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Poésie

Posts Tagged ‘confondu’

Et nous étions ainsi dans une nuit massive (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2019


 


 

Paige Bradley (5)

Et nous étions ainsi dans une nuit massive
l’un à l’autre mêlés, nos chevelures
confondues, nos branches, nos racines,
et nous tombions comme un seul arbre ainsi
avec lenteur dans un silence lisse.

(Jean Joubert)

Illustration: Paige Bradley

 

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Tu les croises (Karel Logist)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018




    
Tu les croises dans l’île
à rêves découverts,
visages confondus,
vingt mille robinsons,
solitudes à vendre
sept lundis par semaine
et pas un Vendredi qui vaille l’or d’aimer.

(Karel Logist)

 

Recueil: J’arrive à la mer
Traduction:
Editions: De le Différence

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JE TOUCHE TES LEVRES (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018



Illustration: Alice de Miramon
    
JE TOUCHE TES LEVRES

Je touche tes lèvres,
je touche d’un doigt le bord de tes lèvres.
Je dessine ta bouche comme si elle naissait de ma main,
comme si elle s’entrouvrait pour la première fois
et il me suffit de fermer les yeux
pour tout défaire et tout recommencer.

Je fais naître chaque fois la bouche que je désire,
la bouche que ma main choisit et qu’elle dessine sur ton visage,
une bouche choisie entre toutes, choisie par moi
avec une souveraine liberté pour la dessiner de ma main sur ton visage et qui,
par un hasard que je ne cherche pas à comprendre,
coïncide exactement à ta bouche
qui sourit sous la bouche que ma main te dessine.

Tu me regardes, tu me regardes de tout près,
tu me regardes de plus en plus près,
nous jouons au cyclope,
nos yeux grandissent, se rejoignent, se superposent,
et les cyclopes se regardent, respirent confondus,
les bouches se rencontrent, luttent tièdes avec leurs lèvres,
appuyant à peine la langue sur les dents,
jouant dans leur enceinte où va et vient
un air pesant dans un silence et un parfum ancien.

Alors mes mains s’enfoncent dans tes cheveux,
caressent lentement la profondeur de tes cheveux,
tandis que nous nous embrassons
comme si nous avions la bouche pleine de fleurs ou de poissons,
de mouvement vivants, de senteur profonde.

Et si nous nous mordons, la douleur est douce
et si nous sombrons dans nos haleines mêlées
en une brève et terrible noyade,
cette mort instantanée est belle.

Et il y a une seule salive et une seule saveur de fruit mûr,
et je te sens trembler contre moi comme une lune dans l’eau.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Marelle
Traduction: Laure Bataillon & Françoise Rosset
Editions: Gallimard

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PRESENTE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2018



Illustration: Ivan Rabuzin
    
PRESENTE

Loin
Sous les bâches du ciel
Avec le dernier train
Les villages sans téléphone
Et pour celui qui se souvient
Les fumées courtes de l’automne

Je suis là
Où tu sais
Dans les combes dorées
Et dans l’anonymat terrible des gibiers
Confondu
Ne sachant si la main est un signe
Ou si l’homme est pareil aux chiens aventuriers

C’est encor le moment de t’appeler
D’attendre
Un visage parmi les feuillages de cendre
Clairière, tu ne peux toujours te refuser

Je te soulève en moi
Je t’enveloppe d’arbres
Je te donne le nom de pays étrangers
Tu passes dans mes doigts
Tu mesures ma bouche
Tu m’appartiens déjà
Comme un nouvel été.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Au fond des vergers d’or… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017



Illustration: Camille Pissarro
    
Au fond des vergers d’or…

Au fond des vergers d’or que l’automne délaisse,
Sur les murgers verdis et parmi les bois d’une
Séraphique douceur, comme nimbés de lune,
La brume a répandu sa traînante caresse.

Emplissant les halliers de bleus frissonnements,
Le vent passe courbant les fougères roussies;
Tendrement exalté, de ses baisers d’amant
Il effleure les bois, jouit et s’extasie.

Tout cherche encor l’amour, languit, implore, espère;
Je sens à travers l’air qui suinte, et se devine,
Reflets errants du ciel, haleine de la terre,
La même obscure ardeur qui brûle en ma poitrine.

Le ciel passionné comme un coeur agonise;
Et, mêlant leurs accords en des rythmes fervents,
Mélodieusement confondus s’harmonisent
Les sanglots du désir et les plaintes du vent.

(Marie Dauguet)

 

 

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Amour, que de chemins pour atteindre au baiser (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2017



Amour, que de chemins pour atteindre au baiser,
l’errante solitude avant d’être avec toi !
Seuls les trains continuent, roulant avec la pluie.
A Taltal le printemps n’est pas levé encore.

Toi et moi, mon amour, nous sommes l’un à l’autre,
l’un à l’autre de nos vêtements aux racines,
l’un à l’autre d’automne et de hanches et d’eau,
jusqu’à n’être que toi et que moi l’un à l’autre.

Dire qu’il en coûta tant de pierres que roule
le fleuve, l’embouchure des eaux du Boroa,
dire que séparés par des trains, des nations,

toi et moi nous devions simplement nous aimer,
confondus avec tous, les hommes et les femmes
et la terre où l’oeillet s’enracine et grandit.

***

Amor, cuántos caminos hasta llegar a un beso,
qué soledad errante hasta tu compañía
Siguen los trenes solos rodando con la lluvia.
En Taltal no amanece aún la primavera.

Pero tú yyo, amor mío, estamos juntos,
juntos desde la ropa a las raíces,
juntos de otoño, de agua, de caderas,
hasta ser sólo tú, sólo yo juntos.

Pensar que costó tantas piedras que lleva el río,
la desembocadura del agua de Boroa,
pensar que separados por trenes y naciones

tú y yo teníamos que simplemente amarnos,
con todos confundidos, con hombres y mujeres,
con la tierra que implanta y educa los claveles.

(Pablo Neruda)

 

 

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Printemps (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Printemps

La branche jaillit.
Le chemin secret des eaux voit le jour.
Moi le ciel, toi la terre, moi le sable,
toi le ruisseau, moi les reins, toi l’abondance,
avec en plus la rencontre du temps prédestiné,
moi l’histoire, toi l’événement,
mêlés, roulés, confondus, essoufflés, perdus.

Moi la silice, toi le grain d’eau,
moi le chagrin, toi le repos,
les jours, les nuits, leur alternance.

Une branche verdit qui nous unit d’un seul élan,
toi la sève, moi l’écorce,
toi le bourgeon, moi la feuille.

Le sang qui est amour a coulé
au long des berges de la mémoire,
salué je ne sais quel dieu noir,
je te souris et tu m’enchantes,
je t’enlace et tu me prolonges
sur le grondement même des eaux.

Le temps fleurit en ses racines profondes.
Il règne ici l’odeur et la fragrance du jasmin.
Toi la douceur, moi le regard,
toi la narine, moi la tempe.
Ma voix, ta voix
sont les gémissements des bienheureux.

(Jean Malrieu)

 

Recueil: À leur sage lumière

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DIALOGUE DE L’AMOUR INCONCEVABLE (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2017



 

Catherine Besnard  Connivence-Femme-coquillage 3 [1280x768]

DIALOGUE DE L’AMOUR INCONCEVABLE

Enroulé comme un coquillage
Qui cherche et trouve en lui sa fin,
Ton corps, cette île et ce naufrage,
Épuisé, n’a plus soif ni faim.

Tes bras, tes mains, quelle aventure
Les a dispersés tout autour
De ce qui fut, sur ta figure,
Celle qui leur donna le jour?

Cette lueur qui tremble toute
Sur le front que j’ai vu pâlir,
Quel aveu l’a mise en déroute,
Quel regard va l’ensevelir ?

J’interroge en vain le silence
Que nous inventons tous les deux
Dans la sourde et tendre cadence
D’un coeur qui sait ce que je veux.

Sous un ciel qui voudrait se taire
Pour devenir notre séjour,
As-tu découvert l’autre terre
Où l’amour répond à l’amour,

Où cette bouche qui respire
Livre à la flamme un tel secret
Qu’il n’est plus que flamme et délire
Dans la nuit de notre forêt,

Où cette main, sur ma poitrine,
Trace les grands signes de chair
Que tu pressens, que je devine
Dans le langage de l’éclair,

— Où tout ce qui fut et doit être
Nous aura demain confondus
Puisqu’en toi je veux disparaître
Et qu’en moi tu n’es déjà plus ?

(Louis Emié)

Illustration: Catherine Besnard

 

 

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Vertical jet d’alouette (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017



Illustration
    
Vertical jet d’alouette
Pulvérisant les nues.
Vol et cri emmêlés,
Flèche et flash confondus.
Quel don de quelle offrande ?
Brûlure, brisure,
brise…

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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Où rivière et fleuve (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2017



Illustration
    
Où rivière et fleuve
Ont leurs larmes mêlées
leurs sangs confondus

S’ouvre le val d’attente
Aux saisons défuntes
aux herbes renaissantes

Tout est retrouvaille
Tout est épousailles
la vie s’offre à nu

S’envole l’hirondelle
Changeant brume et nuage
en aérienne extase

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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