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Poésie

Posts Tagged ‘conspirer’

LE MALHEUR (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2018



Illustration
    
LE MALHEUR

C’est si peu que de nous
redit la prudente à l’asile
dans le même moment
tout conspire
à de longues alarmes
le pain est mal levé
mangeons-le quand même prononce une mère
vouée au sort mauvais
la tante le disait bien
blafarde et si peu sereine
que construire une maison
restait la plus belle espérance
pourtant la musique toujours l’endormait.

(Jean Follain)

 

Recueil: Des Heures
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le guetteur (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2017



Le guetteur tendu contre la nuit
pressent un dieu sous la muraille
où conspire un sommeil d’oiseaux.

Il caresse l’arme inutile,
rosaire de sa peur,
pour conjurer une invisible proie.

Contre son corps se glisse
le gel aux seins menus
qui l’embrasse et le lie
alors que monte des marais
par les degrés de brume
l’odeur violente de la mort.

L’aube enfin, l’éclatement
des pavots et des cris!

Décue, l’archer funèbre,
Orion pâlit.

Mais le jour rend au guetteur
un masque étroit de fourmi.

(Jean Joubert)


Illustration: Daniel Cuq

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Ah ! tu viens d’enivrer mon âme (Ecouchard Lebrun)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



Ah ! tu viens d’enivrer mon âme
D’un baiser si délicieux
Que j’ai cru respirer la flamme
Dont Vénus embrase les dieux.

Ce n’est point un baiser ; non, c’est l’Amour lui-même.
Il passe dans mon coeur, et mon coeur embrasé,
Tout à coup palpitant, saisi d’un trouble extrême,
A reconnu le dieu vainement déguisé.

Il se trouble, il palpite encore,
Il se plaît à consumer ;
Il désire, il craint, il adore,
Et tout conspire à l’enflammer.

Aux accents de ta voix mon âme est éperdue ;
Mes regards inquiets brillent d’humides feux ;
Je rougis, je pâlis ; un voile est sur ma vue ;
Tous mes sens sont en proie au délire amoureux.

Même quand ma bouche est muette,
Fanni, mon coeur parle à ton coeur
Et le doux nom de son vainqueur
Est le seul nom qu’il me répète.

Absent de tes regards, dans l’ombre et le sommeil,
Je te vois, je te suis, j’embrasse ton image ;
De mes songes brûlants, Fanni, reçois l’hommage ;
Fanni, reçois encor l’hommage du réveil.

O baiser ! divine caresse !
Source flatteuse de tourment !
O Fanni ! partage l’ivresse
Du baiser qui m’a fait amant !

Te désirer, te voir, parler et t’entendre,
T’aimer ! … que sais-je encore ? Il est un autre voeu !
Donne un second baiser plus secret et plus tendre ;
J’étais plus qu’un mortel ; je serai plus qu’un dieu.

(Ecouchard Lebrun)

 

 

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Chanson de l’année tragique (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2016



Janvier, la neige rouge
Interdit l’avenir.

Tous les râles, Février,
Tous les râles conspirent

Mars, la voix des morts
Surprend les traînards.

Tous les râles, Avril,
Tous les râles fleurissent.

Mai, la terre joue
A changer de visage.

Tous les râles, Juin,
Tous les râles saignent.

Juillet, l’espoir crève
Comme un chien galeux.

C’est en Août qu’autrefois
On fêtait les montagnes.

Tous les râles, Septembre,
Tous les râles grondent.

Octobre, un désespéré
Fait des signes à la terre.

Soleil, Novembre, soleil
Réchauffe un peu la terre.

Une nuit de Décembre
J’ai péri de t’attendre.

(Edmond Jabès)

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CAUCHEMAR (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2016




CAUCHEMAR

Nous étions assemblés près du môle
que battait l’invisible ouragan.
Cette nuit nous semblait conspirer avec nous;
pleine d’or dérobé, elle était comme un coffre
résonnant de conseils.
«Travaillons! », dit ma voix. Mille voix répondirent :
«Où es-tu ? » — « Prés de vous »— « Sois nommé
«Notre chef! »
— Et nos voix, comme un feu dans les branches,
aussitôt — richement — s’accrochèrent,
et nos mains se serraient et comptaient,
fébriles comme un nuage d’oiseaux.

Tout à coup, vacilla, divisant l’air et l’eau
un léger souffle blanc de lumière
qui bientôt — en courant — vint vers nous
et passa sur notre ombre, étendu, déchiré, puis flottant
avec le doux tremblement de l’aube… « Adieu donc! »,
murmura le dernier d’entre nous. Ils partaient!
J’étais seul quand le jour apparut.
Je n’ai vu qu’un visage : la vague.

Ils se sont rassemblés loin de moi
pour parler dans leur langue inconnue,
et j’attends.

(Jean Tardieu)

Illustration: Kupka Frantisek

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L’ARBRE (Antonin Artaud)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2015


 


 

L’ARBRE

Cet arbre et son frémissement
forêt sombre d’appels,
de cris,
mange le cœur obscur de la nuit.

Vinaigre et lait, le ciel, la mer,
la masse épaisse du firmament,
tout conspire à ce tremblement,
qui gîte au cœur épais de l’ombre.

Un cœur qui crève, un astre dur
qui se dédouble et fuse au ciel,
le ciel limpide qui se fend
à l’appel du soleil sonnant,
font le même bruit, font le même bruit,
que la nuit et l’arbre au centre du vent.

(Antonin Artaud)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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LE BONHEUR EST EN MOI… (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2015



LE BONHEUR EST EN MOI…
A Carmen.

Le bonheur est en moi comme une eau si tranquille
Que le jour et la nuit n’y mêlent plus leurs eaux
Plus dur que les rochers, plus tremblant que les îles
Comme un bateau s’en va sur deux sillons de laine
Comme un lourd front d’auroch qui partage les eaux

Le bonheur est en moi comme une flûte d’aube
Qui s’allume et s’endort, ô ma rainette d’eau
Ma rainette d’eau claire sur les rives d’argile,
Ce bonheur caressé comme une harpe d’eau.
Douce tête sans nid, douce tête sans rides
Épaule du sommeil, vague au faîte des arbres
Tous les sommeils chantaient en moi comme les eaux

Pour se poser la lune écarte les roseaux
Je retrouve avec toi les printemps éternels
L’arôme des rosiers, les murmures des masques
Les oiseaux sont couchés sur la paille du ciel
Et ton coeur lentement chuchote jusqu’à moi
Doux comme une souris dans le palais des livres
Le rire silencieux de l’herbe déserte

Tout m’entraîne vers toi, tout conspire à ta perte
Ame fraîche, éblouie sous cette averse d’or.

(Maurice Fombeure)

Illustration: Alexander Sigov

 

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