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Poésie

Posts Tagged ‘conflit’

FRONTISPICE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019




    
FRONTISPICE
(Pourquoi sinon)

Pourquoi
sinon
pourquoi chercher
sinon dans le vol indécis des nuages
non pas la métaphore seule
ou l’enfantin symbole mais
le sens même et le non-sens
et que faut-il craindre en vivant sinon
la foudre affreusement imitée
par la guerre et par
le conflit incessant des choses
et que faut-il enfin révérer
sinon la récompense indue
de voir d’entendre de toucher
à profusion le jour et l’ombre
ou le plaisir d’être debout
et de fouler le sol
du sable à l’herbe et de la feuille
au pavement et si parfois
nous vient la faiblesse mortelle
d’imaginer des personnes immenses
d’abord à notre image façonnées
puis s’effaçant dans l’improbable
alors c’est nous c’est nous-mêmes
orgueil et délire
c’est nous c’est nos propres reflets
qu’il nous faut dérisoire prière invoquer
car rien n’est plus sacré que
notre énigme pas à pas
et marche après marche obstinée
à gravir les
degrés de ce temple en mouvement
qui n’est autre
que l’aurore
à l’absolu calcul obéissante’
et la nuit
à nos veux de voyants aveugles révélée
hors des saisons de notre vie
et bien au-delà des
tourbillons du système des mondes
et plus loin confondant
tout l’effort de notre esprit
et tous les termes du
langage et la mesure
et la limite par la vitesse
à tous les vents de l’espace jetés
pour que règne
le temps révolu
et que la conscience
à son retour dans
l’être sans figure s’accoutume
puisque notre faiblesse démente
est pareille au passage des jours pareille
aux troupeaux affolés par l’orage pareille
à la parole trébuchante et
renversée et que dirai-je
encore de plus
sinon pourquoi ?

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le soir quotidien descend (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2019



Le soir quotidien descend
Dans les vitres qu’il décompose;
On y voit s’évanouissant
Comme un encens sur une rose.
C’est un funèbre et bref conflit
Dans les vitres, lasses d’attendre.
Enfin le destin s’accomplit,
Pauvres vitres pleines de cendre…
Et le soir qui manigançait
Dans la demeure enfin pénètre.

(Georges Rodenbach)

Illustration

 

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Une dentelle s’abolit (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018



Illustration: Karen Lamonte
    
Une dentelle s’abolit
Dans le doute du Jeu suprême
A n’entr’ouvrir comme un blasphème
Qu’absence éternelle de lit.

Cet unanime blanc conflit
D’une guirlande avec la même,
Enfoui contre la vitre blême
Flotte plus qu’il n’ensevelit.

Mais, chez qui du rêve se dore
Tristement dort une mandore
Au creux néant musicien

Telle que vers quelque fenêtre
Selon nul ventre que le sein,
Filial on aurait pu naître.

(Stéphane Mallarmé)

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Un oeil brouillé (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2018




    
Un oeil brouillé
lourd passé
savoir confus
conflits divers
il lui faut un long temps
pour parvenir
à se clarifier

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.

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Agir et penser comme un chat (1) (Stéphane Garnier)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2018




Illustration: ArbreaPhotos
Au commencement, Dieu créa l’Homme,
mais le voyant si faible, il lui donna le chat.

(Warren Eckstein)


    

Le chats de gouttière même les plus loqueteux sont toujours nobles.
Ils n’ont rien à prétendre.
Ils sont chats… et tout est dit.

(Frédéric Vitoux)

Au plus profond de nous, nous sommes tous motivés par les mêmes urgences.
Les chats ont le courage de vivre sans s’en préoccuper.

(Jim Davis)

Avec les qualités de propreté, d’affection, de patience,
de dignité et de courage que possèdent les chats,
combien d’entre nous, je vous le demande,
pourraient devenir des chats ?

(Fernand Méry)

L’idée du calme
est dans un chat assis.

(René Char)

Le chat semble mettre un point d’honneur à ne servir à rien,
ce qui ne l’empêche pas de revendiquer au foyer
une place meilleure que celle du chien.

(Michel Tournier)

Et quand je vois passer un Chat
je dis:
il en sait long sur l’Homme.

(Jules Supervielle)

J’ai beaucoup étudié les philosophes et les chats.
La sagesse des chats est infiniment supérieure.

(Hippolyte Taine)

Le chat ne nous caresse pas,
il se caresse à nous.

(Rivarol)

L’espèce humaine est la seule à avoir des difficultés à se voir en tant qu’espèce.
Un chat semble n’avoir aucun mal à un être un chat; c’est tout simple.
Les chats n’ont apparemment aucune complexe,
aucune ambivalence, aucun conflit et ne montrent aucun signe de volonté d’être plutôt des chiens.

(Abraham Maslow)

 

Auteur: Stéphane Garnier
Recueil: Agir et Penser comme un Chat
Editions: De l’Opportun

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Le temps,une grâce princière (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2018




    
le temps,une grâce princière que ses pondérations
d’une générosité au-delà du croyable
(bien que chair et sang l’accusent de coercition
qu’esprit et âme de trahison le croient coupable)

ses actes aussi peu raisonnés qu’irraisonnés
sa sagesse annulant l’accord ou le conflit
– les saharas comptent par siècle;huit ou dix milliers
auprès d’un seul instant de rose paraissent petits

il est un temps pour les larmes et un temps pour rire
pour l’espoir la détresse la paix ou les passions
— et un temps pour grandir et un temps pour mourir
un nuit pour le silence:un jour pour les chansons

étais plus que tout(comme viennent tes bien plus que prunelles
me le dire)il est un temps pour l’intemporel

***

in time’s a noble mercy of proportion
with generosities beyond believing
(though flesh and blood accuse him of coercion
or mind and soul convict him of deceiving)

whose ways are neither reasoned nor unreasoned
his wisdom cancels conflict and agreement
– saharas have their centuries; ten thousand
of which are smaller than a rose’s moment

there’s time for laughing and there’s time for crying –
for hoping for despair for peace for longing
– a time for growing and a time for dying:
a night for silence and a day for singing

but more than all (as all your more than eyes
tell me) there is a time for timelessness

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: 95 poèmes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Points

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Boue (Michel Voiturier)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2017




    
Boue

Les pierres avaient été déposées à intervalles rythmés.
Elles épousaient les minuscules dénivellations.
Elles étaient régulièrement poncées et lavées
afin que la mousse ne parvienne à les confondre avec l’herbe,
ce qui aurait, à l’évidence, accouché de conflits incessants.

Le propriétaire regardait cela d’un oeil vif.
Il jaugeait sa satisfaction au nombre de cailloux
que son regard embrassait d’un seul jet.

Quelques décennies plus loin,
l’arrivée impromptue d’une boue devenue torrent recouvrit tout.
Inexorable. Plus de signe.
Plus de borne. Plus de légitimité décrétée.
Enfouie pour longtemps.

(Michel Voiturier)

 

Recueil: Dits en plain désert
Editions: Clarisse

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Violette (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2017



Violette

Grave Conflit A Propos de La Violette
Entre La Fée Aux Fleurs
Et Une Académie Qui Désire Garder L’anonymat

[Thèse académique:]
La Violette est fille d’Atlas.
Cette jeune nymphe, poursuivie par Apollon,
allait devenir la proie de ce Don Juan,
lorsque les dieux, touchés de son sort,
la métamorphosèrent en violette.
C’est le moyen ordinaire employé par les dieux pour
déjouer les projets galants d’Apollon.
L’imagination féconde de Jupiter
devrait bien de temps en temps inventer un nouveau procédé.

[Thèse de la Fée aux Fleurs:]
Ces auteurs sont vraiment des gens cocasses.
Où diable ont-ils pris que la Violette
est fille d’Atlas et nymphe de son métier?
tandis que son père s’appelait tout simplement Jérôme,
et qu’elle exerçait la profession de couturière
au bourg sous le nom de Marcelle.

[Réponse de L’Académie:]
1. On ne doit ajouter qu’une foi médiocre
aux renseignements fournis à la science
par des êtres dont l’existence est aussi peu prouvée que celle des fées.
2. On ne peut donner sur toutes choses que des détails apocryphes,
quand on est apocryphe soi-même.
3. Les témoignages des siècles s’accordent à démontrer
que les fleurs ont toutes une origine essentiellement mythologique.
En conséquence. L’Académie déclare que la violette
lui semble plus que jamais fille d’Atlas.
Elle affirme, en outre, sur son âme et sur sa conscience,
devant Dieu et devant les hommes,
que la fille d’Atlas était nymphe de naissance,
et que les dieux, pour la soustraire
aux poursuites d’Apollon, la changèrent en violette.

(J.J. Grandville)

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Ta lumière (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2017



 

J’ai connu en moi-même le jeu de l’Univers;
j’ai échappé à l’erreur de ce monde.

Le dedans et le dehors
sont devenus pour moi un seul ciel.

L’Infini et le fini se sont unis.
Je suis ivre de la vue du Tout.

Ta lumière emplit l’Univers;
elle est la lampe d’amour qui brûle
sur le plateau du savoir.

Kabîr dit : « Là, aucune erreur ne peut entrer
et le conflit de la vie avec la mort n’existe plus. »

(Kabîr)

Illustration: Josephine Wall 

 

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Cette nuit est à nous, ma Bien-Aimée ! (Jacques Rabemananjara)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2016




Cette nuit est à nous, ma Bien-Aimée ! Et vois
comme tout s’abandonne à tes moindres caprices :
Des bruits de sabots d’or se font, là-haut, complices
du grand souffle d’amour dont frémit le vieux toit.

La chaumière n’est plus qu’un foyer d’incendie
où nous venons brûler nos coeurs et nos atouts.
La cheminée éclate et rayonne et dédie
sa gerbe incantatoire à nos derniers tabous.

J’exalte ta beauté hautaine et la noblesse
de l’encolure où vient folâtrer mon Désir.
Dans l’étreinte tu sais mêler force et faiblesse.

Mais, moi, dans ce conflit de larme et de plaisir,
m’obséderont toujours et tes longs cris d’Archange
perdu et tes grands yeux noyés de perle étrange.

(Jacques Rabemananjara)

Illustration: Anne Coqueau

 

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