Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘conduite’

MERCI BEAUCOUP (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2018



MERCI BEAUCOUP

Il faut tant marcher par le monde
pour constater certaines choses,
certaines lois de soleil bleu,
le bruit central de la douleur,
l’exactitude printanière.

J’atermoie par trop les problèmes :
je rejoins tard l’amphithéâtre
où l’on attend de voir paraître
la digne soupe des centaures!
Les vainqueurs sont là, rutilants,
et l’automne s’y multiplie.

Je vis, mais pourquoi? exilé
de la merveille des oranges.

J’ai compris petit à petit
qu’en ces journées si étouffantes
j’épuise ma vie à m’asseoir,
j’use le jour sur les tapis.

Puisqu’on m’a refusé l’entrée
dans la maison des empressés,
de ceux qui sont venus à temps,
je veux savoir ce qu’il en fut
quand on a refermé les portes.

Quand on a refermé les portes
et que le monde a disparu
dans un murmure de chapeaux
qui répétaient comme la mer
un éblouissant mouvement.

Connaissant mes motifs d’absence
qu’on me pardonne ma conduite.

(Pablo Neruda)


Illustration: René Magritte

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA CONDUITE DE LA BÊTE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2018



Illustration: Catherine Herbo
    
LA CONDUITE DE LA BÊTE

On vient enfin sortir
de sa bauge assombrie
la bête sans remords
au poil lissé et lustré
son oreille a frémi
et des milliers comme elle
ont traversé les siècles avec lenteur
il a gelé à pierre fendre
au plus noir des celliers
et même dans les chambres
mais un soleil pâle
va bientôt se montrer
sur l’immense route de l’hiver.

(Jean Follain)

 

Recueil: Des Heures
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Lettre du prisonnier R.S à la Direction pénitentiaire (Ronny Someck)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2017



Illustration
    
Lettre du prisonnier R.S à la Direction pénitentiaire

L’amour est une mutinerie de prisonniers
dans la prison du corps.

S’il vous plaît,
ne réduisez pas le tiers de ma peine
pour bonne conduite.

(Ronny Someck)

 

Recueil: Quand on n’a que l’amour
Editions: Bruno Doucey

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

MAISON ET CONDUITE (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017




    
MAISON ET CONDUITE

Les parties lumière
et les parties noires
du vaste manoir
découpent en plein
milieu mon cœur.

Je suis l’un ou l’autre
mouvant caractère
selon la lumière
qu’en moi il infuse
ou qui se refuse.

Ange-de-splendeur,
petite crapule,
je n’ai pas contrôle
sur moi dans la cave
ou sur le balcon.

Serai-je les deux
à l’exact instant
où j’ouvre la porte,
encore hésitants,
et la porte et moi?

Le vaste manoir
de lumière-et-d’ombre
c’est lui qui décide
comme jugera
de moi l’opinion
des grands, sans appel
pour mon moi confus
dans l’indéfinie
tombée de la nuit.

(Carlos Drummond de Andrade)

 

Recueil: La machine du monde et autres poèmes
Traduction: Didier Lamaison et Claudia Poncioni
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

BRIN DE CONDUITE (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017



chemin-nuit-6f6-800x600

BRIN DE CONDUITE

Dis, sais-tu, ma jolie
en revenant du bal danser
On a pris les sentiers.
Les sentiers s’en vont dans la nuit
Dis, sais-tu, ma jolie
Où s’en vont les petits sentiers ?

Nous mèneront-ils au seuil de la ferme
Où dans le lit à rideaux bleus
Ta vieille s’endort tandis que ton vieux
Visite l’étable avec sa lanterne ?
Nous mèneraient-ils au plein des éteules
Où les grillons chantent ce soir,
Comme des petits curés tout en noir,
Pour les épouses du revers des meules !

Nous savons jusqu’où les vieux nous permettent,
Ils nous respectons trop les vieux
Qui sont à l’étable ou dans le lit bleu
Pour aller plus loin qu’un baiser honnête…
Mais comme, ce soir, tu parais plus blonde
Que le clair de lune en ton cou !
Et comme il te fait frissonner partout
Le vent qui s’embaume en les meules rondes !

Ah ne rêvons pas de choses pareilles !
Ça serait mal, bien mal, vois-tu?
Pour ta dot, les blés ne pousseraient plus,
Et ton vieux viendrait me prendre aux oreilles!…
Mais, pourtant, mon Dieu ! pourtant il me semble…
Les meules sont là, devant nous !
Chez vous est bien loin… on ne sait plus où ?
Et comme je brûle !… et comme tu trembles !…

Dis, sais-tu, ma jolie
En revenant du bal danser
On a pris les sentiers.
Les sentiers s’en vont dans la nuit
Dis, sais-tu, ma jolie
Où s’en vont les petits sentiers ?

(Gaston Couté)

 Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

En s’adonnant à l’étude, on s’accroît chaque jour (Lao Tseu)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2016



En s’adonnant à l’étude,
on s’accroît chaque jour.
En se consacrant à la voie,
on diminue chaque jour.
Et l’on continue de diminuer
jusqu’au jour où l’on cesse d’agir.

N’agissant plus,
il n’est rien,
désormais,
qu’on ne puisse accomplir.

La conduite du royaume
revient
à qui demeure au-dessus de l’action.

Celui qui lutte
pour gagner le royaume
ne l’obtient jamais.

(Lao Tseu)

Illustration

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

LES MAINS DECHARNEES (Luc Decaunes)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2016



 

Ferdinand Hodler ahasver-1910.jpg!HD [1280x768]

LES MAINS DECHARNEES

Je n’ai à recevoir de leçons de personne
Je suis pauvre je suis seul
Je fais mon feu entre deux pierres
J’habite entre le ciel et l’eau
Dans la gorge lourde des arbres
Dans le coeur amer du limon
Je n’ai pas toujours du courage
Je ne sais pas faire le bien
Je n’ose pas faire le mal
L’oubli des blessures a durci mes lèvres
Mon amour est facile et mon corps mal servi
J’ignore les sciences abstraites
Les métiers du bois du fer de la pierre
J’honore la justice et suis injuste dans ma vie
J’abhorre le mensonge et me contente de nantir
J’envie ceux qui savent mourir
Ceux qui luttent ceux qui succombent
Sous le poids de leurs ennemis
Sans abdiquer leur vérité
Je ne fais de tort à personne
J’ai trop d’amis pour en avoir un seul
A qui donner plus que moi-même
J’ai trop d’espoir pour oser le servir
Au détriment de mes chances mesquines

Le jour m’accable de ses preuves
Le jour me grève de désirs
Je ne connais plus le visage
De mes frères en servitude
Je suis petit faible dans mon orgueil
Et sans conseil et sans conduite
J’ai des leçons à recevoir de tous les hommes.

(Luc Decaunes)

Illustration: Ferdinand Hodler

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :