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Poésie

Posts Tagged ‘condamnation’

Ecrire un poème sur rien (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2018



    

Ecrire un poème sur rien,
où toutes les transparences peuvent flotter :
ce qui n’a jamais connu la condamnation de l’être.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Martine Broda pour Roberto Juarroz
Traduction: Martine Broda
Editions: José Corti

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L’abîme avait fini par entrer dans sa forme (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2018




L’abîme avait fini par entrer dans sa forme.
La condamnation, lourde, lépreuse, énorme,
S’était, sur cet archange à jamais rejeté,
Lentement déposée en monstruosité.
L’impur typhus sortait de son haleine amère.
Parfois, dans ce puits sombre et rempli de chimère
Que la vision seule aperçoit et connaît,
Quelque ruissellement de lueur dessinait
Son dos ou la membrane immonde de son aile.
La rondeur de sa rouge et luisante prunelle
Semblait, dans la terreur de ces lieux inouïs,
Une goutte de flamme au fond du puits des nuits.
Sa face était le masque effaré du vertige.
A de certains moments, phases du noir prodige,
Un flamboiement, sortant de lui, glissait sur lui ;
L’abîme aveugle était brusquement ébloui ;
Alors, une vision noire à travers l’insondable,
A travers l’inconnu qui n’est pas regardable,
Dans l’étrange épaisseur du gouffre devenu
Glauque autour du colosse inexprimable et nu,
Satan apparaissait dans toute sa souffrance ;
Le démon fulgurant, dans cette transparence,
Horrible, se tordait comme un éclair noyé.
Puis la nuit revenait, glacée et sans pitié ;
La vaste cécité refluait sous la voûte
De l’éternel silence et l’engloutissait toute ;
Et l’enfer, un instant montré, se refermant,
Lugubre, s’emplissait d’évanouissement.

(Victor Hugo)

Illustration

 

 

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La vitre brisée (Umberto Saba)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



La vitre brisée

Tout contre toi se meut. Le mauvais temps,
les lampes qui s’éteignent, la vieille maison
secouée par une rafale et que tu aimes
pour le mal enduré, les espoirs déçus,
les quelques biens par elle octroyés.
Il te semble que survivre est un refus
d’obéissance aux choses.

Et ce fracas
de la vitre de la fenêtre est la condamnation.

(Umberto Saba)

Illustration

 

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Ecrire un poème sur rien (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2016



Ecrire un poème sur rien,
où toutes les transparences peuvent flotter,
ce qui n’a jamais connu la condamnation de l’être,
ce qui l’a abandonné déjà,
ce qui est sur le point de commencer
et ne commencera peut-être jamais.

Et l’écrire avec rien ou presque rien,
avec l’ombre des mots,
les espaces oubliés,
un rythme qui se détache à peine du silence,
et un silence marqué dans un point
de l’autre côté de la vie.

Un poème sur rien et avec rien.
Peut-être que tous les poèmes
passés, futurs ou impossibles
pourraient tenir en lui,
au moins un instant chacun
comme s’ils se reposaient dans sa forme,
dans sa forme ou son rien.

***

Escribir un poema sobre nada
donde puedan flotar todas las transparencias,
lo que no conoció nunca la condena del ser,
lo que ya la abandonó,
lo que está por empezar
y tal vez nunca empiece.

Y escribirlo con nada o casi nada,
con la sombra de las palabras,
los espacios olvidados,
un ritmo que apenas se destaca del silencio
y un silencio acotado en un punto
por detrás de la vida.

Un poema sobre nada y con nada.
Quizá todos los poemas,
pasados, futuros o imposibles,
puedan caber en él,
por lo menos un instante cada uno
como su descansaran en su forma,
en su forma o su nada.

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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Mon piano (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2016



Mon piano

J’approche. Il est prêt.
Je souffre:

Il fait le chant.

J’apporte l’obsession,
la gêne,
l’oppression:

Il fait le chant

J’apporte la situation sans remède,
le vain déploiement des efforts,
le ratage de tout avec la mesquinerie,
les précautions emportées par le vent,
par le feu, par le feu, par le feu surtout:

Il fait le chant.

J’apporte l’inondation de sang,
le braiment des ânes contre la paix,
les camps, le travail forcé, la misère,
les emprisonnés de la famille, les choses à demi,
les amours à demi, les élans à demi et moins qu’à demi,
les vaches maigres, les hôpitaux,
les interrogatoires de police,
les lents mourants dans les bleds perdus,
les amers vivants, les foutus,
ceux qui dérivent avec moi sur la banquise folle:

Il fait le chant.

(Henri Michaux)

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