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Poésie

Posts Tagged ‘consonne’

Ce qui parle (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2019



Ce qui parle dans le bois, ce qui parle au bord
du gouffre et dans l’horloge et dans l’effondrement
des heures, te ressemble.

Ce qui parle dans le feuillage des consonnes,
dans l’encre des nuages, te ressemble.

Ce qui parle dans les plaies et les fusils sanglants
dans les crimes et les branches brisées
de la forêt humaine, te ressemble.

(Lionel Ray)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

 

 

 

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Je t’écris (Vénus Khoury-Ghata)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2018



Illustration: Francine Van Hove
    
Je t’écris parce que tu ne sais pas lire
que tu récites sans te tromper l’alphabet de la peur
que tu reconnais au toucher l’herbe nourricière
au flair la source en amont du filet d’eau

je t’écris pour te dire mon manque de ta main sur le ventre blanc du bouleau
et de ton désarroi quand pâlissait le maïs

je t’écris sans écrire
les passants piétinent ce que j’écris
mes consonnes ont la peau rêche
mes voyelles sont nues
je t’écris pour éteindre le feu qui dévore mes doigts dès qu’ils touchent ton nom.

(Vénus Khoury-Ghata)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Gens de l’eau
Traduction:
Editions: Mercure de France

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Je t’écris une lettre (Mathieu Bénézet)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2018




Je t’écris une lettre qui parle
du soleil comme d’une hanche
,

de la mer comme d’une pupille
allongée
,

d’un gâteau de première
communion
,

d’une pomme
;

j’écris une lettre comme on gonfle
une montgolfière en choisissant
soigneusement et uniquement
des consonnes

(Mathieu Bénézet)

 

 

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Pour lui parler (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2018




    
Pour lui parler, il faut utiliser peu de mots :
des mots simples, des mots essentiels, qui vont du cœur au cœur.
Des mots qui se glissent, petit à petit,
avec leurs consonnes, leurs voyelles, dans le corps et la pensée de Marie.

Des mots qui deviendront la matière de ce corps, le ferment de cette pensée,
des mots à lent parcours qui traverseront le conduit auditif,
atteindront la caisse du tympan, percuteront les osselets, ensuite le rocher;
des mots qui se frayeront lentement passage dans le labyrinthe de l’oreille.

Des mots aimés, des mots aimants, ressentis, agrippés à l’espérance.
Des mots vrais même s’ils mentent.
Des mots forgés d’amour et de promesse, même s’ils simulent.
Des mots réels et fictifs.
Des mots pour vivre et pour rêver.

(Andrée Chedid)

Découvert ici: https://jasminsurterre.wordpress.com/

 

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QUATRE PEUPLIERS (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018




QUATRE PEUPLIERS

Comme derrière elle-même va cette ligne
qui se poursuit dans les limites horizontales
et dans l’occident toujours fugitif
où elle se cherche se dissipe

– comme cette même ligne
par le regard levée
change toutes ses lettres
en une colonne diaphane
résolue en une non touchée
ni entendue ni vue mais pensée
fleur de voyelles et de consonnes

– comme cette ligne qui n’en finit pas de s’écrire
et avant de se consumer se redresse
sans cesser de s’écouler mais vers le haut :

les quatre peupliers.

Aspirés
par la hauteur vide et là en bas,
dans une flaque faite ciel, dupliquée,
les quatre sont un seul peuplier
et ils n’en sont aucun.

Derrière, frondaisons en flammes
qui s’éteignent – le soir à la dérive –
d’autres peupliers déjà haillons spectraux
interminablement ondulent
interminablement immobiles.

Le jaune glisse vers le rose,
la nuit dans le violet s’insinue.

Entre le ciel et l’eau
il y a une frange bleue et verte :
soleil et plantes aquatiques,
calligraphie ardente
écrite par le vent.
C’est un reflet suspendu dans un autre.

Passages : palpitations de l’instant.
Le monde perd corps,
il est une apparition, il est quatre peupliers,
quatre mélodies mauves.

De fragiles branches grimpent par les troncs.
Elles sont un peu de lumière avec un peu de vent.
Va-et-vient immobile. Avec les yeux
je les entends murmurer des paroles d’air.

Le silence s’en va avec le fleuve,
revient avec le ciel.

Réel est ce que je vois :
quatre peupliers sans poids
plantés sur un vertige.
Une fixité qui se précipite
vers le bas, vers le haut,
vers l’eau du ciel dormante
en un svelte effort sans dénouement
pendant que le monde lève l’ancre vers l’obscur.

Pulsation de clartés dernières :
quinze minutes assiégées
que Claude Monet voit d’une barque.

Dans l’eau s’abîme le ciel,
en elle-même l’eau fait naufrage,
le peuplier est un coup de feu bleu:
ce monde n’est pas solide.

Entre être et ne pas être titube l’herbe,
les éléments s’allègent,
les contours s’estompent,
moires, reflets, réverbérations,
scintillement de formes et présences,
brume d’images, éclipses,

nous sommes ce que je vois : miroitements.

(Octavio Paz)

Illustration: Claude Monet

 

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BASHÔ-AN (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2017




BASHÔ-AN

Le monde tient
en dix-sept syllabes :
toi dans cette cabane.

Troncs et paille :
par les fentes entrent
Bouddhas et insectes.

Fait d’air
entre pins et rochers
jaillit le poème.

Entre-tissées
voyelles, consonnes :
maison du monde.

Ossements de siècles,
peines déjà roches, montagnes :
ici ils ne pèsent pas.

Ce que je dis
c’est trois lignes à peine :
cabane de syllabes.

(Octavio Paz)

 

 

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Je cherche (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



 

Illustration
    
Je cherche

Une fois un poème
Trouvé
Je cherche
Le mot interligne
Dans la danse des lettres
Consonnes voyelles
Je palpe la longueur la largeur
Des mots
Cherche et invente
Le mot
Animé du souffle

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Pays maternel
Traduction: Edmond Verroul
Editions: Héros-Limite

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Danse ! (Rabbi Nahman de Braslav)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2017


Danse !
Frappe des mains !
Fais surgir la mélodie !
Fais éclater le présent !
Découvre le miracle de l’aube
Fracturant la noirceur de la nuit.
Fais danser les lettres,
Les voyelles amoureuses
De lointaines consonnes.
Fais danser les mots
pour qu’ils deviennent des oiseaux
Ecris le chant joyeux de la guérison
Le chant précieux de la délivrance
Ainsi tu te souviendras de ton futur…

(Rabbi Nahman de Braslav)

Découvert au coeur du Souffle des Mots ici

Illustration et video danse ici

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Quand (Paol Keineg)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2016



quand j’aurai paré tes poignets des mille cailloux du chemin
quand j’aurai plongé dans les spirales bleutées de l’escalier de tes yeux
quand j’aurai écarté les barreaux solides de nos cages thoraciques trop étroites
quand j’aurai transmuté en oiseaux de paradis les minéraux coupants de nos éclats de voix
quand j’aurai changé en rouge liberté les voyelles et les consonnes qui s’épanouissent en nous
quand j’aurai senti en nos ventres dilatés s’épaissir l’espoir capricieux comme un troupeau de chèvres
quand j’aurai vu s’éloigner de notre peuple les pontons de l’accoutumance pour gagner les mille langues de l’océan
quand j’aurai paré tes flancs des mille mousses d’un ciel de neige
alors je serai digne de toi
mon amour

(Paol Keineg)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration

 

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Je me demande qui je suis (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2016



Je me demande qui je suis

« Je me demande qui je suis »,
dit Dieu, « l’esprit, la chair ou ce qui dans la chair
se veut esprit;
la nuit, le jour ou ce qui dans le jour
éprouve pour la nuit trop de tendresse.
Peut-être suis-je un compromis
conclu par l’être et le non-être
aux dépens de moi-même:
le vide et le trop-plein du vide,
rien d’autre que mon nom,
une syllabe en sang
qu’on aurait tort de prononcer,
ou un verbe qui tue.
Je suis ta voyelle, musique;
je suis ta consonne, silence. »

(Alain Bosquet)

Illustration

 

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