Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘conscient’

L’INITIAL (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2019



Illustration: Josephine Wall
    
L’INITIAL
Âditama

Qui en mon for intérieur muet
arpente les brumes de ma pensée,
demeure près du coeur et pourtant
reste distant,
qui habite l’air à jamais inouï?
Mon espérance est de le chanter —
mais mon jour passe dans le silence
lancinant
de ne pouvoir dire mon sentiment.
Où sont les mots, les mots
qui me fuient ?

Le monde en pleurs qui ruisselle
dans mon sang
que veut-il —
qui connaît le message du primitif
originel ?

Le rayon qui franchit l’orage
perçant le voile des vapeurs
pour venir embrasser la planète
est l’enfant du paradis ;

les mots qu’il lui dit à l’oreille
la terre encore aujourd’hui
en répand le souvenir
parmi les brins d’herbe —
et entend,
les yeux sur son passage rivés,
l’air de son chant.

La pulsion première de la vie
palpite dans la moelle des figuiers,
ses harmoniques insonores vibrent .
nuit et jour au fond du ciel —
et mes veines jusque dans les fibres
résonnent d’elle ;

et dans les profondeurs du conscient
une danse se compose
de figures invisibles
au chant du feuillage susurrant.

Volubiles sont ces arbres, ces plantes
en feuilles et en fleurs —
au fond de l’abysse de silence
où le verbe est roi,

au travers des terres et des eaux
silencieux
j’écoute la respiration première
sacrée,
j’entends la muette rumeur
de la pensée enfouie.

Dans cet univers orphelin de parole
qui s’étend de la poussière terrestre
aux confins stellaires
je prends place
les yeux ouverts emplis d’un chant
sans sonorité.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’écrin vert
Traduction: Saraju Gita Banerjee
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les rares moments de liberté (René Char)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2019



Les rares moments de liberté
sont ceux durant lesquels
l’inconscient se fait conscient
et le conscient néant
(ou verger fou).

(René Char)

Illustration: Christian Schloe

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , | Leave a Comment »

La femme qui tremble (Siri Hustvedt)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2019



Alice Pike Barney 29764

La femme qui tremble

[…]
Le moi est plus vaste que le narrateur qui dit Je.
Autour et en dessous de l’île de ce narrateur conscient de lui-même,
s’étend un vaste océan d’inconscient
— fait de ce que nous ne savons pas ou que nous avons oublié.
Une vérité étonnante faite de brume et de brouillard
et du fantôme non reconnaissable de la mémoire et du rêve —
une vérité qui ne peut être tenue dans mes mains,
car elle est toujours en train de s’envoler et de s’échapper,
et je ne peux pas dire si c’est quelque chose ou rien.
Je la poursuis avec des mots.
Même si elle ne peut être capturée.
Et parfois, de temps en temps,
j’imagine que je m’en suis approchée.
[…]

(Siri Hustvedt)

Illustration: Alice Pike Barney

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Temps passé et Temps futur (Thomas Stearns Eliot)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2019



 

Ettore Aldo Del Vigo -   (89)

Temps passé et Temps futur
Permettent à peine d’être conscient.
Être conscient, ce n’est pas être inscrit dans le temps.
Et pourtant
Et pourtant, c’est seulement á l’intérieur
du temps que le moment dans le jardin des roses
Que le moment sous la tonnelle où battait la pluie
Que le moment dans l’église où soufflait le vent et où retombait la fumée
Peuvent être remémorés; enchevêtrés dans le passé et le futur.
C’est seulement dans le temps que peut être conquis le temps.

(Thomas Stearns Eliot)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

RENONCEMENT (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



fantome

RENONCEMENT

Dans le jardin mort
J’ai sauté hier soir, par-dessus le mur mort,
Et mon pas hésitait, lentement s’arrêtait,
Conscient du destin… la douleur l’aveuglait…
Dans le jardin mort
Est arrivé un mort.

La lune blanche, morte, exhalait sa prière
Et plongeait ses regards dans le grand jardin mort.
Et de plomb mon corps
Tomba sur le banc de pierre.

Dehors on entendait
La vie prolétaire…
Derrière le mur, mon ombre solitaire
Dans la nuit ténébreuse, à tout jamais, pleurait…
Dans le jardin mort
Est arrivé un mort.

(George Bacovia)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’exercice qui te sauve (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2019



    
L’exercice qui te sauve :
Te tenir comme un arbre,
Ancré dans les courants,
Consentant aux averses,
Être fleuve sans rives
Ou bien homme debout
Qui marche dans sa nuit,
Sans lieu, sans autre sol
Que le bel aujourd’hui,
Conscient que tout naufrage
Recèle des trésors,
Oublieux de ses failles,
Ne gardant que l’élan,
La clarté des passages,
Invitant chaque oiseau
À demeurer chez lui.

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Levain de ma joie
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’adieu (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2018



 

Illustration: Edvard Munch
    
L’adieu

Comme j’ai senti ce qu’adieu veut dire !
Comme je me rappelle encore ce quelque chose de sombre
d’intact et de cruel qui pour une dernière fois
nous rend conscients d’un très beau lien, puis le déchire.

Comme j’étais sans défense, pour la regarder
celle qui m’appelant me laissa m’en aller
restant derrière moi comme si elle était toutes les femmes
et pourtant petite et blanche et rien d’autre que ceci :

un signe de la main qui déjà n’était plus pour moi,
ce geste qui doucement se répétait, à peine
reconnaissable : peur-être un prunier
d’où un coucou venait de s’envoler en hâte.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Je suis plus vieux que le temps et l’espace (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2018



Je suis plus vieux que le temps et l’espace,
parce que je suis conscient.

(Fernando Pessoa)

 

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , | 2 Comments »

Les hommes se croient libres (Baruch Spinoza)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



Illustration: Andrzej Malinowski
    
Les hommes se croient libres
pour cette seule cause qu’ils sont conscients de leurs actions
et ignorants des causes par où ils sont déterminés.

(Baruch Spinoza)

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , | Leave a Comment »

Lire (Edmond-Henri Crisinel)

Posted by arbrealettres sur 9 juin 2018



Illustration: Nupur Choudhary 
    
Je n’ai jamais ouvert un livre pour — à proprement parler — le plaisir de le lire ou d’en étudier l’auteur, son époque et son sens (?),
mais pour y chercher le secret d’une partie obscure et non encore consciente de moi-même.
C’est pourquoi je lis avec fièvre, en négligeant d’un coup d’œil ce que j’ai jugé inutile ;
c’est pourquoi aussi je me sens malheureux et rejette avec ennui le livre quand je n’y ai pas trouvé d’écho.

(Edmond-Henri Crisinel)

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :