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Posts Tagged ‘conscience’

L’ESPÈCE HUMAINE (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017




    

L’ESPÈCE HUMAINE

L’espèce humaine m’a donné
le droit d’être mortel
le devoir d’être civilisé
la conscience humaine
deux yeux qui d’ailleurs ne fonctionnent pas très bien
le nez au milieu du visage
deux pieds deux mains
le langage
l’espèce humaine m’a donné
mon père et ma mère
peut-être des frères on ne sait
des cousins à pelletées
et des arrière-grands-pères
l’espèce humaine m’a donné
ses trois facultés
le sentiment l’intelligence et la volonté
chaque chose de façon modérée
l’espèce humaine m’a donné
trente-deux dents un coeur un foie
d’autres viscères et dix doigts
l’espèce humaine m’a donné
de quoi se dire satisfait

(Raymond Queneau)

 

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Dit de la Force et de l’Amour (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017




    
Dit de la Force et de l’Amour

Entre tous mes tourments entre la mort et moi
Entre mon désespoir et la raison de vivre
Il y a l’injustice et ce malheur des hommes
Que je ne peux admettre il y a ma colère

Il y a les maquis couleur de sang d’Espagne
Il y a les maquis couleur du ciel de Grèce
Le pain le sang le ciel et le droit à l’espoir
Pour tous les innocents qui haïssent le mal

La lumière toujours est tout près de s’éteindre
La vie toujours s’apprête à devenir fumier
Mais le printemps renaît qui n’en a pas fini
Un bourgeon sort du noir et la chaleur s’installe

Et la chaleur aura raison des égoïstes
Leurs sens atrophiés n’y résisteront pas
J’entends le feu parler en riant de tiédeur
J’entends un homme dire qu’il n’a pas souffert

Toi qui fus de ma chair la conscience sensible
Toi que j’aime à jamais toi qui m’as inventé
Tu ne supportais pas l’oppression ni l’injure
Tu chantais en rêvant le bonheur sur la terre

Tu rêvais d’être libre et je te continue.

(Paul Eluard)

 

Recueil: Poèmes politiques
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA CONSCIENCE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



Illustration: Xing Jianjian 
    
LA CONSCIENCE

Est-ce toi dans cette petite vie
Dans l’intérieur si mal tenu de ma poitrine
Tu fais si peu de bruit que je crains de te perdre
Et tu passes sur moi comme une main mouillée
Je peux t’abandonner comme au cours d’un voyage
On oublie dans un lit d’hôtel ou d’un meublé
Une fatigue de dix ans un corps maussade
Malgré moi je saurai bien te retrouver
Au détour d’un jour creux et doux comme une ruine
Dans l’avenue trop courte où mes jours sont comptés
Car j’ai besoin de toi comme l’enfant prodige
Ballotté dans les draps brûlants de la pensée
Se réveille en criant c’en est trop du vertige
Un peu d’eau douce
Dans cette grande solitude salée
Je saurai te donner toujours la préférence
Ce peu de moi si loin de moi qui me revient
Épousé par tant d’angles durs de murs atroces
Cette balle sanglante et triste comme un poing.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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Hiroshima mon amour (Marguerite Duras)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017




    
Hiroshima mon amour
(Extrait)

Je te rencontre.
Je me souviens de toi.
Cette ville était faite à la taille de l’amour.

Tu étais fait à la taille de mon corps même.
Qui es-tu?
Tu me tues.

J’avais faim.
Faim d’infidélité, d’adultères, de mensonges et de mourir.
Depuis toujours.

Je me doutais bien qu’un jour
tu me tomberais dessus.

Je t’attendais dans une impatience sans bornes, calme.
Dévore-moi.
Déforme-moi à ton image afin qu’aucun autre, après toi,
ne comprenne plus du tout le pourquoi de tant de désir.

Nous allons rester seuls, mon amour.
La nuit ne va pas finir.
Le jour ne se lèvera plus pour personne.
Jamais.
Jamais plus.
Enfin.

Tu me tues.
Tu me fais du bien.

Nous pleurerons le jour défunt
avec conscience et bonne volonté.
Nous n’aurons plus rien d’autre à faire,
plus rien que pleurer le jour défunt.

Du temps passeras.
Du temps seulement.
Et du temps va venir.
Du temps viendra.

Où nous ne saurons plus du tout nommer ce qui nous unira.
Le nom s’en effacera peu çà peu de notre mémoire.

Puis,
il disparaîtra tout à fait.

(Marguerite Duras)

Découvert ici: https://lolaontherope.wordpress.com/

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L’instant (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2017



l’instant où tu lâches prise
l’instant où la lumière s’éloigne
l’instant où tu suffoques
l’instant où tu te débats
l’instant où tu n’as plus la force
l’instant où tu t’abandonnes
où tu glisses dans la mort

puis longtemps après
quand tu prends conscience
que tu es né

(Charles Juliet)

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Incertitude (Louis Guillaume)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2017




    
Incertitude. Où la voix
Dira le mot, la vie
Recommencera. Pour l’instant
Rien qu’une attente. Un désir
Qui n’ose s’avouer
Désir. Une aube
Oublieuse de la nuit
Mais qui doute du jour.
Tout pourrait rester ainsi
Entre rêve et sang,
Souffle et pierre.
N’avoir qu’une conscience,
L’angoisse. N’être qu’un remous
De néant. Mais, la parole
Enfin gorgée de silence,
Voici que sur le fond
Blême du matin se lève
Un soleil sûr de sa fin.

(Louis Guillaume)

 

Recueil: Agenda
Editions: Corti

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J’écoute mais je ne sais pas (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



J’écoute mais je ne sais pas
Si ce que j’entends est le silence
Ou dieu

J’écoute sans savoir si j’entends
La sonorité des plaines du vide
Ou la conscience attentive
Qui des confins de l’univers
Me déchiffre et me fixe

Je sais juste que je chemine comme celui
Qui est vu aimé et reconnu
Et c’est pour cela que je mets en chaque geste
Le risque et la solennité

*

Escuto mas não sei
Se o que oiço é silêncio
Ou Deus

Escuto sem saber se estou ouvindo
O ressoar das planícies do vazio
Ou a consciência atenta
Que nos confins do universo
Me decifra e fita

Apenas sei que caminho como quem
É olhado amado e conhecido
E por isso em cada gesto ponho
Solenidade e risco

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Edward Hopper

 

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La conscience identique (Philippe Omsil)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2017



Le coeur d’enfant
est du coeur d’arbre
la même extase.

L’un, cette obstination de courage vain
à détourner le cours de la vie,
à renouveler sans cesse son étincelle.

L’autre, cet abandon à la nuit
de tout songe sans un cri,
sans même un murmure.

La conscience identique.

(Philippe Omsil)


Illustration

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Ils s’envolent, déjà ils sont en chemin, les mots de libération et d’amour (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017



Ils s’envolent, déjà ils sont en chemin,
Les mots de libération et d’amour,
Avant les chansons, un trouble me prend
Et mes lèvres sont plus froides que glace.

Mais bientôt, là où des bouleaux gluants,
Se collant aux fenêtres, murmurent sourdement,
Les roses vont se tresser en couronne pourpre
Et j’entendrai les voix des invisibles.

Plus loin, une lumière généreuse à l’excès,
Comme un vin rouge qui brûle…
Déjà d’un souffle parfumé, chauffé à blanc,
Ma conscience est embrasée.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Ikenaga Yasunari

 

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Voyez-vous cet œuf ? (Denis Diderot)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2017




    
À votre avis, qu’est-ce autre chose
qu’un pinson, un rossignol, un musicien, un homme ?
Et quelle autre différence trouvez-vous
entre le serin et la serinette ?

Voyez-vous cet œuf ?

C’est avec cela qu’on renverse
toutes les écoles de théologie et tous les temples de la terre.

Qu’est-ce que cet œuf ?

Une masse insensible avant que le germe y soit introduit ;
et après que le germe y est introduit, qu’est-ce encore ?

Une masse insensible, car ce germe n’est lui-même
qu’un fluide inerte et grossier.

Comment cette masse passera-t-elle à une autre organisation,
à la sensibilité, à la vie ?
Qu’y produira la chaleur le mouvement ?
Quels seront les effets successifs du mouvement ?

Au lieu de me répondre, asseyez-vous,
et suivons-les de l’œil de moment en moment.

D’abord c’est un point qui oscille,
un filet qui s’étend et qui se colore ;
de la chair qui se forme ;
un bec, des bouts d’ailes, des yeux, des pattes qui paraissent ;
une matière jaunâtre qui se dévide et produit des intestins ;
c’est un animal.

Cet animal se meut, s’agite, crie ;
j’entends ses cris à travers la coque ;
il se couvre de duvet ; il voit.
La pesanteur de sa tête, qui oscille,
porte sans cesse son bec
contre la paroi intérieure de sa prison ;

la voilà brisée ; il en sort,
il marche, il vole, il s’irrite, il fuit,
il approche, il se plaint, il souffre,
il aime, il désire, il jouit ;
il a toutes vos affections ;
toutes vos actions,
il les fait.

Prétendrez-vous, avec Descartes,
que c’est une pure machine imitative ?
Mais les petits enfants se moqueront de vous,
et les philosophes vous répliqueront
que si c’est là une machine, vous en êtes une autre.

Si vous avouez qu’entre l’animal et vous
il n’y a de différence que dans l’organisation,
vous montrerez du sens et de la raison, vous serez de bonne foi ;
mais on en conclura contre vous qu’avec une matière inerte,
disposée d’une certaine manière, imprégnée d’une autre matière inerte,
de la chaleur et du mouvement,
on obtient de la sensibilité, de la vie,
de la mémoire, de la conscience, des passions, de la pensée.

Il ne vous reste qu’un de ces deux partis à prendre ;
c’est d’imaginer dans la masse inerte de l’œuf un élément caché
qui en attendait le développement pour manifester sa présence,
ou de supposer que cet élément imperceptible
s’y est insinué à travers la coque dans un instant déterminé du développement.

Mais qu’est-ce que cet élément ?
Occupait-il de l’espace, ou n’en occupait-il point ?
Comment est-il venu, ou s’est-il échappé, sans se mouvoir ?
Où était-il ?
Que faisait-il là ou ailleurs ?
A-t-il été créé à l’instant du besoin ?
Existait-il ?
Attendait-il un domicile ?
Était-il homogène ou hétérogène à ce domicile ?

Homogène, il était matériel ;
hétérogène, on ne conçoit ni son inertie avant le développement,
ni son énergie dans l’animal développé.

Écoutez-vous,
et vous aurez pitié de vous-même ;
vous sentirez que, pour ne pas admettre une supposition simple
qui explique tout, la sensibilité,
propriété générale de la matière, ou produit de l’organisation,
vous renoncez au sens commun,
et vous précipitez dans un abîme de mystères,
de contradictions et d’absurdités.

(Denis Diderot)

 

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