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Posts Tagged ‘construire’

LA BLANCHEUR (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2021




    
LA BLANCHEUR

Elle a connu les visages et la beauté nuptiale.
Elle a mûri dans l’espace, construit le sens
mystérieux et connu le cri
de la nuit. La main inscrit les signes
dans la pierre, et l’ocre et la cendre
s’exhalent dans le silence, s’effacent dans la blancheur.
Elle ne sait pas et elle sait, car elle est devenue le centre
où elle respire : poisson, colombe, serpent.
Le songe s’est fait espace et son flanc
retient le soleil sous la voûte des arbres.

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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Chant du dernier délai (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2021



 

Alena Plihal - Tutt'Art@ (17) [1280x768]

Chant du dernier délai

Noir c’est mon nom quand je m’éveille
Noir le singe qui me tracasse
Qui grimace moule à manies
Devant le miroir de ma nuit
Noir c’est mon poids de déraison
C’est ma moitié froide pourrie

Noir où la flèche s’est plantée
Où le tison a prospéré
Noir le gentil corps foudroyé
Noir le coeur pur de mon amour
Noire la rage aux cheveux blancs
A la bouche basse et baveuse

Cette envie folle de hurler
Ne cessera qu’avec ma voix
Que sur les charmes de ma tombe
Où viendront pleurer mes complices
Tous ceux qui m’approuvaient d’aimer
Et qui voudraient fêter mon deuil

J’étais construit les mains ensemble
Doublé de deux mains dans les miennes
J’étais construit avec deux yeux
Qui se chargeaient des miens pour voir
Mais aujourd’hui je sens mes os
Se fendre sous le froid parfait

Je sens le monde disparaître
Rien ne demeure de nos rires
Ni de nos nuits ni de nos rêves
Et la rosée est charbonneuse
J’ai trop pleuré la coque est vide
Où ne nous pouvions qu’être deux

Écartez-vous de ma douleur
Elle vient droit de la poussière
Elle nie tous les sacrifices
La mort n’est jamais vertueuse
Écartez-vous si vous avez
Envie de vivre sans mourir

Sous vos paupières desséchées
Et dans la boue de vos désirs
Noir un zéro s’arrondirait
Zéro petit et très immense
Qui est capable de gagner
La souveraine part de l’homme

Noir c’est moi seul soyez plus clairs

(Paul Eluard)

Illustration: Alena Plihal

 

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DE LA PRIÈRE (Czeslaw Milosz)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2021



DE LA PRIÈRE

Tu me demandes comment prier quelqu’un qui n’est pas.
Je sais que la prière construit un pont de velours
En le traversant on voltige comme sur un tremplin
Au-dessus de paysages couleur d’or mûr
Transfigurés par l’arrêt du soleil.
Ce pont conduit vers la rive du Retournement
Où tout est à rebours et la parole « est »
Découvre son sens à peine pressenti.
Tu remarqueras que je dis « on ». Chacun, séparément,
A pitié des autres, prisonniers du corps
Et sait que s’il n’y avait d’autre rivage

Il aurait pris ce pont au-dessus de la terre.

(Czeslaw Milosz)


Illustration: Mejdaben

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Construire l’irréel (Yves Sandre)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2021



    

Construire l’irréel d’une
vibration unique.

Dieu émergera du néant
intérieur.

(Yves Sandre)

 

Recueil: THÉORÈMES et PETITS RIENS
Traduction:
Editions:Amiot Lenganey

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LE JOUR DE L’ANNONCIATION A PASSÉ (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2021




    
LE JOUR DE L’ANNONCIATION A PASSÉ

À vue de corbeau
le quartier est d’un blanc indécent
à la fin de juin.
Une femme arrose les fleurs et regarde
de loin les reflets noirs et aveuglants
de l’oiseau dans la cage
qu’un enfant accroche sur le balcon d’en face.
Un jour l’enfant va oublier
de fermer la porte de la cage.
Un jour la femme va traverser
l’unique mur de verre de sa boîte en béton
et ils vont se rencontrer dans l’infini
de cinq mètres entre les immeubles :
quand quelqu’un se jette dans le vide
Dieu construit un pont pour lui,
lance une échelle
ou bien lui envoie un oiseau.

Mais peut-on sortir d’un paysage
gravé dans l’œil
d’un corbeau empaillé ?

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES REQUÊTES DES ENFANTS (Bertolt Brecht)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2020



Illustration: Mai Thu
    
LES REQUÊTES DES ENFANTS

Les maisons ne doivent pas brûler.
On ne doit pas connaître les lanceurs de bombes.
La nuit est faite pour dormir.
La vie ne doit pas être une punition.
Les mamans ne doivent pas pleurer.
Personne ne doit tuer un autre.
Tout le monde devrait construire quelque chose.
Là on peut avoir confiance en chacun.
Les plus jeunes devraient pouvoir l’accomplir.
Les plus vieux aussi.

***

DIE BITTEN DER KINDER

Die Häuser sollen nicht brennen.
Bomber sollt man nicht kennen.
Die Nacht soll für den Schlaf sein.
Leben soll keine Strafe sein.
Die Mütter sollen nicht weinen.
Keiner sollt töten einen.
Alle sollen was bauen.
Da kann man allen trauen.
Die Jungen sollen’ s erreichen.
Die Alten desgleichen.

***

DE SMEEKBEDEN VAN DE KINDEREN

De huizen dienen niet te branden.
Bommenwerpers dient men niet te kennen.
De nacht dient voor de slaap te zijn.
Het leven dient geen straf te zijn.
De moeders dienen niet te huilen.
Niemand dient een ander te doden.
Iedereen zou iets moeten opbouwen.
Dáár kan men eenieder vertrouwen.
De jongeren zouden het moeten waarmaken.
De ouderen ook.

***

LE PREGHIERE DEI BAMBINI

Non brucino più interi quartieri.
Non si vedano più bombardieri.
La notte sia per dormire.
Si cancelli la parola punire.
Le madri non debbano piangere.
Nessuno più debba ammazzare.
Che ognuno possa qualcosa creare.
Che di tutti ci si possa fidare.
Che i giovani ottengano tutto questo,
e anche i vecchi … ma presto.

***

LOS RUEGOS DE LOS NIÑOS

Las casas no deberían arder.
Ni deberían conocer los bombarderos.
La noche debería ser para dormir.
La vida no debería ser un castigo.
Las madres no deberían llorar.
Nadie debería matar a otro.
Todos deberían construir algo.
Ahí se puede confiar en todos.
Los jóvenes tendrían que lograrlo.
Los ancianos igualmente.

***

RUGĂMINȚILE COPIILOR

Casele să nu ardă.
Bombardiere neștiute să fie.
Noaptea să rămână a somnului.
Viața să nu fie pedeapsă.
Mamele să nu plângă.
Nimeni să nu mai ucidă.
Toți să construiască ceva.
Să te poți încrede-n oricine.
Cei tineri acolo s-ajungă.
Cei vârstnici la fel.

***

THE PLEAS OF THE CHILDREN

Houses should not burn.
Bombers should not be known.
Night should be for sleep.
Life should not be a punishment.
Mothers should not cry.
None should kill anyone.
Everyone should build something
There one could trust everyone.
The young should achieve it.
The old as well.

***

ΕΚΛΗΣΕΙΣ ΤΩΝ ΠΑΙΔΙΩΝ

Να μην πυρπολούνται τα σπίτια
να μην γνωρίζει κανείς τα βομβαρδιστικά
η νύχτα να `ναι για τον ύπνο
να μην είναι τιμωρία η ζωή
οι μάνες να μην κλαίνε
κανείς να μην σκοτώνει κανένα
ο καθένας να χτίζει κάτι
εκεί που εμπιστεύεται ο ένας τον άλλο.
Οι νέοι να το καταφέρουν
κι οι γέροι επίσης.

***

ДЕТСКИЕ ПРОСЬБЫ

Пусть бомбам не летать над нами.
И пусть дома не тронет пламя.
Пусть ночь останется для сна нам.
Жизнь не на бедствие дана нам.
Пусть не плачут ни матери, ни дети.
Пусть никто никого не убивает на свете.
Все должны созидать, создавать.
Тогда можно будет всем доверять.
Мир такой создать – мечта молодежи.
И мечта стариков тоже.

***

ما كان يجب أنْ تشتعلَ البيوتُ.
ولا أنْ تعرفَ القَصْفَ
الليلُ كان يجبُ أن يكونَ لأجل هجعة النَّو م
والحياة ما كان يجبُ أن تصيرَ عقابا
الأمهاتُ ما كان يجبُ أن ينتحبوا.
لا أحد كان يجبُ أن يقتُلَ أحداً.
الجميعُ كان يجبُ أن يبني شيئاً.
هكذا نستطيعُ أن نثق في الجميع.
تلك الغاية يجبُ أن يبلغها الشبابُ
والشيوخُ أيضا سيبلغونَها.

***

ДЕЧЈЕ МОЛБЕ

уће не би требало да горе.
Бомбардери не би требали знати.
Ноћ би требала бити за спавање.
Живот не би требао бити казна.
Мајке не би требале плакати.
Нико не би требао убити некога.
Сви би требали нешто изградити
Тамо један може веровати свима.
Млади би то требали постићи.
И стари.

(Bertolt Brecht)

 

Recueil: ITHACA 571
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Allemand / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Italien Luca Benassi / Espagnol Rafael Carcelén / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Anglais Stanley Barkan / Grec Manolis Aligizakis / Russe Vyacheslav Kupriyanov / Arabe Khaled Al – Risouni / Serbe Milutin Djurickovic /
Editions: POINT

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Je cherche des mots adéquats (Anise Koltz)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2020



Anise Koltz
    
Je cherche des mots adéquats
pour construire
des espaces de silence

(Anise Koltz)

 

Recueil: Somnambule du jour
Traduction:
Editions: Gallimard

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Des pierres lancées contre moi (Anise Koltz)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2020




    
Des pierres lancées
contre moi
j’ai construit
les murs de ma maison

(Anise Koltz)

 

Recueil: Somnambule du jour
Traduction:
Editions: Gallimard

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IL ME RESTE UN PAYS (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2020



 

quebec_stlaurent [1280x768]

IL ME RESTE UN PAYS

Il me reste un pays à te dire
Il me reste un pays à nommer

Il est au tréfonds de toi
N’a ni président ni roi
Il ressemble au pays même
Que je cherche au coeur de moi
Voilà le pays que j’aime

Il me reste un pays à prédire
Il me reste un pays à semer

Vaste et beau comme la mer
Avant d’être découvert
Puis ne tient pas plus de place
Qu’un brin d’herbe sous l’hiver
Voilà mon Jeu et ma Chasse

Il te reste un pays à connaître
Il te reste un pays à donner

C’est ce pont que je construis
De ma nuit jusqu’à ta nuit
Pour traverser la rivière
Froide obscure de l’Ennui
Voilà le pays à faire

Il me reste un nuage à poursuivre
Il me reste une vague à dompter

Homme ! Un jour tu sonneras
Cloches de ce pays-là
Sonnez femmes joies et cuivres
C’est notre premier repas
Voilà le pays à vivre

Il nous reste un pays à surprendre
Il nous reste un pays à manger

Tous ces pays rassemblés
Feront l’Homme champ de blé
Chacun sème sa seconde
Sous l’Amour qu’il faut peler
Voilà le pays du monde

II nous reste un pays à comprendre
II nous reste un pays à changer

(Gilles Vigneault)

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LE NOIR PARLE DES FLEUVES (Langston Hughes)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2020



 

Pedro Ruiz  1957 - Colombian painter -  (22) [1280x768]

LE NOIR PARLE DES FLEUVES

J’ai connu des fleuves,
J’ai connu des fleuves vieux comme le monde et plus anciens que le sang qui coule dans les veines des hommes.

Mon âme est devenue aussi profonde que les fleuves.

Je me suis baigné dans l’Euphrate quand l’aurore du monde était jeune.
J’ai bâti ma hutte près du Congo qui a bercé mon sommeil
J’ai regardé le Nil et j’ai construit au-dessus les Pyramides.
J’ai entendu le chant du Mississippi quand Lincoln descendit à la Nouvelle-Orléans, et j’ai vu ses fanges profondes devenir au couchant comme de l’or.

J’ai connu des fleuves,
Des fleuves très vieux et ténébreux.
Mon âme est devenue aussi profonde que les fleuves.

***

The Negro Speaks of Rivers

I’ve known rivers:
I’ve known rivers ancient as the world and older than the flow of human blood in human veins.

My soul has grown deep like the rivers.

I bathed in the Euphrates when dawns were young.
I built my hut near the Congo and it lulled me to sleep.
I looked upon the Nile and raised the pyramids above it.
I heard the singing of the Mississippi when Abe Lincoln went down to New Orleans, and I’ve seen its muddy bosom turn all golden in the sunset.

I’ve known rivers:
Ancient, dusky rivers.

My soul has grown deep like the rivers.

(Langston Hughes)

Illustration: Pedro Ruiz

 

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