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Poésie

Posts Tagged ‘constellé’

LA POÉSIE (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018




LA POÉSIE

Et ce fut à cet âge… La poésie
vint me chercher. Je ne sais pas, je ne sais d’où
elle surgit, de l’hiver ou du fleuve.
Je ne sais ni comment ni quand,
non, ce n’étaient pas des voix, ce n’étaient pas
des mots, ni le silence
d’une rue elle me hélait,
des branches de la nuit,
soudain parmi les autres,
parmi des feux violents
ou dans le retour solitaire,
sans visage elle était 1à
et me touchait.
Je ne savais que dire, ma bouche
ne savait pas
nommer,
mes yeux étaient aveugles,
et quelque chose cognait dans mon âme,
fièvre ou ailes perdues,
je me formai seul peu à peu,
déchiffrant
cette brûlure,
et j’écrivis la première ligne confuse,
confuse, sans corps, pure
ânerie,
pur savoir
de celui-là qui ne sait rien,
et je vis tout à coup
le ciel
égrené
et ouvert,
des planètes,
des plantations vibrantes,
l’ombre perforée,
criblée
de flèches, de feu et de fleurs,
la nuit qui roule et qui écrase, l’univers.

Et moi, infime créature,
grisé par le grand vide
constellé,
à l’instar, à l’image
du mystère,
je me sentis pure partie
de l’abîme,
je roulai avec les étoiles,
mon coeur se dénoua dans le vent.

(Pablo Neruda)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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La vie descend (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2018




    
La vie descend

Fraicheur dans l’étendue où sont les sources noires
Peu à peu on pénètre une infidélité

La vie descend
On peut marcher
Des mains saluent l’apparence du soir

Le chemin s’ouvre aux verdures rêvées
Des vieillesses d’oiseaux s’élancent
En sommeillant

Tout tarde, aux pentes réelles
Et vois tout se maintient dans le temps constellé

Là-bas, là-bas sont les jardins de feuilles
Les pierres sous l’eau mûre, là-bas sont les oiseaux
Et d’autres meurent de faim auprès des mains fertiles

La vie descend, on peut marcher
Le pas éclaire
L’immense peur d’être soi dans le temps

Des portails d’acier sont nos deux mains d’amande

Et vois comme il fallait tout l’amour des forêts
Pour adopter les yeux de l’invisible.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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MÉTAMORPHOSES FAMILIÈRES (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018



    

MÉTAMORPHOSES FAMILIÈRES

Les aigles des chaises curules
Dans ce royaume bordé des bois
Volaient parfois au crépuscule
Puis reprenaient leur quant-à-soi,
Leurs hiératiques attitudes
Dans les hautes salles d’études.

Les brebis des chambres des reines
Paissant sur champ de fleurdelys,
Broutant l’ombre et la solitude,
A bruit menu comme une pluie,
Soudain gagnaient d’un bond le ciel,
Brebis silence constellées.

Les feux du Bélier, du Centaure
L’étoile qui monte à regret,
Seule, au front noir d’une forêt,
Les divagations des astres,
Tournent sans bruit sur nos cadastres,
Sur nos collines désolées.

Mais le sort que tu m’as jeté,
Secret comme le coeur des roses,
Ouvre d’autres métamorphoses,
Mais le sort que tu m’as jeté
Il me semble une apothéose
Et flambe en moi comme un été.

(Maurice Fombeure)

 

Recueil: A dos d’oiseau
Traduction:
Editions: Gallimard

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Nevada (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2017




    
Nevada

Dans l’état du Nevada
Les chemins de fer ont des noms d’oiseau,
Les champs sont de neige
Et de neige les heures.

Les nuits transparentes
Ouvrent des lumières rêvées
Sur les eaux ou sur les toits purs
Constellés de fête.

Les larmes sourient,
La tristesse a des ailes,
Et les ailes, nous le savons,
Donnent un amour inconstant.

Les arbres étreignent les arbres,
Une chanson en embrasse une autre ;
Par les chemins de fer
Passent la douleur et la joie.

Il y a toujours une neige qui dort
Sur une autre neige, là-bas au Nevada.

***

Nevada

En el Estado de Nevada
Los caminos de hierro tienen nombres de pájaro,
Son de nieve los campos
Y de nieve las horas.

Las noches transparentes
Abren luces soñadas
Sobre las aguas o tejados puros
Constelados de fiesta.

Las lágrimas sonríen,
La tristeza es de alas,
Y las alas, sabemos,
Dan amor inconstante.

Los árboles abrazan árboles,
Una canción besa otra canción;
Por los caminos de hierro
Pasa el dolor y la alegría.

Siempre hay nieve dormida
Sobre otra nieve, allá en Nevada.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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Tu vas nue (René Char)

Posted by arbrealettres sur 11 septembre 2017


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Tu vas nue, constellée d’échardes,
Secrète, tiède et disponible,
Attachée au sol indolent,
Mais l’intime de l’homme abrupt dans sa prison.

(René Char)

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Rêve (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2017



Rêve

Est-il doux de rêver des rêves ineffables?
A. Blok

Ce rêve était-il oui ou non prophétique…
Mars se levait dans un ciel constellé,
S’allumait, rouge, fatidique, —
J’ai rêvé cette nuit que tu venais.

Tout t’annonçait… La Chaconne de Bach,
Les roses ouvertes pour rien,
Une cloche de village qui tinte
Sur les sombres terres labourées.

Et l’automne déjà tout proche
Qui soudain se ravise, recule.
En ce terrible anniversaire, comment, août,
As-tu pu m’apporter ce message ?

Comment m’acquitter de ce cadeau royal ?
Où aller ? Avec qui festoyer ?
Me voici, comme avant, écrivant sans rature
Mes vers dans le cahier brûlé.

(Anna Akhmatova)

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

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LES FRUITS DU CORPS (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2017



LES FRUITS DU CORPS
(extraits)

Le lit constellé
vogue par à-coups
Partant du nombril
la Grande Ourse
et juste au-dessus de la hanche
l’étoile du berger

*

Par vagues insensées
tu te découvres
Je sens mes cheveux pousser
L’île est en vue
J’écarte les touffes de la toison
et m’accorde du miel
le subtil rayon

*

Je n’imagine rien
Je n’invente rien
Je crois sur-le-champ
Je vois et touche
l’objet de ma croyance
ce divin pubis

*

Comme un lierre fou
je m’enroule
autour de tes branches
Ton écorce s’attendrit
et s’ouvre
Goutte à goutte
je reçois ta sève
Un moment
et je commence à bourgeonner

*

Au fond des iris
lestes et radieux
on dirait la vulve
réjouie de sa soif

*

Arbre de chair
savant de volupté
Il s’étire
vers la cime
et l’abîme
Coupe l’infini
en deux

*

Celui qui n’a jamais
goûté à l’interdit
qu’il me jette
la première pomme

*

Misérables hypocrites
qui montez au lit
du pied droit
et invoquez le nom de Dieu
avant de copuler
De la porte
donnant sur le plaisir
vous ne connaîtrez
que le trou aveugle
de la serrure

*

Que restera-t-il de la collision
Après l’embrasement
que lira-t-on dans les cendres?
La chair
s’est détachée de la chair
Arbre déraciné
l’homme gît
auprès de la femme

(Abdellatif Laâbi)

Illustration: Takahiro Hara

 

 

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Je porte en moi (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2017



Dédicace
Pour Henri

Je porte en moi, parmi des clartés de vitrail,
Des fleuves étalés, des cités fulgurantes,
Des bouleaux d’argent pur, des prés de frais émail,
Des jardins constellés de lys et d’amaranthes.

Je nourris des dragons en de lointains bercails;
Mais rien ne transparaît du rêve qui me hante;
Je suis ce manuscrit fleuri d’absurdes plantes
Qui recèle à l’abri de mon double fermail,

– Magique parchemin et dont la garde est vierge,
Que nul doigt n’effleura sous sa gaine de serge, –
Des psaumes exaltés et d’amoureux cantiques.

A toi, j’offre aujourd’hui les cités, les chimères,
Le vitrail d’or liquide et le livre mystique
Où repose mon coeur comme en un reliquaire.

(Marie Dauguet)

Illustration: Guy Baron

 

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Dieu dit (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2016



Dieu dit:
« Je m’exprime d’une aile
chez les oiseaux,
et d’un pétale chez les fleurs.
Je parle comme les cailloux
quand les cailloux se parlent,
et je discute avec l’écume
quand l’écume se met à discuter.
J’emploie des mots de brise
dans la tempête
et quelquefois des phrases d’aquilon.
Je tiens un long discours d’étoile
sous le ciel constellé.
Je n’ai pas de langage à moi:
je communique
sans être sûr qu’on me comprenne. »

(Alain Bosquet)

 

 

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