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Poésie

Posts Tagged ‘connaître’

Je connais des genoux amoureux de ton eau (Mathieu Bénézet)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2021



Tu influences jusqu’aux arbres,
et je connais des genoux amoureux de ton eau.
Peut-être que je parle de trop…
mes mots seront pour toi cailloux,
et doubles-centimètres…

(Mathieu Bénézet)


Illustration: Camille Pissarro

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Le jardin musical (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2021



Le jardin musical

Qui entend bien l’amour
Plante fleurs en l’oreille.
Et chante l’alouette
Au plus haut de l’été.

Ce sont là semaisons
De notes de musique
Sur l’étrange portée
Des bordures de thym.

Romarin des abeilles,
Calices des bourdons,
Herbes des sauterelles,
Palais d’ambre et de sucre.

Des couleurs symphoniques,
Des caresses qui voient.
Jusqu’au sommeil des rêves
Qui refuse la nuit.

Je dirai l’odyssée
D’une chaste pervenche,
Je conterai l’histoire
De ce brin d’herbe jaune.

Muguet, mon clavecin.
Lavandin, mon pipeau.
Orange, ma guitare.
Chêne, ma contrebasse.

Je m’enivre des mots
Qui chantent les parfums
Dans ce jardin si jeune
Qu’il est d’éternité.

Ainsi tout un orchestre
Pour éblouir le jour.
Qui entend bien la terre
Ne connaît pas le froid.

(Robert Sabatier)

Illustration: Josephine Wall

 

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LES QUATRE SAISONS (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2021



 

LES QUATRE SAISONS

Au printemps, c’est dans les bois nus
Qu’un jour nous nous sommes connus.

Les bourgeons poussaient, vapeur verte.
L’amour fut une découverte.

Grâce aux lilas. grâce aux muguets,
De rêveurs nous devînmes gais.

Sous la glycine et le cytise.

Tous deux seuls, que faut-il qu’on dise?

Nous n’aurions rien dit, réséda,
Sans ton parfum qui nous aida.

II

En été les lis et les roses
Jalousaient ses tons et ses poses,

La nuit, par l’odeur des tilleuls
Nous nous en sommes allés seuls.

L’odeur de son corps, sur la mousse,
Est plus enivrante et plus douce.

En revenant le long des blés.

Nous étions tous deux bien troublés.

Comme les blés que le vent frôle,
Elle ployait sur mon épaule.

III

L’automne fait les bruits froissés
De nos tumultueux baisers.

Dans l’eau tombent les feuilles sèches
Et. sur ses yeux, les folles mèches.

Voici les pèches, les raisins,
J’aime mieux sa joue et ses seins.

Que me fait le soir triste et rouge,
Quand sa lèvre boudeuse bouge ?

Le vin qui coule des pressoirs

Est moins traître que ses yeux noirs.

IV

C’est l’hiver.
Le charbon de terre
Flambe en ma chambre solitaire.

La neige tombe sur les toits.

Blanche!
Oh. ses beaux seins blancs et froids!

Même sillage aux cheminées
Qu’en ses tresses disséminées.

Au bal chacun jette, poli.
Les mots féroces de l’oubli.

L’eau qui chantait s’est prise en glace.
Amour, quel ennui te remplace!

(Charles Cros)

 

 

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Petite clarification (Zuzanna Ginczanka)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2021



Illustration: Josephine Wall
    
Petite clarification

Je ne suis pas née
de la poussière
ni ne redeviendrai
poussière.
Je ne suis pas descendue
du ciel
ni ne retournerai au ciel.
Je suis moi-même le ciel
comme une voûte de verre.
Je suis moi-même la terre
comme la glèbe féconde,
Je n’ai fui
de nulle part
et ne retournerai
nulle part.
Hormis moi-même je ne connais d’autres lointains.
Dans le poumon gonflé du vent
et dans le calcaire des rochers
je dois
moi-même
ici
dispersée
me trouver.

***

Wyjaśnienie na marginesie

Zuzanna Ginczanka
Nie powstałam
z prochu,
nie obrócę się
w proch.
Nie zstąpiłam
z nieba
i nie wrócę do nieba.
Jestem sama niebem
tak jak szklisty strop.
Jestem sama ziemią
tak jak rodna gleba.
Nie uciekłam
znikąd
i nie wrócę
tam.
Oprócz samej siebie nie znam innej dali.
W wzdętem płucu wiatru
i w zwapnieniu skał
muszę
siebie
tutaj
rozproszoną
znaleźć.

(Zuzanna Ginczanka)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil:
Traduction: Traduit du polonais par Isabelle Macor
Editions:

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Je la connais (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2021



L’égratignure du vent
Sur un miroir d’eau
Dans un décor de roseaux
Je la connais

La signature de l’oiseau
Sur le livre du ciel
Relié de nuages
Je la connais

La morsure de la mer
Dans le sable du rivage
Que recouvre la marée
Je la connais

La gerçure du froid
Sur mes mains vagabondes
Gantées de cheminements
Je la connais.

(Jean-Baptiste Besnard)

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J’hésite (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2021



J’hésite
Debout entre deux chemins
La seule route que je connaisse
Est celle du retour

(Abbas Kiarostami)


Illustration

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Il y a en moi une inquiétude (Etienne de Senancourt)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2021



Il y a en moi une inquiétude qui ne me quittera pas;
c’est un besoin que je ne connais pas, que je ne conçois pas,
qui commande, qui m’absorbe, qui m’emporte au-delà des êtres périssables.

(Etienne de Senancourt)


Illustration

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Au bois profond nul ne me connaît (Wang Wei)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2021



Au bois profond nul ne me connaît –
Je reflète la lune qui vient m’illuminer.

(Wang Wei)


Illustration: Anne-Louis Girodet

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Je reviens d’un enterrement (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2021



Je reviens d’un enterrement
Mon soulier me serre
J’ai envie de faire l’amour
Avec quelqu’un que je ne connais pas

(Abbas Kiarostami)


Illustration

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Credo (Denise Levertov)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2021




    
Credo

Je crois que la terre
existe, et
dans chaque infime atome
de sa poussière le saint
éclat de ta chandelle.
Toi
inconnu que je connais,
toi esprit,
qui donnes,
dans l’amour de créer, la
lettre bien faite,
le fer, l’acte, le rêve.
Poussière de la terre,
garde-toi de mon
incroyance. Glisse,
gris devenu or, dans la coulée de
la vision. Je crois et
je suspends ma foi avec
le doute. Je doute et
je suspends mon doute avec la foi. Sois
monde aimé, menacé.
Chaque infime
atome.
Mais pas la malade
luminescence chassée
de son intimité,
pas la serrure sacrée de sa cellule
forcée. Non,
l’éclat ordinaire
d’une simple poussière dans un ancien soleil.
Sois, pour que je puisse croire. Amen.

*

Credo

I believe the earth
exists, and
in each minim mote
of its dust the holy
glow of thy candle.
Thou
unknown I know,
thou spirit,
giver,
lover of making, of the
wrought letter,
wrought flower,
iron, deed, dream.
Dust of the earth,
help thou my
unbelief. Drift,
gray become gold, in the beam of
vision. I believe and
interrupt my belief with
doubt. I doubt and
interrupt my doubt with belief. Be,
belovéd, threatened world.
Each minim
mote.
Not the poisonous
luminescence forced
out of its privacy,
the sacred lock of its cell
broken. No,
the ordinary glow
of common dust in ancient sunlight.
Be, that I may believe. Amen.

(Denise Levertov)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Messe pour le Jour de St Thomas Didyme –
Traduction: Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Raymond Farina
Editions: Revue Po&sie N°30 (1984)

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