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Onde (Saint-Pol Roux)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018



 

Ana Cruz -583x600

Onde vraie,
Onde première,
Onde candide,
Onde lys et cygnes,
Onde sueur de l’ombre,
Onde baudrier de la prairie,
Onde innocence qui passe,
Onde lingot du firmament,
Onde litanies de matinée,
Onde choyée des vasques,
Onde chérie par l’aiguière,
Onde amante des jarres,
Onde en vue du baptême,
Onde pour les statues à socle
Onde psyché des âmes diaphanes,
Onde pour les orteils des fées,
Onde pour les chevilles des mendiantes,
Onde pour les plumes des anges,
Onde pour l’exil des idées,
Onde bébé des pluies d’Avril,
Onde petite fille à la poupée,
Onde fiancée perlant sa missive,
Onde carmélite au pied du crucifix,
Onde avarice à la confesse,
Onde superbe lance des croisades,
Onde émanée d’une cloche tacite,
Onde humilité de la cime,
Onde éloquence des mamelles de pierre,
Onde argenterie des tiroirs du vallon,
Onde banderole du vitrail rustique,
Onde écharpe que gagne la fatigue,
Onde palme et rosaire des yeux,
Onde versée par les charités simples,
Onde rosée des étoiles qui clignent,
Onde pipi de la .lune-aux-mousselines,
Onde jouissance du soleil-en-roue-de-paon,
Onde analogue aux voix des aimées sous le marbre,
Onde qui bellement parais une brise solide,
Onde pareille à des baisers visibles se courant après,
Onde que l’on dirait du sang de Paradis-les-Ailes,

Je te salue de l’Elseneur de mes Péchés !

Ce Ruisselet, j’ai su depuis, était mon Souvenir-du-premier-âge.
O l’onde qui file et glisse, vive, naïve, lisse !

(Saint-Pol Roux)

Illustration: Ana Cruz

 

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Birds in the night (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2017



Albert Lynch 1000

Birds in the night

Vous n’avez pas eu toute patience,
Cela se comprend par malheur, de reste.
Vous êtes si jeune! et l’insouciance,
C’est le lot amer de l’âge céleste!

Vous n’avez pas eu toute la douceur,
Cela par malheur d’ailleurs se comprend;
Vous êtes si jeune, ô ma froide soeur,
Que votre coeur doit être indifférent!

Aussi me voici plein de pardons chastes,
Non certes! joyeux, mais très calme, en somme,
Bien que je déplore, en ces mois néfastes,
D’être, grâce à vous, le moins heureux homme.

*
* *

Et vous voyez bien que j’avais raison
Quand je vous disais, dans mes moments noirs,
Que vos yeux, foyer de mes vieux espoirs,
Ne couvaient plus rien que la trahison.

Vous juriez alors que c’était mensonge
Et votre regard qui mentait lui-même
Flambait comme un feu mourant qu’on prolonge,
Et de votre voix vous disiez: «Je t’aime!»

Hélas! on se prend toujours au désir
Qu’on a d’être heureux malgré la saison…
Mais ce fut un jour plein d’amer plaisir,
Quand je m’aperçus que j’avais raison!

*
* *

Aussi bien pourquoi me mettrai-je à geindre?
Vous ne m’aimez pas, l’affaire est conclue,
Et, ne voulant pas qu’on ose se plaindre,
Je souffrirai d’une âme résolue.

Oui, je souffrirai, car je vous aimais!
Mais je souffrirai comme un bon soldat
Blessé, qui s’en va dormir à jamais,
Plein d’amour pour quelque pays ingrat.

Vous qui fûtes ma Belle, ma Chérie,
Encor que de vous vienne ma souffrance,
N’êtes-vous donc pas toujours ma Patrie,
Aussi jeune, aussi folle que la France?

*
* *

Or, je ne veux pas,—le puis-je d’abord?
Plonger dans ceci mes regards mouillés.
Pourtant mon amour que vous croyez mort
A peut-être enfin les yeux dessillés.

Mon amour qui n’est que ressouvenance,
Quoique sous vos coups il saigne et qu’il pleure
Encore et qu’il doive, à ce que je pense,
Souffrir longtemps jusqu’à ce qu’il en meure,

Peut-être a raison de croire entrevoir
En vous un remords qui n’est pas banal.
Et d’entendre dire, en son désespoir,
A votre mémoire: ah! fi que c’est mal!

*
* *

Je vous vois encor. J’entr’ouvris la porte.
Vous étiez au lit comme fatiguée.
Mais, ô corps léger que l’amour emporte,
Vous bondîtes nue, éplorée et gaie.

O quels baisers, quels enlacements fous!
J’en riais moi-même à travers mes pleurs.
Certes, ces instants seront entre tous
Mes plus tristes, mais aussi mes meilleurs.

Je ne veux revoir de votre sourire
Et de vos bons yeux en cette occurrence
Et de vous, enfin, qu’il faudrait maudire,
Et du piège exquis, rien que l’apparence

*
* *

Je vous vois encor! En robe d’été
Blanche et jaune avec des fleurs de rideaux.
Mais vous n’aviez plus l’humide gaîté
Du plus délirant de tous nos tantôts,

La petite épouse et la fille aînée
Était reparue avec la toilette,
Et c’était déjà notre destinée
Qui me regardait sous votre voilette.

Soyez pardonnée! Et c’est pour cela
Que je garde, hélas! avec quelque orgueil,
En mon souvenir qui vous cajola,
L’éclair de côté que coulait votre oeil.

*
* *

Par instants, je suis le pauvre navire
Qui court démâté parmi la tempête,
Et ne voyant pas Notre-Dame luire
Pour l’engouffrement en priant s’apprête.

Par instants, je meurs la mort du pécheur
Qui se sait damné s’il n’est confessé,
Et, perdant l’espoir de nul confesseur,
Se tord dans l’Enfer qu’il a devancé.

O mais! par instants, j’ai l’extase rouge
Du premier chrétien, sous la dent rapace,
Qui rit à Jésus témoin, sans que bouge
Un poil de sa chair, un nerf de sa face!

(Paul Verlaine)

Illustration: Albert Lynch

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