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Poésie

Posts Tagged ‘construire’

DE LA PRIÈRE (Czeslaw Milosz)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2021



DE LA PRIÈRE

Tu me demandes comment prier quelqu’un qui n’est pas.
Je sais que la prière construit un pont de velours
En le traversant on voltige comme sur un tremplin
Au-dessus de paysages couleur d’or mûr
Transfigurés par l’arrêt du soleil.
Ce pont conduit vers la rive du Retournement
Où tout est à rebours et la parole « est »
Découvre son sens à peine pressenti.
Tu remarqueras que je dis « on ». Chacun, séparément,
A pitié des autres, prisonniers du corps
Et sait que s’il n’y avait d’autre rivage

Il aurait pris ce pont au-dessus de la terre.

(Czeslaw Milosz)


Illustration: Mejdaben

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Construire l’irréel (Yves Sandre)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2021



    

Construire l’irréel d’une
vibration unique.

Dieu émergera du néant
intérieur.

(Yves Sandre)

 

Recueil: THÉORÈMES et PETITS RIENS
Traduction:
Editions:Amiot Lenganey

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LE JOUR DE L’ANNONCIATION A PASSÉ (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2021




    
LE JOUR DE L’ANNONCIATION A PASSÉ

À vue de corbeau
le quartier est d’un blanc indécent
à la fin de juin.
Une femme arrose les fleurs et regarde
de loin les reflets noirs et aveuglants
de l’oiseau dans la cage
qu’un enfant accroche sur le balcon d’en face.
Un jour l’enfant va oublier
de fermer la porte de la cage.
Un jour la femme va traverser
l’unique mur de verre de sa boîte en béton
et ils vont se rencontrer dans l’infini
de cinq mètres entre les immeubles :
quand quelqu’un se jette dans le vide
Dieu construit un pont pour lui,
lance une échelle
ou bien lui envoie un oiseau.

Mais peut-on sortir d’un paysage
gravé dans l’œil
d’un corbeau empaillé ?

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES REQUÊTES DES ENFANTS (Bertolt Brecht)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2020



Illustration: Mai Thu
    
LES REQUÊTES DES ENFANTS

Les maisons ne doivent pas brûler.
On ne doit pas connaître les lanceurs de bombes.
La nuit est faite pour dormir.
La vie ne doit pas être une punition.
Les mamans ne doivent pas pleurer.
Personne ne doit tuer un autre.
Tout le monde devrait construire quelque chose.
Là on peut avoir confiance en chacun.
Les plus jeunes devraient pouvoir l’accomplir.
Les plus vieux aussi.

***

DIE BITTEN DER KINDER

Die Häuser sollen nicht brennen.
Bomber sollt man nicht kennen.
Die Nacht soll für den Schlaf sein.
Leben soll keine Strafe sein.
Die Mütter sollen nicht weinen.
Keiner sollt töten einen.
Alle sollen was bauen.
Da kann man allen trauen.
Die Jungen sollen’ s erreichen.
Die Alten desgleichen.

***

DE SMEEKBEDEN VAN DE KINDEREN

De huizen dienen niet te branden.
Bommenwerpers dient men niet te kennen.
De nacht dient voor de slaap te zijn.
Het leven dient geen straf te zijn.
De moeders dienen niet te huilen.
Niemand dient een ander te doden.
Iedereen zou iets moeten opbouwen.
Dáár kan men eenieder vertrouwen.
De jongeren zouden het moeten waarmaken.
De ouderen ook.

***

LE PREGHIERE DEI BAMBINI

Non brucino più interi quartieri.
Non si vedano più bombardieri.
La notte sia per dormire.
Si cancelli la parola punire.
Le madri non debbano piangere.
Nessuno più debba ammazzare.
Che ognuno possa qualcosa creare.
Che di tutti ci si possa fidare.
Che i giovani ottengano tutto questo,
e anche i vecchi … ma presto.

***

LOS RUEGOS DE LOS NIÑOS

Las casas no deberían arder.
Ni deberían conocer los bombarderos.
La noche debería ser para dormir.
La vida no debería ser un castigo.
Las madres no deberían llorar.
Nadie debería matar a otro.
Todos deberían construir algo.
Ahí se puede confiar en todos.
Los jóvenes tendrían que lograrlo.
Los ancianos igualmente.

***

RUGĂMINȚILE COPIILOR

Casele să nu ardă.
Bombardiere neștiute să fie.
Noaptea să rămână a somnului.
Viața să nu fie pedeapsă.
Mamele să nu plângă.
Nimeni să nu mai ucidă.
Toți să construiască ceva.
Să te poți încrede-n oricine.
Cei tineri acolo s-ajungă.
Cei vârstnici la fel.

***

THE PLEAS OF THE CHILDREN

Houses should not burn.
Bombers should not be known.
Night should be for sleep.
Life should not be a punishment.
Mothers should not cry.
None should kill anyone.
Everyone should build something
There one could trust everyone.
The young should achieve it.
The old as well.

***

ΕΚΛΗΣΕΙΣ ΤΩΝ ΠΑΙΔΙΩΝ

Να μην πυρπολούνται τα σπίτια
να μην γνωρίζει κανείς τα βομβαρδιστικά
η νύχτα να `ναι για τον ύπνο
να μην είναι τιμωρία η ζωή
οι μάνες να μην κλαίνε
κανείς να μην σκοτώνει κανένα
ο καθένας να χτίζει κάτι
εκεί που εμπιστεύεται ο ένας τον άλλο.
Οι νέοι να το καταφέρουν
κι οι γέροι επίσης.

***

ДЕТСКИЕ ПРОСЬБЫ

Пусть бомбам не летать над нами.
И пусть дома не тронет пламя.
Пусть ночь останется для сна нам.
Жизнь не на бедствие дана нам.
Пусть не плачут ни матери, ни дети.
Пусть никто никого не убивает на свете.
Все должны созидать, создавать.
Тогда можно будет всем доверять.
Мир такой создать – мечта молодежи.
И мечта стариков тоже.

***

ما كان يجب أنْ تشتعلَ البيوتُ.
ولا أنْ تعرفَ القَصْفَ
الليلُ كان يجبُ أن يكونَ لأجل هجعة النَّو م
والحياة ما كان يجبُ أن تصيرَ عقابا
الأمهاتُ ما كان يجبُ أن ينتحبوا.
لا أحد كان يجبُ أن يقتُلَ أحداً.
الجميعُ كان يجبُ أن يبني شيئاً.
هكذا نستطيعُ أن نثق في الجميع.
تلك الغاية يجبُ أن يبلغها الشبابُ
والشيوخُ أيضا سيبلغونَها.

***

ДЕЧЈЕ МОЛБЕ

уће не би требало да горе.
Бомбардери не би требали знати.
Ноћ би требала бити за спавање.
Живот не би требао бити казна.
Мајке не би требале плакати.
Нико не би требао убити некога.
Сви би требали нешто изградити
Тамо један може веровати свима.
Млади би то требали постићи.
И стари.

(Bertolt Brecht)

 

Recueil: ITHACA 571
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Allemand / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Italien Luca Benassi / Espagnol Rafael Carcelén / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Anglais Stanley Barkan / Grec Manolis Aligizakis / Russe Vyacheslav Kupriyanov / Arabe Khaled Al – Risouni / Serbe Milutin Djurickovic /
Editions: POINT

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Je cherche des mots adéquats (Anise Koltz)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2020



Anise Koltz
    
Je cherche des mots adéquats
pour construire
des espaces de silence

(Anise Koltz)

 

Recueil: Somnambule du jour
Traduction:
Editions: Gallimard

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Des pierres lancées contre moi (Anise Koltz)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2020




    
Des pierres lancées
contre moi
j’ai construit
les murs de ma maison

(Anise Koltz)

 

Recueil: Somnambule du jour
Traduction:
Editions: Gallimard

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IL ME RESTE UN PAYS (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2020



 

quebec_stlaurent [1280x768]

IL ME RESTE UN PAYS

Il me reste un pays à te dire
Il me reste un pays à nommer

Il est au tréfonds de toi
N’a ni président ni roi
Il ressemble au pays même
Que je cherche au coeur de moi
Voilà le pays que j’aime

Il me reste un pays à prédire
Il me reste un pays à semer

Vaste et beau comme la mer
Avant d’être découvert
Puis ne tient pas plus de place
Qu’un brin d’herbe sous l’hiver
Voilà mon Jeu et ma Chasse

Il te reste un pays à connaître
Il te reste un pays à donner

C’est ce pont que je construis
De ma nuit jusqu’à ta nuit
Pour traverser la rivière
Froide obscure de l’Ennui
Voilà le pays à faire

Il me reste un nuage à poursuivre
Il me reste une vague à dompter

Homme ! Un jour tu sonneras
Cloches de ce pays-là
Sonnez femmes joies et cuivres
C’est notre premier repas
Voilà le pays à vivre

Il nous reste un pays à surprendre
Il nous reste un pays à manger

Tous ces pays rassemblés
Feront l’Homme champ de blé
Chacun sème sa seconde
Sous l’Amour qu’il faut peler
Voilà le pays du monde

II nous reste un pays à comprendre
II nous reste un pays à changer

(Gilles Vigneault)

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LE NOIR PARLE DES FLEUVES (Langston Hughes)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2020



 

Pedro Ruiz  1957 - Colombian painter -  (22) [1280x768]

LE NOIR PARLE DES FLEUVES

J’ai connu des fleuves,
J’ai connu des fleuves vieux comme le monde et plus anciens que le sang qui coule dans les veines des hommes.

Mon âme est devenue aussi profonde que les fleuves.

Je me suis baigné dans l’Euphrate quand l’aurore du monde était jeune.
J’ai bâti ma hutte près du Congo qui a bercé mon sommeil
J’ai regardé le Nil et j’ai construit au-dessus les Pyramides.
J’ai entendu le chant du Mississippi quand Lincoln descendit à la Nouvelle-Orléans, et j’ai vu ses fanges profondes devenir au couchant comme de l’or.

J’ai connu des fleuves,
Des fleuves très vieux et ténébreux.
Mon âme est devenue aussi profonde que les fleuves.

***

The Negro Speaks of Rivers

I’ve known rivers:
I’ve known rivers ancient as the world and older than the flow of human blood in human veins.

My soul has grown deep like the rivers.

I bathed in the Euphrates when dawns were young.
I built my hut near the Congo and it lulled me to sleep.
I looked upon the Nile and raised the pyramids above it.
I heard the singing of the Mississippi when Abe Lincoln went down to New Orleans, and I’ve seen its muddy bosom turn all golden in the sunset.

I’ve known rivers:
Ancient, dusky rivers.

My soul has grown deep like the rivers.

(Langston Hughes)

Illustration: Pedro Ruiz

 

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Nous y voilà, nous y sommes ! (Fred Vargas)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2020




    
Nous y voilà, nous y sommes !

Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes.

Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal.
Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance.

Nous avons chanté, dansé.

Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine.

Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air,
nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde,
nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche,
nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés.

On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles,
comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre,
déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome,
enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.

Franchement on s’est marrés.

Franchement on a bien profité.

Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses
que de biner des pommes de terre.

Certes.

Mais nous y sommes.

A la Troisième Révolution.

Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie.

« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.

Oui.

On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis.

C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies.

La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets.

De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau.

Son ultimatum est clair et sans pitié :

Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse).

Sauvez-moi, ou crevez avec moi.

Evidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux.

D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance.

Peine perdue.

Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais.

Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs,
éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin,
relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, (attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille)
récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines,
on s’est quand même bien marrés).

S’efforcer. Réfléchir, même.

Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.

Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde.

Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.

Pas d’échappatoire, allons-y.

Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante.

Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible.

A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie, une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut être.

A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.

A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.

(Fred Vargas)

Fred Vargas – 7 novembre 2008 – EuropeEcologie.fr

Lu mise en musique par Philippe Torreton et Richard Kolinka
https://twitter.com/elsaboublil/status/1253749194910838785?s=20

 

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L’HOMME ET SON OMBRE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2020



Illustration
    
(Recueil Pages d’écriture)
L’HOMME ET SON OMBRE

La déroute des idoles n’a pas étouffé en nous le désir
de construire quelques êtres démesurés, étrangers à la raison,
capables de contenir toutes nos craintes, et, en même temps,
de nous conduire aux portes d’un empire incorruptible, paré
des augustes prestiges de l’impersonnalité.
Mais, par un bizarre paradoxe, puisque nulle chose, même
au bord du néant, ne peut nous arracher au souvenir de notre
condition, il semble qu’aujourd’hui la première de ces figures
mythiques, encore obscure et tremblante comme un monde
naissant, ne soit autre que l’Homme lui-même. Dans les
définitions qu’il se donne de sa propre nature et de son propre
destin, il n’est pas un trait, pas une notion qui ne le dépasse.
Son ombre gigantesque l’entraîne et il la suit en gémissant.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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