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Seul le désir est resté jeune (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2020



 

Seul le désir est resté jeune
Sans réfléchir
Ni au comment ni au pourquoi

Mais il descend de plus en plus
Dans la mine
Du corps où épuiser à coups de
Pic le filon d’anthracite

Dont la salamandre des chairs
A tant besoin

Comme aux confins
De l’espace ces constellations
Dont nous n’avons plus
Que la lumière froide

Et la courbe pure de l’horizon

(Werner Lambersy)

Illustration: Dina Goldstein

 

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Seul le désir est resté jeune (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2020



Seul le désir est resté jeune
Sans réfléchir
Ni au comment ni au pourquoi

Mais il descend de plus en plus
Dans la mine
Du corps où épuiser à coups de
Pic le filon d’anthracite

Dont la salamandre des chairs
A tant besoin

Comme aux confins
De l’espace ces constellations
Dont nous n’avons plus
Que la lumière froide

Et la courbe pure de l’horizon

(Werner Lambersy)

Illustration: Claude Verlinde

 

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COQUILLAGE CASSÉ (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2020



coquillage cassé

 

COQUILLAGE CASSÉ

Coquillage cassé
Sur les sables endormis
Dans les bras de la haute mer
Ce gîte ancien
Qui fut le mien peut-être
N’est plus qu’une moitié
De sa spirale première
Au nacre rose
Et je sais que le sable
Remué par la marée prochaine
Emplira parfaitement
Ce trou d’absence
Je sais le vent n’y fera même plus
Ce bruit de grève et rêve
Dont mes oreilles
Orgueilleusement refermées
N’ont cependant pas sacrifié encore
A la clameur du temps
La monodie mélancolique

Coquillage cassé
Sur les sables lointains
De la haute mer
Où donc est passée
La limace
La limace ourlée et fragile
Qui t’habitait ?

S’est-elle exhalée vers
Les rives imaginaires du ciel d’été
Soudain lassée de ta géométrie ?
Coquillage cassé
Sur les sables
Aux confins de la mer
Je ne saurais te dire
Un tel adieu

(Gilles Vigneault)

Illustration

 

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QUAND (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2020



QUAND

Quand peu avant midi
Le soleil est sur la prairie,

Que la chaleur,
Disent les pâquerettes, est bonne
Au niveau de la fleur
Au niveau des racines,

Que le pré est ouvert
A des champs, des landes,
Des chemins, du ciel,

Qu’il y a :
C’est un chant comme c’est du silence,

Que toutes les choses
Ont le temps de se regarder,

Le brin d’herbe
A les dimensions du monde.

II
Quand beaucoup de choses
Au soleil s’acceptent,

Quand on n’a pas envie
De quitter le pré, le talus,

Quand on se sent de connivence
Avec tous les verts,

Avec la barrière et plus loin
Les toits du hameau,

On peut être tenté de se dire
Que la sphère est partout
En train de s’accomplir.

III
Quand la plage vers le soir
Est de la couleur de la mer,

Que la mer
N’est que le prolongement de la plage,

Quand il n’y a de sûr
Que ce gris qui n’est même pas gris,

Ce plan horizontal et, au-dessus de lui,
Le vague hémisphère translucide,

Il faut sortir
De cette espèce d’éternité.

IV
Quand on torture quelque part
Un corps qui ne peut pas
Crier plus fort que lui,

Rien ne le dit.
Le sol

Est comme un autre jour,
L’air aussi, les feuillages,
Les courbes, les couleurs
Et l’aboiement d’un chien
Aux confins de la Beauce.

Mais il est vrai
Que l’on torture tous les jours
Depuis toujours,

Que l’habitude est prise,
Que c’est enregistré
Sans grandes variations.

(Eugène Guillevic)

 

 

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DIFFÉRENTS LIEUX (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2020



DIFFÉRENTS LIEUX

Sur la route quelqu’un passe
De la maison que cerne le fossé
On entend le pas qui sonne
Un chien aurait pu aboyer
Ou près du porche une volaille s’effrayer
Mais rien que ce pas qui décroît
Sur la route qui va tout droit
Jusqu’au bois plus loin lové dans sa torpeur
Rien que la solitude
Et la chaleur du jour d’été
Jusqu’aux confins où sont des villes
Bruissantes et fiévreuses
Sous le même ciel indifférent
Que certains disent vide
Et que d’autres voient empli de signes de présages

(Robert Momeux)

Illustration

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L’instant qui fuit (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2019



L’instant qui fuit est loin de tout,
plus loin que les nuages là-bas,
plus loin que le passé dissous, que l’avenir
à l’avance effacé, réduit à rien,
comme le ciel confondu
avec l’espace, où diminuent
les chants d’oiseaux, par-dessus
l’atrocité du monde.
Le soir tombe, si las, sur les coeurs
cruels, vaincus par leur malignité.
Pourtant demeure encore un froissement
d’ailes, au bout du firmament,
sur les confins d’un autre ciel,
où un souffle inconnu murmure l’on ne sait
quel accompagnement de paix.

(Jean Mambrino)

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MÉTAMORPHOSES (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2019



MÉTAMORPHOSES I

Invente tes métamorphoses

Il est toujours temps de dépister l’éclair
De t’arracher aux paroles stagnantes
D’abreuver le coeur drainé par trop de soifs
D’écarter l’écorce pour surprendre le noyau

Des confins de la terre et du ciel
Jusqu’aux menées de l’âme
Il n’y a pas de grille à la poursuite
Ni aux fictions.

***

MÉTAMORPHOSES II

Où est l’homme
En ce vacarme
En cette lande crevassée ?

Sa voix se perd
Parmi les stridences
Sur sa toile impénétrable
Les fils se sont usés

Quelle main peut le saisir encore
Quel langage le traduire
Quel oeil le fixer ?

Seuls des fragments d’images
Surgissent du repaire des ombres
Écartent de funestes fagots
Infiltrent quelques lueurs
Métamorphosent quelques paroles
En brasiers.

***

MÉTAMORPHOSES III

L’homme décline puis se recrée
Loin des preuves et des ruines

De chantiers en chantiers
Sous le tain sous l’écorce
Il s’extrait du chaos
Il ratisse des jardins
Pour goûter à l’avenir
A sa flore fugitive
A ses grappes éphémères
Et au chant des matins.

(Andrée Chedid)


Illustration: Salvador Dali

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Les myriades d’étoiles (Bing Xin)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2019



 

Henri Edmond Cross landscape-with-stars-1908 [1280x768]

Les myriades d’étoiles

Les myriades d’étoiles scintillent
sur le fond bleu du ciel
Qui a jamais perçu ce qu’elles se disent?

Au plus profond du silence
chacune de sa faible clarté
Rend à ses compagnes un secret hommage

Fleur qui pousse dans les cailloux entre les rails
une seconde seulement
toi et moi
rencontre fortuite dans l’immensité de la vie
adieu à jamais dans l’immensité de cette vie
Même si je revenais
parmi tant d’autres entre les rails
comment te retrouverais-je

Trop longtemps assise
Ouvre grand la fenêtre: la mer
Ta nostalgie infinie
Livre-la aux confins du ciel
là où jusqu’à l’oubli s’étendent les vagues

(Bing Xin)

Illustration: Henri Edmond Cross

 

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Profession de foi (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2019



Illustration: Nathalie Mounier
    
Profession de foi

Je ne peux vivre sans ressentir la présence toujours
D’une étincelle de feu clair.
Mon coeur préfère errer éternellement
Que se rafraîchir dans le courant du jour.

Je cherche l’amour aux ultimes confins
Et brûle de me dissoudre enfin,
Quand bien même tous les appuis me lâchent,
Me jouant aux mains du Malin.

Je me tiens rayonnante devant les plus profonds abîmes,
afin de connaître leur sens ultime
Et il m’est permis aux heures magiques
D’aller à l’origine, au fond des énigmes.

***

Bekenntnis

Ich kann nicht leben ohne einen Funken
Von hellem Feuer stets zu fühlen.
Mein Herz wird lieber ewig wandern,
Als sich im Strom des Tages kühlen.

Ich suche Liebe an den letzten Grenzen
Und gliihe mich einmal zu lösen,
Selbst wenn mich aile Pfeiler lassen,
Mich spielend in die Hand des Bösen.

Ich stehe strahlend vor den tiefsten Gründen,
Um ihren letzten Sinn zu sehen
Und darf in zauberhaften Stunden
Bis an der Rätsel Urgrund gehen.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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En forêt (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2019



En forêt

La mousse pousse autour du tronc
Qui retrouve sa légèreté
Au retour de la pluie
Qui psalmodie à ras du sol
Où tombent des lambeaux d’écorce
Il flotte des oripeaux de brume
Au-dessus de la mare
Où croupissent des astres

Dans la forêt où s’agenouillent des chemins de paix
Et se chevauchent des sentiers d’automne
Je déserte au plus clair du matin
Je m’expatrie vers des limites jamais atteintes
Jusqu’aux confins de la vie.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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