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Poésie

Posts Tagged ‘confus’

Tu m’accables (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2019




    
Tu m’accables, femme au grand dos
contre moi dans ce lit,
je me demande, les yeux clos,
pourquoi je suis ici.

J’aimais bien les vagabondages,
la poudre des chemins,
la pauvreté, les paysages,
le goût du lendemain.

Même une chambre dans Paris
fut parfois la nacelle
où j’embarquais dans le jour gris
ou dans la nuit si belle.

Ô mes chambres, j’ai descendu
tant d’escaliers béants
vers le désert des jours confus,
les recommencements!

Et maintenant je dors avec
la femme, unique chair,
vaincu peut-être, ou bien cœur sec
où va briller l’éclair?

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Heureuse rose (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019




Si ta fraîcheur parfois nous étonne tant,
heureuse rose,
c’est qu’en toi-même, en dedans,
pétale contre pétale, tu te reposes.

Ensemble tout éveillé, dont le milieu
dort, pendant qu’innombrables, se touchent
les tendresses de ce coeur silencieux
qui aboutissent à l’extrême bouche.

Je te vois, rose, livre entrebâillé,
qui contient tant de pages
de bonheur détaillé
qu’on ne lira jamais. Livre-mage,

qui s’ouvre au vent et qui peut être lu
les yeux fermés…,
dont les papillons sortent confus
d’avoir eu les mêmes idées.

(Rainer Maria Rilke)

 

 

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Le tien le mien (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2019




    
Le tien le mien ne sont plus rien
qu’un tas confus dans les ténèbres,
l’hier se mêle au lendemain,
la vie est le rêve d’un rêve

(Henri Thomas)

 

Recueil: Le monde absent
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES ROSES (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2018




    
LES ROSES

1
Si ta fraîcheur parfois nous étonne tant,
heureuse rose,
c’est qu’en toi-même, en dedans,
pétale contre pétale, tu te reposes.

Ensemble tout éveillé, dont le milieu
dort, pendant qu’innombrables, se touchent
les tendresses de ce coeur silencieux
qui aboutissent à l’extrême bouche.

2
Je te vois, rose, livre entrebâillé,
qui contient tant de pages
de bonheur détaillé
qu’on ne lira jamais. Livre-mage,

qui s’ouvre au vent et qui peut être lu
les yeux fermés…,
dont les papillons sortent confus
d’avoir eu les mêmes idées.

3
Rose, toi, ô chose par excellence complète
qui se contient infiniment
et qui infiniment se répand, ô tête
d’un corps par trop de douceur absent,

rien ne te vaut, ô toi, suprême essence
de ce flottant séjour;
de cet espace d’amour où à peine l’on avance
ton parfum fait le tour.

4
C’est pourtant nous qui t’avons proposé
de remplir ton calice.
Enchantée de cet artifice,
ton abondance l’avait osé.

Tu étais assez riche, pour devenir cent fois toi-même
en une seule fleur;
c’est l’état de celui qui aime…
Mais tu n’as pas pensé ailleurs.

5
Abandon entouré d’abandon,
tendresse touchant aux tendresses…
C’est ton intérieur qui sans cesse
se caresse, dirait-on;

se caresse en soi-même,
par son propre reflet éclairé.
Ainsi tu inventes le thème
du Narcisse exaucé.

6
Une rose seule, c’est toutes les roses
et celle-ci : l’irremplaçable,
le parfait, le souple vocable
encadré par le texte des choses.

Comment jamais dire sans elle
ce que furent nos espérances,
et les tendres intermittences
dans la partance continuelle.

7
T’appuyant, fraîche claire
rose, contre mon oeil fermé —,
on dirait mille paupières
superposées

contre la mienne chaude.
Mille sommeils contre ma feinte
sous laquelle je rôde
dans l’odorant labyrinthe.

8
De ton rêve trop plein,
fleur en dedans nombreuse,
mouillée comme une pleureuse,
tu te penches sur le matin.

Tes douces forces qui dorment,
dans un désir incertain,
développent ces tendres formes
entre joues et seins.

9
Rose, toute ardente et pourtant claire,
que l’on devrait nommer reliquaire
de Sainte-Rose…, rose qui distribue
cette troublante odeur de sainte nue.

Rose plus jamais tentée, déconcertante
de son interne paix; ultime amante,
si loin d’Ève, de sa première alerte —,
rose qui infiniment possède la perte.

10
Amie des heures où aucun être ne reste,
où tout se refuse au coeur amer;
consolatrice dont la présence atteste
tant de caresses qui flottent dans l’air.

Si l’on renonce à vivre, si l’on renie
ce qui était et ce qui peut arriver,
pense-t-on jamais assez à l’insistante amie
qui à côté de nous fait son oeuvre de fée.

11
J’ai une telle conscience de ton
être, rose complète,
que mon consentement te confond
avec mon coeur en fête.

Je te respire comme si tu étais,
rose, toute la vie,
et je me sens l’ami parfait
d’une telle amie.

12
Contre qui, rose,
avez-vous adopté
ces épines ?
Votre joie trop fine
vous a-t-elle forcée
de devenir cette chose armée ?

Mais de qui vous protège
cette arme exagérée ?
Combien d’ennemis vous ai-je enlevés
qui ne la craignaient point.
Au contraire, d’été en automne,
vous blessez les soins
qu’on vous donne.

13
Préfères-tu, rose, être l’ardente compagne
de nos transports présents ?
Est-ce le souvenir qui davantage te gagne
lorsqu’un bonheur se reprend ?

Tant de fois je t’ai vue, heureuse et sèche,
— chaque pétale un linceul —
dans un coffret odorant, à côté d’une mèche,
ou dans un livre aimé qu’on relira seul.

14
Été : être pour quelques jours
le contemporain des roses;
respirer ce qui flotte autour
de leurs âmes écloses.

Faire de chacune qui se meurt
une confidente,
et survivre à cette soeur
en d’autres roses absente.

15
Seule, ô abondante fleur,
tu crées ton propre espace;
tu te mires dans une glace
d’odeur.

Ton parfum entoure comme d’autres pétales
ton innombrable calice.
Je te retiens, tu t’étales,
prodigieuse actrice.

16
Ne parlons pas de toi. Tu es ineffable
selon ta nature.
D’autres fleurs ornent la table
que tu transfigures.
On te met dans un simple vase —,
voici que tout change :
c’est peut-être la même phrase,
mais chantée par un ange.

17
C’est toi qui prépares en toi
plus que toi, ton ultime essence.
Ce qui sort de toi, ce troublant émoi,
c’est ta danse.

Chaque pétale consent
et fait dans le vent
quelques pas odorants
invisibles.

O musique des yeux,
toute entourée d’eux,
tu deviens au milieu
intangible.

18
Tout ce qui nous émeut, tu le partages.
Mais ce qui t’arrive, nous l’ignorons.
Il faudrait être cent papillons
pour lire toutes tes pages.

Il y en a d’entre vous qui sont comme des dictionnaires;
ceux qui les cueillent
ont envie de faire relier toutes ces feuilles.
Moi, j’aime les roses épistolaires.

19
Est-ce en exemple que tu te proposes ?
Peut-on se remplir comme les roses,
en multipliant sa subtile matière
qu’on avait faite pour ne rien faire ?

Car ce n’est pas travailler que d’être
une rose, dirait-on.
Dieu, en regardant par la fenêtre,
fait la maison.

20
Dis-moi, rose, d’où vient
qu’en toi-même enclose,
ta lente essence impose
à cet espace en prose
tous ces transports aériens ?

Combien de fois cet air
prétend que les choses le trouent,
ou, avec une moue,
il se montre amer.
Tandis qu’autour de ta chair,
rose, il fait la roue.

21
Cela ne te donne-t-il pas le vertige
de tourner autour de toi sur ta tige
pour te terminer, rose
Mais quand ton propre élan t’inonde,

tu t’ignores dans ton bouton.
C’est un monde qui tourne en rond
pour que son calme centre ose
le rond repos de la ronde rose.

22
Vous encor, vous sortez
de la terre des morts,
rose, vous qui portez
vers un jour tout en or

ce bonheur convaincu.
L’autorisent-ils, eux
dont le crâne creux
n’en a jamais tant su ?

23
Rose, venue très tard, que les nuits amères arrêtent
par leur trop sidérale clarté,
rose, devines-tu les faciles délices complètes
de tes soeurs d’été ?

Pendant des jours et des jours je te vois qui hésites
dans ta gaine serrée trop fort.
Rose qui, en naissant, à rebours imites
les lenteurs de la mort.

Ton innombrable état te fait-il connaître
dans un mélange où tout se confond,
cet ineffable accord du néant et de l’être
que nous ignorons ?

24
Rose, eût-il fallu te laisser dehors,
chère exquise ?
Que fait une rose là où le sort
sur nous s’épuise ?

Point de retour. Te voici
qui partages
avec nous, éperdue, cette vie, cette vie
qui n’est pas de ton âge.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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NOTRE HUBLOT (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2018



 

hublot

NOTRE HUBLOT

En quel lieu, évanouis,
L’accord de nos lèvres,
Nos mains de ce jour-là,
Nos yeux de telle saison ?

En quel brasier confus,
Les rameaux du vertige ?

En quel lointain friable,
Les crêtes de notre sang ?

Mais par tous ces instants
Et pour chaque battement d’âme,
A cause de nos questions
Sous tant de lampes croisées :

La mer Toute la mer
S’est prise à notre hublot.

(Andrée Chedid)

Illustration: Laetitia Pique

 

 

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Ma chambre a des charmes de palmier (Pier Paolo Pasolini)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2018




    
Ma chambre a des charmes de palmier.
Le lit blanc et pur, défait,
les innocents cahiers : la présence
en moi de cette joie physique
que donne la vie qui se vit en soi.

Puis des moineaux se dispersent comme
un vol confus de papillons; la terre, au soleil
passionnée et indifférente…

Et dans les vignes brûlées de soleil
et les maisons aux enduits incandescents,
un son de cloche obsédant.

***

La mia camera ha incanti di palmizio.
Il candido letto disordinato,
i quaderni innocenti: la presenza
in me di questa fisica allegrezza
che è la vita che si vive sola.

Poi passeri si sparpagliano corne
confuse farfalle; la terra, al sole,
appassionata e indifferente…

E tra le vigne roventi di sole
e gli intonachi accesi delle case,
un invasato suono di campana.

(Pier Paolo Pasolini)

 

Recueil: Je suis vivant
Traduction: Olivier Apert et Ivan Messac
Editions: NOUS

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À COMPLIES (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2018




    
À COMPLIES
In manus tuas, Domine.
(Office de Complies.)

Ton ange a pris le bien et le mal que j’ai faits,
Ô Père, tes moissons exactes sont rentrées.
Les routes de salut se sont enchevêtrées…
Ferme le jour stérile ou plein, bon ou mauvais.

Mon âme en vain cherche le fil de sa mémoire
Et se heurte dans l’ombre à des pensers confus,
Démesurés, béants et comme un bois touffus,
Ou si petits que je les perds en la nuit noire.

C’est l’heure où lentement des orbites sans yeux
S’ouvrent comme des puits fixes dans les ténèbres,
Où le ver des tombeaux ondoie en nos vertèbres.
Délivre-nous du mal, notre Père des cieux.

Aux quatre murs les navettes des araignées
Tissent à petits coups l’ombre en mille filets.
Une à une j’entends derrière les volets,
Une à une mourir les lampes éloignées.

Que reste-t-il du soir ? À quand le jour nouveau ?
Sans le savoir vais-je aux ténèbres éternelles ?
Je ne vois rien, plus rien qu’au bord de mes prunelles
Le reflet tournoyant de mon propre cerveau.

J’entre dans le sommeil, aveugle et sans défense.
O mon Père, voici la clef de ma maison.
Garde tout ce que j’ai, ma vie et ma raison,
Et ta Grâce : le Ciel dont tu me fais l’avance.

Bonsoir Père ! J’ai mis mes deux mains dans ta main.
Le sommeil — ou la mort — traverse la nuit brève.
Souffle un peu sur la bulle errante de mon rêve
Pour qu’elle apporte en moi mes roses de demain.

Bonsoir Père ! Tes doigts ont scellé mes paupières,
Le sommeil — ou la mort — s’en vient à pas légers
Et vers minuit m’appelleront douze dangers.
Mais je m’endors sans crainte en chantant mes prières.

Car je te sais, ô Père, assis à mon chevet
Et si quelque vertige affole et perd mon âme,
Tu la retourneras vers Toi, comme une femme
Retourne dans le lit son petit qui rêvait.

Je ne suis pas un saint, mon Dieu, pour que tu veuilles
Me bercer dans tes bras et chasser mes frissons.
Je ne suis qu’un enfant, je n’ai que mes chansons
Et je ne vaux pas mieux qu’un oiseau sous les feuilles.

Et je ne sais pourquoi tu m’aimes… Les chemins
Me mènent tous à Toi, sans lutte, sans secousse ;
Le sommeil — ou la mort — glisse dans la nuit douce…
Bonsoir Père, reçois mon âme entre tes mains.

(Marie Noël)

 

Recueil: Les Chansons et les Heures / Le Rosaire des joies
Traduction:
Editions: Gallimard

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ENDYMION (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



ENDYMION

La chasse l’habite encore. Au travers de ses veines
comme d’un fourré, jaillit la bête.
Des vallées prennent forme, des étangs en forêt
reflètent la biche, tandis que derrière elle

alerte court le sang du dormeur clos,
tourmenté par la brutale évanescence
de l’arsenal confus des rêves.
Mais la déesse, elle qui n’a jamais connu l’union,

va, adolescente, par les nuits de tous les âges,
elle qui s’est accomplie elle-même
dans les cieux, sans rencontrer personne,

elle se pencha sans bruit sur les flancs du dormeur,
et de ses épaules elle fit briller
soudain la coupe où il buvait le sommeil.

***

ENDYMION

In ihm ist Jagd noch. Durch sein Geäder
bricht wie durch Gebüsche das Tier.
Täler bilden sich, waldige Bäder
spiegeln die Hindin, und hinter ihr

hurtigt das Blut des geschlossenen Schläfers,
von des traumig wirren Gcwäfers
jähem Wicderzergehn gequält.
Aber die Göttin, die, nievermählt,

Jünglingin über den Nächten der Zeiten
hingeht, die sich selber ergänzte
in den Himmeln und keinen betraf,

neigte sich leise xu seinen Seiten,
und von ihren Schultern erglänzte
plötzlich seine Schale aus Schlaf.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Edward John Poynter

 

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Je n’ose plus ouvrir mes secrètes armoires (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



Je n’ose plus ouvrir mes secrètes armoires
Que vient bouleverser ma confuse mémoire.
Je lui donne une branche, elle en fait un oiseau,
Je lui donne un visage, elle en fait un museau,
Et si c’est un museau, elle en fait une abeille.
Je te voulais sur terre, en l’air tu m’émerveilles.

(Jules Supervielle)

Illustration: René Magritte

 

 

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SUR L’ILE AUX OISEAUX (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2018



 

first_light_beaufort_island

 

SUR L’ILE AUX OISEAUX

Né du moi confus
du corps troublé et de l’esprit dément
né des pages du savoir
jetées au vent
né du vol de la mouette rieuse
et des échos de son cri
né des images embrasées
dans le sombre océan de la nuit
né de tant de contradictions
glace brûlante et feu gelé
le blanc, le vide, le nu
c’est cela que j’ai toujours recherché

***

Out of the personal chaos
the vagaries of body and mind
out of the leaves of knowledge
cast on the wind
out of the laughing gull’s throat
and the knife-edge of its flight
out of the blaze of images
in the black sea of night
out of the many contradictions
as of burning ice and frozen fire
the white, the empty, the naked
is what I desire

(Kenneth White)

Illustration
 

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