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Poésie

Posts Tagged ‘connaître’

La solitude infinie de la pensée (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2019




    
La solitude infinie de la pensée
terrifie les espaces célestes.

Des êtres cloués à des capsules de chair
étouffent, font des signes et meurent.

Entre-temps ils démantèlent une planète
qui paraissait leur maison,
ils s’entre-tuent
et émettent des sons divers et des paroles pour tout.

Ils détiennent un acte invraisemblable
qu’ils appellent pensée.

Nul ne connaît son but.
C’est comme un miroir
inversé du monde.

Il semble seulement parfois
que cette activité fantomatique
répare l’univers,
et de sa solitude illimitée

et son éphémère pauvreté,
lui offre la compagnie abyssale
d’être tout au moins pensé.

***

La soledad infinita del pensar
aterra los espacios celestes.

Seres clavados en cápsulas de carne
se abogan, hacen señas y se mueren.

Desmantelan mientras tanto un planeta
que parecía su casa,
se matan entre ellos
y emiten diferentes sonidos y palabras para todo.

Llevan adentro un acto inverosímil
que llaman pensamiento.

Nadie conoce su objeto.
Es como un espejo
dado vuelta del mundo.

Sólo parece a veces
que ese hacer fantasmai
repara el universo
y desde su soledad ilimitada

y su pobreza efimera
le brinda la abismal compania
de ser por lo menos pensado.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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C’est le premier matin du monde (Charles Van Lerberghe)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2019



 

C’est le premier matin du monde.
Comme une fleur confuse exhalée de la nuit,
Au souffle nouveau qui se lève des ondes,
Un jardin bleu s’épanouit.

Tout s’y confond encore et tout s’y mêle,
Frissons de feuilles, chants d’oiseaux,
Glissements d’ailes,
Sources qui sourdent, voix des airs, voix des eaux,
Murmure immense,
Et qui pourtant est du silence.

Ouvrant à la clarté ses doux et vagues yeux,
La jeune et divine Ève
S’est éveillée de Dieu.
Et le monde à ses pieds s’étend comme un beau rêve.

Or Dieu lui dit : Va, fille humaine,
Et donne à tous les êtres
Que j’ai créés, une parole de tes lèvres,
Un son pour les connaître.

(Charles Van Lerberghe)

Illustration: Lucien Levy Dhurmer

 

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Nuages qu’un beau jour à présent environne (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019


 


 

Nuages qu’un beau jour à présent environne,
Au-dessus de ces champs de jeune blé couverts,
Vous qui m’apparaissez sur l’azur monotone,
Semblables aux voiliers sur le calme des mers ;

Vous qui devez bientôt, ayant la sombre face
De l’orage prochain, passer sous le ciel bas,
Mon coeur vous accompagne, ô coureurs de l’espace !
Mon coeur qui vous ressemble et qu’on ne connaît pas.

(Jean Moréas)

 

 

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LES REQUÊTES DES ENFANTS (Bertolt Brecht)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2019



Illustration: Mai Thu
    
LES REQUÊTES DES ENFANTS

Les maisons ne doivent pas brûler.
On ne doit pas connaître les lanceurs de bombes.
La nuit est faite pour dormir.
La vie ne doit pas être une punition.
Les mamans ne doivent pas pleurer.
Personne ne doit tuer un autre.
Tout le monde devrait construire quelque chose.
Là on peut avoir confiance en chacun.
Les plus jeunes devraient pouvoir l’accomplir.
Les plus vieux aussi.

***

DIE BITTEN DER KINDER

Die Häuser sollen nicht brennen.
Bomber sollt man nicht kennen.
Die Nacht soll für den Schlaf sein.
Leben soll keine Strafe sein.
Die Mütter sollen nicht weinen.
Keiner sollt töten einen.
Alle sollen was bauen.
Da kann man allen trauen.
Die Jungen sollen’ s erreichen.
Die Alten desgleichen.

***

DE SMEEKBEDEN VAN DE KINDEREN

De huizen dienen niet te branden.
Bommenwerpers dient men niet te kennen.
De nacht dient voor de slaap te zijn.
Het leven dient geen straf te zijn.
De moeders dienen niet te huilen.
Niemand dient een ander te doden.
Iedereen zou iets moeten opbouwen.
Dáár kan men eenieder vertrouwen.
De jongeren zouden het moeten waarmaken.
De ouderen ook.

***

LE PREGHIERE DEI BAMBINI

Non brucino più interi quartieri.
Non si vedano più bombardieri.
La notte sia per dormire.
Si cancelli la parola punire.
Le madri non debbano piangere.
Nessuno più debba ammazzare.
Che ognuno possa qualcosa creare.
Che di tutti ci si possa fidare.
Che i giovani ottengano tutto questo,
e anche i vecchi … ma presto.

***

LOS RUEGOS DE LOS NIÑOS

Las casas no deberían arder.
Ni deberían conocer los bombarderos.
La noche debería ser para dormir.
La vida no debería ser un castigo.
Las madres no deberían llorar.
Nadie debería matar a otro.
Todos deberían construir algo.
Ahí se puede confiar en todos.
Los jóvenes tendrían que lograrlo.
Los ancianos igualmente.

***

RUGĂMINȚILE COPIILOR

Casele să nu ardă.
Bombardiere neștiute să fie.
Noaptea să rămână a somnului.
Viața să nu fie pedeapsă.
Mamele să nu plângă.
Nimeni să nu mai ucidă.
Toți să construiască ceva.
Să te poți încrede-n oricine.
Cei tineri acolo s-ajungă.
Cei vârstnici la fel.

***

THE PLEAS OF THE CHILDREN

Houses should not burn.
Bombers should not be known.
Night should be for sleep.
Life should not be a punishment.
Mothers should not cry.
None should kill anyone.
Everyone should build something
There one could trust everyone.
The young should achieve it.
The old as well.

***

ΕΚΛΗΣΕΙΣ ΤΩΝ ΠΑΙΔΙΩΝ

Να μην πυρπολούνται τα σπίτια
να μην γνωρίζει κανείς τα βομβαρδιστικά
η νύχτα να `ναι για τον ύπνο
να μην είναι τιμωρία η ζωή
οι μάνες να μην κλαίνε
κανείς να μην σκοτώνει κανένα
ο καθένας να χτίζει κάτι
εκεί που εμπιστεύεται ο ένας τον άλλο.
Οι νέοι να το καταφέρουν
κι οι γέροι επίσης.

***

ДЕТСКИЕ ПРОСЬБЫ

Пусть бомбам не летать над нами.
И пусть дома не тронет пламя.
Пусть ночь останется для сна нам.
Жизнь не на бедствие дана нам.
Пусть не плачут ни матери, ни дети.
Пусть никто никого не убивает на свете.
Все должны созидать, создавать.
Тогда можно будет всем доверять.
Мир такой создать – мечта молодежи.
И мечта стариков тоже.

***

ما كان يجب أنْ تشتعلَ البيوتُ.
ولا أنْ تعرفَ القَصْفَ
الليلُ كان يجبُ أن يكونَ لأجل هجعة النَّو م
والحياة ما كان يجبُ أن تصيرَ عقابا
الأمهاتُ ما كان يجبُ أن ينتحبوا.
لا أحد كان يجبُ أن يقتُلَ أحداً.
الجميعُ كان يجبُ أن يبني شيئاً.
هكذا نستطيعُ أن نثق في الجميع.
تلك الغاية يجبُ أن يبلغها الشبابُ
والشيوخُ أيضا سيبلغونَها.

***

ДЕЧЈЕ МОЛБЕ

уће не би требало да горе.
Бомбардери не би требали знати.
Ноћ би требала бити за спавање.
Живот не би требао бити казна.
Мајке не би требале плакати.
Нико не би требао убити некога.
Сви би требали нешто изградити
Тамо један може веровати свима.
Млади би то требали постићи.
И стари.

(Bertolt Brecht)

 

Recueil: ITHACA 571
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Allemand / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Italien Luca Benassi / Espagnol Rafael Carcelén / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Anglais Stanley Barkan / Grec Manolis Aligizakis / Russe Vyacheslav Kupriyanov / Arabe Khaled Al – Risouni / Serbe Milutin Djurickovic /
Editions: POINT

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Le temps viendra (Derek Walcott)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2019


 


Sylvie Lemelin _Danse Arlequinweb

 

Le temps viendra
où, avec allégresse,
tu t’accueilleras toi-même, arrivant
à ta propre porte
et chacun sourira et souhaitera la bienvenue à l’autre
et dira, assieds-toi là. Mange.
Tu aimeras à nouveau l’étranger que tu étais.
Donne du vin. Donne du pain. Redonne ton coeur
à toi-même, à l’étranger qui t’a aimé
toute ta vie, que tu as ignoré
qui te connaît par coeur.
Assieds-toi, Fais-toi une fête de ta vie.

(Derek Walcott)

Illustration: Sylvie Lemelin

 

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Les demoiselles du temps jadis (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2019



Illustration: Jean Gabriel Goulinat
    
Les demoiselles du temps jadis

Gwendoline Mac Dougall Esperanza Griffi
et Jennifer Atkins chantant la nuit venue
oublierai-je vos rires lorsque vous nagiez nues
dans l’eau phosphorescente de la plage à minuit?

Où sont vos rires envolés? Où est Anna
qui de ses longs cheveux me caresse et me mord
promenant lentement sa bouche sur mon corps?
Qu’est devenu le beau plaisir qu’on se donna?

Quelque part très foin loin dans la galaxie
l’écho de l’écho d’un éclat de rire carillonne
Un rayon demi-mort s’éveille un peu frissonne
se souvenant peut-être d’avoir connu ailleurs

Jennifer Gwendoline Anna Esperanza
dont le nom aujourd’hui ne dit rien à personne

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Rencontre (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2019



 

Illustration: Jean-Jacques Sempé
    

Rencontre

Celui que je rencontre en rêve
et qui poliment me salue
il me semble le connaître
je crois l’avoir déjà vu

Je cherche dans ma mémoire
où j’ai pu le rencontrer
Je ne retrouve pas son nom
mais son air me dit quelque chose

Puis-je vous demander monsieur
où nous avons fait connaissance?
Si je me trompe excusez-moi
J’ai quelquefois des absences

Je vous en prie dit la personne
Vous avez tout à fait raison
Nous avons habité tous deux
les mêmes lieux la même ville

le même temps le même corps
la même guerre (et un peu plus
nous habitions la même mort
Mais vous vous avez survécu)

Excusez-moi dis-je à voix basse
Je ne m’étais pas reconnu

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ma vie, ma mort et mon destin (Edith Södergran)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2019



Illustration: Edith Södergran
    
Ma vie, ma mort et mon destin

Je ne suis rien qu’une immense volonté,une immense volonté
– de quoi, de quoi ?
Autour de moi tout est ténèbres, je ne peux soulever un fétu de paille.
Ma volonté ne veut qu’une chose, mais cette chose je ne la connais pas.
Quand éclatera ma volonté, je mourrai :
Ma vie, ma mort et mon destin, je vous salue.

(Edith Södergran)

 

Recueil: Le pays qui n’est pas, et Poèmes
Traduction: Carl-Gustaf Bjurström et Lucie Albertini
Editions: De la Différence

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MADRIGAL (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2019



MADRIGAL

Du temps qu’on l’aimait lasse d’elle-même
Elle avait juré d’être cet amour
Elle en fut le charme et lui le poème
La terre est légère aux serments d’un jour

Le vent pleurait les oiseaux de passage
Berçant les mers sur ses ailes de sel
Je prends l’étoile avec un beau nuage
Quand la page blanche a bu tout le ciel

Dans l’air qui fleurit de l’entendre rire
Marche un vieux cheval couleur de chemin
Connais à son pas la mort qui m’inspire
Et qui vient sans moi demander sa main

(Joë Bousquet)

 

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A ceux qui s’appliquent à me lire (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2019



A ceux qui s’appliquent à me lire
j’apporte un coeur tout frémissant
d’une extase qu’ils ne connaîtront
qu’à force de m’aimer

(Joë Bousquet)

 

 

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