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Poésie

Posts Tagged ‘constellation’

Le mendiant (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2020




    
Le mendiant

Un pauvre homme passait dans le givre et le vent.
Je cognai sur ma vitre ; il s’arrêta devant
Ma porte, que j’ouvris d’une façon civile.
Les ânes revenaient du marché de la ville,
Portant les paysans accroupis sur leurs bâts.
C’était le vieux qui vit dans une niche au bas
De la montée, et rêve, attendant, solitaire,
Un rayon du ciel triste, un liard de la terre,
Tendant les mains pour l’homme et les joignant pour Dieu.
je lui criai : « Venez vous réchauffer un peu.
Comment vous nommez-vous ? » Il me dit : « Je me nomme
Le pauvre. » Je lui pris la main : « Entrez, brave homme. »
Et je lui fis donner une jatte de lait.
Le vieillard grelottait de froid ; il me parlait,
Et je lui répondais, pensif et sans l’entendre.
« Vos habits sont mouillés », dis-je, « il faut les étendre ,
Devant la cheminée. » Il s’approcha du feu.
Son manteau, tout mangé des vers, et jadis bleu,
Etalé largement sur la chaude fournaise,
Piqué de mille trous par la lueur de braise,
Couvrait l’âtre, et semblait un ciel noir étoilé.
Et, pendant qu’il séchait ce haillon désolé
D’où ruisselait la pluie et l’eau des fondrières,
Je songeais que cet homme était plein de prières,
Et je regardais, sourd à ce que nous disions,
Sa bure où je voyais des constellations.

(Victor Hugo)

 

Recueil: Les rayons et les ombres
Traduction:
Editions: Bayard Jeunesse

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LA NUIT (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2020



Illustration: Christian Schloe
    
LA NUIT

Elle est venue la nuit de plus loin que la nuit
à pas de vent de loup de fougère et de menthe
voleuse de parfum impure fausse nuit
fille aux cheveux d’écume issue de l’eau dormante

Après l’aube la nuit tisseuse de chansons
s’endort d’un songe lourd d’astres et de méduses
et les jambes mêlées aux fuseaux des saisons
veille sur le repos des étoiles confuses

Sa main laisse glisser les constellations
le sable fabuleux des mondes solitaires
la poussière de Dieu et de sa création
la semence de feu qui féconde les terres

Mais elle vient la nuit de plus loin que la nuit
à pas de vent de mer de feu de loup de piège
bergère sans troupeaux glaneuse sans épis
aveugle aux lèvres d’or qui marche sur la neige.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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L’enfant lit l’almanach (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2019



almanach

L’enfant lit l’almanach

L’enfant lit l’almanach près de son panier d’oeufs.
Et, en dehors des Saints et du temps qu’il fera,
elle peut contempler les beaux signes des cieux :
Chèvre, Taureau, Bélier, Poisson, et coetera.

Ainsi, peut-elle croire, petite paysanne,
qu’au-dessus d’elle, dans les constellations,
il y a des marchés, pareils avec des ânes,
des taureaux, des béliers, des chèvres, des poissons.

C’est le marché du Ciel sans doute qu’elle lit.
Et, quand la page tourne au signe des Balances,
elle se dit qu’au Ciel comme à l’épicerie
on pèse le café, le sel, et les consciences.

(Francis Jammes)

 

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LES TROIS SOEURS (René Char)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2019



LES TROIS SOEURS

Mon amour à la robe de phare bleu,
je baise la fièvre de ton visage
où couche la lumière qui jouit en secret.

J’aime et je sanglote. Je suis vivant
et c’est ton coeur cette Étoile du Matin
à la durée victorieuse qui rougit avant
de rompre le combat des Constellations.

Hors de toi, que ma chair devienne la voile
qui répugne au vent.

(René Char)

Illustration: Andrzej Malinowski 

 

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Oui, j’aime ce morceau de terre que tu es (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Oui, j’aime ce morceau de terre que tu es,
moi qui, parmi toutes les prairies planétaires,
ne possède pas d’autre étoile. L’univers
c’est toi qui le répètes et qui le multiplies.

En tes larges yeux il y a la lumière
qui des constellations vaincues vient jusqu’à moi,
ce sont les chemins qui palpitent sur ta peau
parcourus par le météore dans la pluie.

Tes hanches furent toute la lune pour moi,
le soleil, les plaisirs de ta bouche profonde,
et l’ardente lumière et tout le miel dans l’ombre

ce fut ton coeur brûlé par de longs rayons rouges :
je parcours de baisers la forme de ton feu,
ma petite planète, géographie, colombe.

***

Amo el trozo de tierra que tú eres,
porque de las praderas planetarias
otra estrella no tengo. Tú repites
la multiplicación del universo.

Tus anchos ojos son la luz que tengo
de las constelaciones derrotadas,
tu piel palpita como los caminos
que recorre en la lluvia el meteoro.

De tanta luna fueron para mí tus caderas,
de todo el sol tu boca profunda y su delicia,
de tanta luz ardiente como miel en la sombra

tu corazón quemado por largos rayos rojos,
así recorro el fuego de tu forma besándote,
pequeña y planetaria, paloma y geografía.

(Pablo Neruda)

 

 

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MING (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2019



MING

Les herbes les arbres
aveugles
les pierres les nuages
sans regard
le ruisseau seul
fait semblant
de voir
les constellations
tournent
mains en avant
dans le noir
tous aveugles
et voyants
par le centre
sans avoir besoin

de croire.

(Jean Mambrino)

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EX NIHILO (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018




    

EX NIHILO

Nous sommes faits de rien,
Nos cités se dressent au-dessus du vide,
Et dans des bars chromés
Des ombres boivent leur soûl de larmes,

Les doigts distraits des femmes passent
Sur des soies, des fleurs, un miroir,

Les caméras et les voitures
Virent sur le moyeu du rien
Sur lequel tournent les années, les étoiles.
Au-delà des maisons et des champs
Se dressent les collines enveloppées de forêts,
Et sur chaque feuille est tracé
Le motif de l’esprit éternel
Qui arrache les royaumes à la poussière.

Au-dessus des forêts s’étendent les nuages,
Champs blancs où la vue qui s’élève
S’arrête à la circonférence de l’air,

Et les lointaines constellations se meuvent
Autour du centre d’une pensée
Sur l’ordre de cet amour

Dont l’être est le souffle de vie,
La terre ferme que nous foulons,
Le corps divin que nous mangeons,
L’incarnation que nous vivons.

***

EX NIHILO

Out of nothing we are made,
Our cities rise upon the void,

And in chromium-plated bars,
Shadows drink their fill of tears,

Women’s transient fingers pass
Over silks and flowers and glass,

Cameras and motor-cars
Spin on the hub of nothingness
On which revolve the years and stars.

Beyond the houses and the fields
.Pise the forest-shrouded huis,
And upon each leaf is traced
The pattern of the eternal mind
That sommons kingdoms from the dust.

Above the forent lie the clouds,
White fields where the soaring sight
Lests on the air’s circumference,

And distant constellations move
About the centre of a thought
By the fiai of that love

nase being is the breath of life,
The terra firma that we tread,
The divine body that we eat,
The incarnation that we live.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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Tout mot appelle un autre mot (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2018




    
Tout mot appelle un autre mot,
tout mot est un aimant verbal,
un pôle d’attraction variable
qui inaugure des constellations toujours nouvelles.

Un mot est tout le langage,
mais aussi le fondement
de toutes les transgressions du langage,
la base où toujours s’affirme un antilangage.

Le mot est encore l’homme,
deux mots sont déjà l’abîme.
Un mot peut ouvrir une porte.
Deux mots l’effacent.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie verticale 7
Traduction:
Editions: Points

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Finalement j’ai toujours erré (Teresa Rita Lopes)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018



Finalement j’ai toujours erré de terre en terre
de maison en maison
de moi en moi
fidèle au même ciel
où je vais dessinant une constellation
pour qu’elle projette
et réunisse les folles étincelles de mon feu vagabond

***

Afinal sempre andei de terra
em terra
de casa em casa
de mim em mim
fiel ao mesmo céu
em que vou desenhando uma constelaçao qualquer
que projecte
e reùnas as soltas faùlhas do meu vagabundo fogo.

(Teresa Rita Lopes)


Illustration

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Va-t-elle s’éteindre la lumière de mes yeux (Ephraïm)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



Tout ce que j’ai pressenti
Et que je n’ai pas pu dire
Parce que les moissonneurs sont venus trop tôt
Et le souffle du vent dans les blés mûrs
Et mon cou tendu et la veine qui attend
Tu ne prends nul plaisir
Aux colombes qu’on égorge
O ma tendresse étouffée
Mon ardeur immaculée
Blé broyé seigle et orge
Et froment offert
Devant ta face d’éternité-

Va-t-elle s’éteindre la lumière de mes yeux
perdue dans une constellation morte depuis des millénaires?

(Ephraïm)

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