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En marchant la nuit dans un bois (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2020



    

En marchant la nuit dans un bois

I

Il grêle, il pleut. Neige et brume ;
Fondrière à chaque pas.
Le torrent veut, crie, écume,
Et le rocher ne veut pas.

Le sabbat à notre oreille
Jette ses vagues hourras.
Un fagot sur une vieille
Passe en agitant les bras.

Passants hideux, clartés blanches ;
Il semble, en ces noirs chemins,
Que les hommes ont des branches,
Que les arbres ont des mains.

II

On entend passer un coche,
Le lourd coche de la mort.
Il vient, il roule, il approche.
L’eau hurle et la bise mord.

Le dur cocher, dans la plaine
Aux aspects noirs et changeants,
Conduit sa voiture pleine
De toutes sortes de gens.

Novembre souffle, la terre
Frémit, la bourrasque fond ;
Les flèches du sagittaire
Sifflent dans le ciel profond.

III

– Cocher, d’où viens-tu ? dit l’arbre.
– Où vas-tu ? dit l’eau qui fuit.
Le cocher est fait de marbre
Et le coche est fait de nuit.

Il emporte beauté, gloire,
Joie, amour, plaisirs bruyants ;
La voiture est toute noire,
Les chevaux sont effrayants.

L’arbre en frissonnant s’incline.
L’eau sent les joncs se dresser.
Le buisson sur la colline
Grimpe pour le voir passer.

IV

Le brin d’herbe sur la roche,
Le nuage dans le ciel,
Regarde marcher ce coche,
Et croit voir rouler Babel.

Sur sa morne silhouette,
Battant de l’aile à grands cris,
Volent l’orage, chouette,
Et l’ombre, chauve-souris.

Vent glacé, tu nous secoues !
Le char roule, et l’oeil tremblant,
A travers ses grandes roues,
Voit un crépuscule blanc.

V

La nuit, sinistre merveille,
Répand son effroi sacré ;
Toute la forêt s’éveille
Comme un dormeur effaré.

Après les oiseaux, les âmes !
Volez sous les cieux blafards.
L’étang, miroir, rit aux femmes
Qui sortent des nénuphars.

L’air sanglote, et le vent râle,
Et, sous l’obscur firmament,
La nuit sombre et la mort pâle
Se regardent fixement.

(Victor Hugo)

 

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INTERROGATION (Hugo von Hofmannsthal)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2020



 

Aristide Maillol  -Dina à la robe rouge, 1940

INTERROGATION

Ne remarques-tu donc pas comme mes lèvres tremblent ?
Ne peux-tu lire dans mes traits pâlis
Ni sentir dans mon sourire la souffrance et la feinte
Quand mes regards t’enveloppent et te cherchent ?

N’aspires-tu pas à vivre ? Ne veux-tu pas
Un bras vigoureux pour t’entraîner
Hors de ce marécage de jours déserts et vides
Sur lesquels errent de blafardes lumières ?

Ai-je donc mal compris tes insondables yeux ?
N’y ai-je pas vu quelque souhait secrètement étinceler ?
Ton regard humide ne cache-t-il pas une porte qui conduise
Vers ton âme ? Tes désirs endormis, tels d’immobiles roses
Sur un flot ténébreux, sont-ils donc comme ton babillage ?
Des mots, des mots, dépourvus d’âme…

(Hugo von Hofmannsthal)

Illustration: Aristide Maillol

 

 

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Nous y voilà, nous y sommes ! (Fred Vargas)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2020




    
Nous y voilà, nous y sommes !

Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes.

Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal.
Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance.

Nous avons chanté, dansé.

Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine.

Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air,
nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde,
nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche,
nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés.

On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles,
comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre,
déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome,
enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.

Franchement on s’est marrés.

Franchement on a bien profité.

Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses
que de biner des pommes de terre.

Certes.

Mais nous y sommes.

A la Troisième Révolution.

Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie.

« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.

Oui.

On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis.

C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies.

La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets.

De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau.

Son ultimatum est clair et sans pitié :

Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse).

Sauvez-moi, ou crevez avec moi.

Evidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux.

D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance.

Peine perdue.

Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais.

Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs,
éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin,
relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, (attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille)
récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines,
on s’est quand même bien marrés).

S’efforcer. Réfléchir, même.

Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.

Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde.

Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.

Pas d’échappatoire, allons-y.

Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante.

Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible.

A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie, une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut être.

A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.

A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.

(Fred Vargas)

Fred Vargas – 7 novembre 2008 – EuropeEcologie.fr

Lu mise en musique par Philippe Torreton et Richard Kolinka
https://twitter.com/elsaboublil/status/1253749194910838785?s=20

 

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DIEU (Thór Stefánsson)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2020



Illustration: Tineke Storteboom
    
DIEU

La plupart du temps
l’homme conduit son navire
entre le brisant et la vague
sans trop d’effort
comme si son expérience
l’avait focalisé sur le pilotage automatique
de la raison,
de la tolérance et de l’amour humains.

Mais parfois, c’est comme si
une main invisible et inhumaine
débranchait le pilotage automatique
et conduisait le navire délibérément
droit sur la falaise et faisait exploser la montagne
avec les habitants du pays
et l’équipage du navire
dans un déchaînement de violence incontrôlable.

Cette main se réclame
le plus souvent
de Dieu.

***

GOD

Most of the time,
man steers his ship
by the middle course
without much difficulty,
as if his experience
had put it on automatic pilot
of human reason,
tolerance, and love.

But sometimes it‘s like
an invisible, inhuman hand
disconnects the automatic pilot
and steers the ship deliberately
right onto the rocks and blows up the mountain
with the people of the country
along with the crew of the ship
in an uncontrollable outburst of rage.

Most of the time,
the hand misuses
the name of God.

***

GOD

Meestal
stuurt de mens zijn vaartuig
zonder al te veel moeite
tussen klip en golf
alsof zijn ervaring
hem op automatische besturing van de rede,
van de tolerantie en van de menselijke liefde heeft gezet.

Maar soms is het alsof
een onzichtbare en onmenselijke hand
de stuurautomaat heeft uitgeschakeld
en opzettelijk het schip
recht op de klif afstuurt en de berg opblaast
met de bewoners van dat land
en de bemanning van het schip
in een uitbarsting van oncontroleerbaar geweld.

Die hand misbruikt
heel dikwijls
de naam van God.

***

BÓG

Przez większość czasu
człowiek steruje swoim okrętem
kursem środkowym
bez wielkich trudności,
jak gdyby jego doświadczenie
podłączyło go do automatycznego pilota
ludzkiego rozumu,
tolerancji i miłości.

Ale czasami bywa, że
niewidzialna, nieludzka dłoń
odłącza automatycznego pilota
i prowadzi okręt z premedytacją
wprost na skały, roznosi górę
z ludem krainy
i załogą okrętu
w niepohamowanym wybuchu furii.

Przez większość czasu
ta dłoń nadużywa
imienia Boga.

***

GOTT

Die meiste Zeit
steuert der Mensch sein Schiff
ohne allzu viel Mühe
zwischen Klippe und Wellen
als könne seine Erfahrung
sich auf den Autopiloten der Vernunft,
der Toleranz und der menschlichen Liebe verlassen.

Aber manchmal ist es so, als ob
eine unsichtbare, unmenschliche Hand
den Autopiloten abschaltet,
das Schiff absichtlich direkt
auf die Klippe steuert, den Berg sprengt,
mitsamt den Bewohnern des Landes
und der Besatzung des Schiffes,
in einem Ausbruch unkontrollierbarer Gewalt.

Diese Hand nennt sich
in den meisten Fällen
Gott.

***

***

ΘΕΟΣ

Συχνά ο άνθρωπος στο μέσο δρόμο
οδηγεί το πλοίο του
και δίχως δυσκολία
αυτόματος πιλότος οδηγούμενος
απ’ το λογικό, υπομονή κι αγάπη.

Κι άλλες φορές ένα αόρατο χέρι
αποσυνδέει τον αυτόματο πιλότο
και κατευθύνει το πλοίο του
στα βράχια και στο βουνό να εκτιναχτεί
μ’ όλον τον πληθυσμό του τόπου
και με το πλήρωμα
σε πανικό αλλοπρόσαλο.

Τις πιο πολλές φορές
όλα τα κάνει στ’ όνομα
του Θεού.

***

DIO

Il più delle volte,
l‘uomo conduce la nave
dritta per le sue rotte
senza troppe difficoltà,
come se la sua esperienza
avesse messo il pilota automatico
dell‘umana ragione,
tolleranza, e amore.

Ma a volte è come se
un‘invisibile mano, disumana,
disconnettesse il pilota automatico
e guidasse la nave deliberamente
dritta contro le rocce e facesse saltare i contrafforti
con gli abitanti della terra
insiema all‘equipaggio della nave
in un‘incontrollabile esplosione di rabbia.

Il più delle volte,
la mano fa cattivo uso
del nome di Dio.

***

DIOS

Muchas veces
el hombre conduce su barco
entre el escollo y la ola
sin gran esfuerzo
como si su experiencia
la hubiese puesto en el piloto automático
de la razón, de la tolerancia y del amor humano.

Pero a veces, es como
si una mano invisible e inhumana
desconectase el piloto automático
conduciendo la nave deliberadamente
directa al acantilado y reventando la montaña
con los habitantes del país
y la tripulación de la nave
en un estallido de violencia incontrolable.

Esa mano abusa
tantas veces
del nombre de Dios.

***

DUMNEZEU

Ades își potrivește omul
cursul corăbiei
fără strădanii ocolind
prăpăstii și talazuri.
Îndemânarea-i vine parcă
de la pilotul automat al dreptei judecate,
ce-l ocrotește cu nespusă bunătate.

Se mai întâmplă însă uneori
să întrerupă din senin o mână
contactul cu automatul milostiv.
Atunci zadarnic se-opintește
bietul cârmaci, căci stânca nemiloasă
atrage barca și scufundă
țărmuri și barcagii deopotrivă
pe veci împreunați în aprigă furtună.

Mâinii adesea i se pune
unul și-același nume
Dumnezeu.

***

上 帝
大多数时候
人通过不很费力
的中间航线
驾驶他的航船
好像他的经历
已经装上了
人类的理性、 宽容
和爱的自动驾驶仪。
但有时它就像
一只看不见、非人道的手
断开这自动驾驶仪
带着这个国家的居民
带着这船上的船员
在无法控制的怒火中
而故意把船开到
岩石上和撞爆高山。
大多数时候
这只手用
上帝的名义。

***

神の名で

ほとんどの時間
人は海の中道を歩み、 たやすく 舵を取る
経験が豊かなので
まるで自動操縦みたいに
それは人の理性と 忍耐
そして愛の力によって
しかし時には
目に見えない人間でない
何者かの手によって
自動操縦は解かれ
船は故意に岩に乗り上げ
山を打ち砕く
その国の人々と乗組員とともに
激しい怒りの爆発によって
たいていは人の手は
神の名を悪用するのだ

***

***

(Thór Stefánsson)

 

Recueil: ITHACA 618
Traduction: Français Thor Stefánsson – Nicole Barrière / Anglais Stanley Barkan / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Polonais Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka / Allemand Wolfgang Klinck / Russe Daria Mishueva / Grec Manolis Aligizakis / Italien Luca Benassi / Espagnol Rafael Carcelén / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Chinois William Zhou / Japonais Naoshi Koriyama / Arabe Sarah Silt / Persan Sepideh Zamani /Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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Aux âmes citoyens (Aldebert)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2020




    
Aux âmes citoyens

Aux âmes citoyens
Que nos baisers donnent le ton
Aux âmes citoyens
Que les armées désertent nos chansons

Allons enfants de toutes les patries
Le jour de croire est enfin arrivé
Si alentour, nous semions l’harmonie
L’étendard sanglant serait lavé
Entendez vous dans les campagnes
S’unir nos précoces petits gars
Ils viennent jusque dans vos bras
Vous serrer fort et soulever des montagnes

Aux âmes citoyens
Que nos baisers donnent le ton
Aux âmes citoyens
Que les armées désertent nos chansons

Amour sacré de la fratrie
Conduis soutiens nos bras enjôleurs
De la liberté, liberté chérie
Nous voilà les ambassadeurs

Militants du parti des étoiles et du vent
Des tireurs de sonnette et puis des cerfs-volants
Bambins et marmots, gardiens de l’espoir
Sans nos drapeaux que de victoires

Aux âmes citoyens
Que nos baisers donnent le ton
Aux âmes citoyens
Que les armées désertent nos chansons

Quand la haine s’élève
Nous allons bienveillants
Sur le sentier de la trêve
Désarmés jusqu’aux dents
Nous livrerons bataille
Sentiments en jalons
Nos sourires pour médailles
La tendresse comme canon

Aux âmes citoyens
Que nos baisers donnent le ton
Aux âmes citoyens
Que les armées désertent nos chansons

(Aldebert)

 

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L’HOMME ET SON OMBRE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2020



Illustration
    
(Recueil Pages d’écriture)
L’HOMME ET SON OMBRE

La déroute des idoles n’a pas étouffé en nous le désir
de construire quelques êtres démesurés, étrangers à la raison,
capables de contenir toutes nos craintes, et, en même temps,
de nous conduire aux portes d’un empire incorruptible, paré
des augustes prestiges de l’impersonnalité.
Mais, par un bizarre paradoxe, puisque nulle chose, même
au bord du néant, ne peut nous arracher au souvenir de notre
condition, il semble qu’aujourd’hui la première de ces figures
mythiques, encore obscure et tremblante comme un monde
naissant, ne soit autre que l’Homme lui-même. Dans les
définitions qu’il se donne de sa propre nature et de son propre
destin, il n’est pas un trait, pas une notion qui ne le dépasse.
Son ombre gigantesque l’entraîne et il la suit en gémissant.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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Seigneur, venez à mon secours (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2020



Seigneur, venez à mon secours,
Tendez-moi votre main si grande
Qu’elle est le dôme des amours,
Des océans, des monts, des landes,
De l’éternel et de nos jours.

Tendez-moi, Seigneur, ne serait-ce
Qu’un de vos doigts pour m’y poser,
Emmenez-moi me reposer
Loin de tout ce qui me délaisse
Et loin de ce que j’ai osé.

Écartez-moi de la rivière,
Conduisez-moi sur le chemin
Qui mène au cœur de la prière,
Tendez-moi votre grande main
D’où sort la nuit et la lumière.

Tout m’est trop proche et trop lointain,
Mon cœur est mort, mon âme pleure,
Le temps ne m’apporte plus d’heure,
Mes battements se sont éteints
Sous un pas quittant ma demeure.

J’ai rendu le dernier soupir.
Seigneur, écoutez la prière
De celle qui voudrait dormir.
Baissez mes rouges paupières
Car j’ai grand sommeil de mourir.

(Louise de Vilmorin)

Illustration: Christophe Gilbert 

 

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FRÈRES AVEUGLES (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2020




    
FRÈRES AVEUGLES

Pensez à tous ceux qui voient
vous tous qui ne voyez pas
où vont-ils se laisser conduire
ceux qui regardent leur bout de nez
par le petit bout d’une lorgnette
Pensez aussi à ceux qui louchent
à ceux qui toujours louchent vers l’or
vers la mer leur pied ou la mort
à ceux qui trébuchent chaque matin
au pied du mur au pied d’un lit
en pensant sans cesse au lendemain
à l’avenir peut-être à la lune au destin
à tout le menu fretin
ce sont ceux qui veillent au grain
Mais ils ne voient pas les étoiles
parce qu’ils ne lèvent pas les yeux
ceux qui croient voir à qui mieux mieux
et qui n’osent pas crier gare
Pensez aux borgnes sans vergogne
qui pleurent d’un oeil mélancolique
en se plaignant des moustiques
des éléphants de la colique
Pensez à tous ceux qui regardent
en ouvrant des yeux comme des ventres
et qui ne voient pas qu’ils sont laids
qu’ils sont trop gros ou maigrelets
qu’ils sont enfin ce qu’ils sont
Pensez à ceux qui voient la nuit
et qui se battent à coup de cauchemars
contre scrupules et remords
Pensez à ceux qui jours et nuits
voient peut-être la mort en face
Pensez à ceux qui se voient
et savent que c’est la dernière fois

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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C’est là-bas (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2020



C’est là-bas

On vous dit c’est là-bas
En allongeant le bras
Qui vous y conduit
Alors on part
Mais on meurt en chemin

(Pierre Albert-Birot)

Illustration: Gilbert Garcin

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ANNÉE-LUMIÈRE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2020



Illustration
    
ANNÉE-LUMIÈRE

Une étoile dans mes mains grandes ouvertes
Un regard une étincelle une joie
Des millions d’années-lumière et une seconde
Comme si le temps était aboli
et que le monde entier se gonflait de silence

L’inconnu s’illuminait d’un seul coup
et cette lueur annonçait l’aurore
Tout était promis et clair et vrai
Un autre jour une autre nuit et l’aube
et que le monde était à portée de mes mains

Ne pas oublier ces angoisses ces vertiges
en écoutant ce qu’annonçait l’étoile
et en retrouvant ce chemin de feu
qui conduisait vers l’avenir et l’espoir
et vers ce que nul ni moi n’attendait plus

Que les nuages lourds comme le destin
s’étalent et menacent comme des monstres
et que l’horizon soit noir comme l’enfer
L’étoile brille pour moi seul
et tout devient lumière et clarté

Étoile qui me guide vers cet univers
où règnent la vérité et l’absolu

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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