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Poésie

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En quel singulier espace doit-on se séparer de soi-même? (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2016



Apprentis distants
du plus proche,
connaisseurs de la rose
qui ne peuvent la respirer,
vivants d’une vie
qui se consume en se vivant,
lanceurs d’un filet
qui se retourne et les capture,
voyageurs d’une distance qui n’existe pas.

Pourquoi commencer
si tout débute
où ils finissent ?
Pourquoi ouvrir la porte
ou pourquoi la fermer
s’il y a toujours à sa place quelque chose d’immobile,
une icône impénétrable
qui ne change pas dans l’ouvert et le fermé?

Est-il aussi des roues dont le destin est de ne pas tourner,
de l’eau dont le sens n’est pas de mouiller,
des vents dont l’objet n’est pas de souffler,
du feu dont la fonction n’est pas de brûler?

Si le plus haut consiste
à n’être pas ce qu’on est,
en quel singulier espace
doit-on se séparer de soi-même?

(Roberto Juarroz)


Illustration: Île Nancy

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Absurde d’être inclus dans une infime des innombrables bulles (René Daumal)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2016



Absurde d’être inclus dans une infime des innombrables bulles
– provoquées, évoquées, projetées –
un NON se prononce JE
et JE regarde:
JE suis la cause de Tout ceci, si je suis NON,
JE suis le connaisseur de Tout ceci, si je suis NON,
JE suis l’amant de Tout ceci, si je suis NON.
Absurde d’être mais de n’être pas NON,
absurde liberté,absurde vérité, absurde amour
l’étant – ne l’étant pas –
je le deviens.

(René Daumal)

Illustration: François Knopf

 

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LA MADONE (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2015




LA MADONE

Je n’ai jamais rêvé d’avoir pour ornement
Maints tableaux anciens des maîtres en peinture,
Tels qu’un sot visiteur, au vu de leur facture,
A ceux des connaisseurs mêle un fat jugement.

Dans mon simple recoin, entre mes travaux lents,
J’ai toujours souhaité qu’un seul tableau figure,
Un seul, où sur la toile et dans le firmament,
Réunis, le Sauveur et la Vierge très pure –

Elle avec majesté, lui d’un sage regard –
Rayonnants, glorieux et doux à mon égard,
M’observeraient, tout seuls sous la sainte ramure.

A mon voeu le plus cher le Seigneur a fait droit :
De lui je t’ai reçue, ô toi, Madone, toi,
Du charme le plus pur image la plus pure.

(Alexandre Pouchkine)

Illustration: Sandro Botticelli

 

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