tandis que traversait la Belle,
Près des moineaux vinrent s’asseoir
Les colombes en ribambelle.

Frôlant la marche du trottoir
Apparut la claire cheville
Tel un point d’aube dans le noir.

Comme brise sous la charmille,
L’éраulе frémit. Un gamin
S’éprenait de la jeune fille.

Les éclats du ciel citadin
Et la démarche aérienne
Vous rendaient joyeux, plein d’entrain !

On souriait à cette Reine,
Racine et branche pour mon coeur,
Ce dont nul ne concevait peine.

Sur mes genoux, tout en douceur,
Empêchant qu’on vînt me la prendre,
Je la berçai. Mais j’avais peur.

Nul pourtant ne vint nous surprendre.
Ils étaient d’humeur amicale,
L’envie expirait sans attendre…

Et la Belle avançait, royale !
Et le vent svelte la suivait
Dans sa démarche triomphale.

La fraîcheur du vent l’habillait !

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Le sein d’Amaranthe (Pierre de Marbeuf)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2018



 

Luis De Leõn -   (7)

Le sein d’Amaranthe

Mon esprit qui toujours d’un vain espoir s’apaise,
Compare votre sein, dont je suis envieux,
A des jeunes boutons, puis il dit à mes yeux :
Si vous les pouviez voir, ne mourriez-vous point d’aise ?

Ainsi dans mon esprit s’allume une fournaise,
Et son feu se nourrit d’un objet gracieux,
Qui me fait concevoir en tout et en tous lieux,
L’enflure de ce marbre où fleurit une fraise.

Enfin si votre amour demeure le vainqueur,
Et si jusqu’à la mort vous poursuivez mon coeur,
Mon Amaranthe, au moins donnez-lui sépulture.

Que si vous voulez suivre en cela mon dessein,
Son tombeau n’aura pas une autre couverture
Que du marbre qu’on voit qui blanchit votre sein.

(Pierre de Marbeuf)

Illustration: Luis De Leõn

 

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LE BLEU (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2018



Illustration: Sudarshan Pattnaik
    
LE BLEU

Lorsqu’on renverse la tête sur le sable,
Soudain les yeux s’entrouvrent : c’est le bleu
Du ciel immense, l’espace transparent du ciel, pays
De la lumière vive au-dessus de la joie.
Dense, impavide, absolu bleu.

Nous oublions les tristesses d’un coeur et la distance.
Le bleu traverse l’air impalpable, visite la branche fine qui salue.
Se laisse étreindre par les yeux qui le pénètrent.
Dans ce vitrail, la fanfare du jour
Infuse un doux acquiescement de la lumière.

Même un nuage infime et haut fait concevoir
Au pli de la tenture une aiguille suivie
D’un fil qui s’effiloche. Une invisible main
Tente de coudre à l’aube le crépuscule.
Le soleil emporté par son poids déchire la mandorle
Où le temps le suspend. Le bleu pâlit à l’horizon.
La mer répand sur ses genoux qui tremblent
Le drap où flambent ses ciseaux, berçant nos coeurs
Qui se désolent, qui s’enchantent,
D’être mortels encore sous l’éphémère azur.

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

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