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ANNÉE-LUMIÈRE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2020



Illustration
    
ANNÉE-LUMIÈRE

Une étoile dans mes mains grandes ouvertes
Un regard une étincelle une joie
Des millions d’années-lumière et une seconde
Comme si le temps était aboli
et que le monde entier se gonflait de silence

L’inconnu s’illuminait d’un seul coup
et cette lueur annonçait l’aurore
Tout était promis et clair et vrai
Un autre jour une autre nuit et l’aube
et que le monde était à portée de mes mains

Ne pas oublier ces angoisses ces vertiges
en écoutant ce qu’annonçait l’étoile
et en retrouvant ce chemin de feu
qui conduisait vers l’avenir et l’espoir
et vers ce que nul ni moi n’attendait plus

Que les nuages lourds comme le destin
s’étalent et menacent comme des monstres
et que l’horizon soit noir comme l’enfer
L’étoile brille pour moi seul
et tout devient lumière et clarté

Étoile qui me guide vers cet univers
où règnent la vérité et l’absolu

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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LICYMNIE (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2020



LICYMNIE

Tu ne sais point chanter, ô cithare Ionique,
En ton mode amolli doux â la volupté,
Les flots Siciliens rougis du sang Punique,
Numance et son mur indompté.

O lyre, tu ne sais chanter que Licymnie,
Et ses jeunes amours, ses yeux étincelants,
L’enjouement de sa voix si pleine d’harmonie,
Ses pieds si légers et si blancs.

Toujours prompte, elle accourt aux fêtes de Diane ;
Aux bras nus de ses soeurs ses bras sont enlacés ;
Elle noue en riant sa robe diaphane,
Et conduit les choeurs cadencés.

Pour tout l’or de Phrygie et les biens d’Achémène,
Qui voudrait échanger ces caresses sans prix,
Et sur ce col si frais, ces baisers, ó Mécène,
Refusés, donnés ou surpris ?

(Leconte de Lisle)

Illustration: Carlos Schwabe

 

 

 

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L’ENFANT CONDUIT AU CIRQUE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2020




L’ENFANT CONDUIT AU CIRQUE

A la voisine venue pour mener son enfant
au cirque dont roulaient les tambours
il ne faut pas disait la mère ardente
qu’il soit mis comme un va-nu-pieds
elle tendait donc les plis
du tablier noir
y grattant d’un ongle brisé
des larmes de boue.
Un soir de beauté descendait
qui s’épanouirait
la fin du cirque
en grande nuit glacée.

(Jean Follain)

Illustration: Jean Follain

 

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RÉINCARNATION (Aron Zeitlin)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2019




    
RÉINCARNATION

Je fus, je fus et j’ai été
Depuis longtemps ici planté,
Plus d’une fois j’ai dû ramper
Et j’ai plané plus d’une fois.
Parmi les poissons j’ai nagé
Dans les nuits des gouffres obscurs,
Parmi les astres voyagé
Sur l’hippodrome de l’azur.
Dans les télescopes poudreux
Je m’agitais, je me mirais,
Pleuvant en rayons lumineux
Sur la tête d’un orphelin.
Mes larmes en rosée tombaient
Au coeur d’une rose. Je fus
Le songe du séminariste
Sur le banc d’un temple endormi.
Je fus une pure prière
Qu’emplissait l’effroi de Satan.
Je fus cette larme qui perle
Aux cils d’un tel, en même temps
Le réconfort qui chez un autre
Calme l’étreinte du tourment.
J’ai vécu, mué en tortue
De longues, de noires années,
Mâchant et pétrissant la terre,
Je n’ai rien vu, je me suis tu.
Je restais à l’état larvaire
Et j’étais bien le plus bizarre
Parmi tant de bizarreries,
Un chat dans l’ombre d’une cave,
De tous le plus abandonné.
J’ai franchi, plus vif que l’éclair,
Générations et pays
Jusque dans l’esprit d’un penseur.
Ici, durement j’ai souffert,
Et là, profondément aimé,
Tous les pays dans mes tréfonds
Leurs tempêtes, leur mois de mai,
Le Mississippi là-bas gronde,
Rêvent le Danube et le Nil,
Ma petite sœur l’infusoire,
Le Hottentot mon frère noir,
Ils me conduisent tous ensemble
Me pressent vers la délivrance
De ma réincarnation : Dieu.

(Aron Zeitlin)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Hommage (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2019




Illustration:  Emile Eisman-Semenowsky
    
Hommage

Elvira, par grâce d’amour
Passe ici devant toi
Un clair éclat
Qui fait de toutes âmes vaniteuses
Des bougies quand vient midi.

Le son métallique et fort des prétendants
Fond devant toi
Comme le roulement des chars,
Mais tu viens en silence
Et hommage est rendu.

Maintenant le petit raccourci
Qui conduit à l’amour
Est encore plein de joie et de sa foule;
Et la large grand-route
Venant de l’amour
Est sans passant.

***

HOMAGE

Elvira, by love’s grace
There goeth before you
A clear radiance
Which maketh ail vain souls
Candies when noon is.The loud clangour of pretenders
Melteth before you
Like the roll of carts passing,
But you corne silently
And homage is given.Now the little by-path
Which leadeth to love
Is again joyful with its many;
And the great highway
From love
Is without passers.

(William Carlos Williams)

 

Recueil: Les Humeurs
Traduction: Philippe Blanchon
Editions: La Nerthe

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LOINTAIN (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2019




LOINTAIN

Très loin très loin
comme un aveugle
on m’a conduit par la main

(Giuseppe Ungaretti)

Illustration: John Everett Millais

 

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ELLE TOUJOURS (Menno Wigman)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2019



Illustration
    
ELLE TOUJOURS

Là, elle vient d’un brouillard de gens :
la bien-aimée. Une insouciance
qui, le temps d’une passion, conduit aux soucis,
parce qu’elle n’est pas seule et quand,
l’été, elle passe sous les fenêtres ouvertes
et perçoit inopinément la voix d’un garçon,
quand un refrain entendu dans la rue
l’enfonce dans les draps chauds d’amours
oubliées : elle n’est pas seule.

Moi, on ne m’entendra pas. Mon regard souille
les vitrines, boit le bonheur poissard
dans les yeux des filles, lèche tout au long lèvres,
bottes, mollets… Ah, ce seul coup d’oeil chaud
dans lequel je conçois mon existence.

Là, elle va dans un brouillard de gens.

***

ZIJ ALTIJD

Daar komt ze uit een mist van mensen:
de geliefde. Een zorgeloosheid
die een hartstocht lang tot zorgen leidt,
want zij is niet alleen, en ais
zij zomers onder open ramen loopt
en onverhoopt een jongensstem verneemt,
als een op straat gehoord refrain
haar in de warme lakens van vergeten
liefdes drijfit: ze is niet alleen.

Mij hoor je niet. Mijn blik besmeurt
de winkelruiten, drinkt Bargoens geluk
uit meisjesogen, likt langs lippen,
laarzen, kuiten… Ach, die ene warme
oogopslag waarin ik mijn bestaan uitdenk.

Daar gaat ze in een mist van mensen.

(Menno Wigman)

 

Recueil: L’affliction des copyrettes
Traduction: Pierre Gallissaires et Jan H. Mysjkin
Editions: Cheyne

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SIGNES (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



SIGNES

Les étoiles sont sur la terre
Elles glissent le long du pont
Et sur le bord de l’autre rive
Leur reflet vibre à travers l’eau
Dans un grand bruissement de roues
L’homme les conduit sur les routes
Où les arbres suivent leur fuite.

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration

 

 

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A UNE JEUNE FILLE (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2019



Illustration: Etienne Adolphe Piot
    
A UNE JEUNE FILLE

Tu es une goutte d’or tombée de la lumière de l’aurore
à l’extrême rivage de l’océan de ma vie.

Tu es la première fleur shiuli en mon automne,
fleur recouverte par la rosée.

Tu es l’arc-en-ciel, dans le ciel si loin,
se penchant pour baiser la terre.

Tu es la divination du premier croissant de lune
touchée par les blanches transparences d’un nuage.

Tu es le secret du ciel révélé à la terre
par quelque divine inadvertance.

Tu es la vision du poète,
vision d’un souvenir qui relève de sa naissance oubliée.

Tu es son petit chant perdu,
retrouvé par hasard.

Tu es le murmure de mots
qui vont au-delà de la parole.

Tu es l’esclavage
qui conduit à une liberté illimitée.

Tu ouvres la fenêtre, et tu m’appelles
à la fleur de lotus de la blanche et pure lumière.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt dièse tantôt bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: La Différence

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J’entre, sans le savoir, dans la maison d’un mort (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019



 

Zdzislaw Beksinski 6

J’entre, sans le savoir, dans la maison d’un mort.
Il me barre le seuil, je traverse son corps.
Je piétine un basset qui venait me flairer
et sa ligne s’écrase où coulent d’autres ombres ;
mes lèvres ont frôlé la bouche d’une femme,
je passe à gué le mur qui fut d’une prison
et je conduis mes yeux dans un brouillard étrange
où tous les disparus ne sont que transparence.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

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