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Poésie

Posts Tagged ‘conserver’

Un regard qui serve (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2019




    
Un regard qui serve à effacer la circonférence
et à conserver le centre.
Un don qui serve à effacer la main
et à conserver l’offrande.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Fragments verticaux
Traduction:
Editions: José Corti

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UN double fond du rêve (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2019



Illustration: Dyane Suib
    
UN double fond du rêve
me rappelle que je rêve.

Le rêve possède
en son fond un repli
où il conserve avec une étrange précaution
une bobine encapsulée
avec le fil qui l’unit à la veille.

A défaut de ce dense repli
le rêve s’échapperait de la vie,
nous laisserait choir ailleurs
ou peut-être finirait par nous effacer.

N’en serait-il pas de même de la mort ?
La mort n’aurait-elle pas aussi un double fond ?
Toutes choses n’en auraient-elles pas ?
La vie ne serait-elle pas un double fond
qui nous rappelle aussi quelque chose
que nous ne pouvons préciser ?

***

UN doble fondo del sueño
me recuerda que sueño.

El sueno tiene
un repliegue en el fondo
donde conserva con precaución extraña
un carretel encapsulado
con el hilo que lo une a la vigilia.

Sin ese denso pliegue
el sueño se saldría de la vida,
nos dejaría caer en otra parte
o tal vez acabara borrándonos .

¿No ocurrirá lo mismo con la muerte?
¿No tendra también la muerte un doble fondo?
No lo tendrán todas las cosas?
No será la vida un doble fondo
que nos recuerda también algo
que no podemos precisar?

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Onzième Poésie Verticale
Traduction: Fernand Verhesen
Editions: Lettres Vives

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QUOI D’AUTRE CHERCHE LE MOT … (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2019




    
QUOI D’AUTRE CHERCHE LE MOT …

Quoi d’autre cherche le mot
dans la lie de l’être
sinon l’insondable
qui existe quand-même

ainsi l’eau du fleuve
glisse des mains
mais dans la jarre
elle connaît ses limites
conserve sa forme
et désaltère

ainsi parfois
le poème.

(Germain Droogenbroodt)

 

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Dans la nuit de la langue (Amina Saïd)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2019



Scribe dans la nuit de la langue
quand la nuit parle la langue du néant
tu es sur cette terre
pour cultiver ton âme
apprivoiser ce qu’il y a d’humain
dans l’angoisse
habiter la parole de la parole
et conserver la promesse du poème

(Amina Saïd)

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LES OBJETS PERDUS (Axel Toursky)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2018



 

Pierre Mornet  l-homme-qui-avait-tous-les-dons-ou-presque

LES OBJETS PERDUS
(Extraits)

Le briquet, le canif,
ont eu raison des poches.
Ton prénom a dû prendre
ce chemin… Liane ou Line ?

Les doublures trouées
réservent à la main
une bise venue
d’en bas, du sol hostile.

Tout le désert occupe
l’espace d’un objet
perdu. Le dénuement
est de ne plus avoir

un rien qui rassurait.

*

Une veste qui s’use,
des montres qui s’arrêtent,
m’épaulent davantage
que la résignation.

Nous acceptons de vivre
parce qu’autour de nous
s’effilochent, s’éliment,
de pauvres serviteurs,

compagnons qui rejoignent
la matière orpheline,
anneaux sans annulaires,
alors que je conserve

mes mains pour te les tendre !

(Axel Toursky)

Illustration: Pierre Mornet

 

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Personne (Baruch Spinoza)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018




    
Personne, à moins d’être vaincu
par des causes extérieures et contraires à sa nature,
ne néglige de désirer ce qui lui est utile,
autrement dit de conserver son être.

(Baruch Spinoza)

 

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REMEDE AU MAL (Louis Avenniez-Defeux)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



REMEDE AU MAL

Vous qui coulez avec un bruit de lèvres,
Rêveurs errants des bois bénis,
Ruisseaux où meurt le long frisson des fièvres;
Vous qui dormez, étangs unis ;

Sources, pourquoi les frileuses fougères,
Les ombrages et les roseaux,
Les mille fleurs et les mouches légères
Qui se poursuivent sur les eaux,

Ne peuvent-ils dans vos miroirs fidèles
Fixer leurs multiples contours ?
Pourquoi vos flots, où se trempent tant d’ailes,
Sont-ils purs et vierges toujours?

Dites ! pourquoi le rayon qui se pose
Sur votre surface un moment,
Ne laisse-t-il aucune trace rose
De son court éblouissement?

« Nous préférons qu’en effet tout s’efface
Dans notre cristal effleuré :
Pâlir lorsqu’un nuage blafard passe,
Sourire lorsqu’il a pleuré ;

« Ne rien graver dans notre transparence,
Ne rien regarder et tout voir,
Et conserver la douce indifférence
De notre implacable miroir.

« Tout oublier! — n’est-ce pas, songeur sombre,
Le plus grand bien?… Tout oublier,
Ne plus sentir le passé, dans son ombre,
Renaître et se multiplier ! »

(Louis Avenniez-Defeux)

Illustration

 

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VANITÉS (Jacques Richepin)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



VANITÉS

J’ai fait des signes sur le sable
Afin de conserver emmi
Le souvenir impérissable
De l’endroit où j’avais dormi.

J’ai fait une marque au nuage,
Que moi seul saurais retrouver,
Afin de conserver l’image
De l’endroit où j’avais rêvé.

J’ai fait de l’âme de ma lyre
Un petit cercueil bien fermé,
Pour y conserver le délire
De l’endroit où j’avais aimé.

Mais tout est par trop périssable :
Le nuage fuit dans le vent.
La mer vient recouvrir le sable.
Et je n’aime plus comme avant.

(Jacques Richepin)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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Psyché, ma soeur (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Paul Delvaux
    
Psyché, ma soeur, écoute immobile, et frissonne…
Le bonheur vient, nous touche et nous parle à genoux.
Pressons nos mains. Sois grave. Écoute encor… Personne
N’est plus heureux, ce soir, n’est plus divin que nous.

Une immense tendresse attire à travers l’ombre
Nos yeux presque fermés. Que reste-t-il encor
Du baiser qui s’apaise et du soupir qui sombre?
La vie a retourné notre sablier d’or.

C’est notre heure éternelle, éternellement grande,
L’heure qui va survivre à l’éphémère amour,
Comme un voile embaumé de rose et de lavande
Conserve après cent ans la jeunesse d’un jour.

Plus tard, ô ma beauté, quand des nuits étrangères
Auront passé sur vous qui ne m’attendrez plus,
Quand d’autres, s’il se peut, amie aux mains légères,
Jaloux de mon prénom, toucheront vos pieds nus,

Rappelez-vous qu’un soir nous vécûmes ensemble
L’heure unique où les dieux accordent, un instant,
À la tête qui penche, à l’épaule qui tremble,
L’esprit pur de la vie en fuite avec le temps.

Rappelez-vous qu’un soir, couchés sur notre couche
En caressant nos doigts frémissants de s’unir,
Nous avons échangé de la bouche à la bouche
La perle impérissable où dort le Souvenir.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le trésor (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



Illustration: Alexander Sigov
    
Le trésor

Tu sers à mes désirs un éternel repas.
Tu peux donner toujours, tu ne t’appauvris pas.

Pour rajeunir la fleur de tes roses caresses,
Il suffit qu’après une absence tu paraisses.

Quand sans voir tes yeux bleus je reste plus d’un jour,
Je trouve un renouveau piquant dans ton amour.

Ta bouche a conservé la fraîcheur d’une aurore.
Comme avant de t’avoir, je veux t’avoir encore.

Tes charmes sont pareils au laurier toujours vert
Qui garde son printemps même au cœur de l’hiver.

Ton corps plein de secrets connaît l’art de renaître.
Je ne verrai jamais le fin fond de ton être.

Ton corps voluptueux ressemble à ce trésor
Où les Nibelungen accumulaient leur or.

On peut le disperser comme on jette du sable,
Il en reste toujours. Il est inépuisable.

(Jean Richepin)

 

 

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