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Poésie

Posts Tagged ‘consumé’

Tant de vies consumées (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2019



Illustration: Chris Ann    
    
Tant de vies consumées qui n’ont pas reconnu leur lieu
Tandis que, vulnérable avec tous,
D’invisibles fils de partout te relient
A l’inconnu qui t’embrasse et t’élargit.
C’est par l’immense fleuve des racines,
Cette nappe souterraine où s’abreuvent nos sources,
Par cette grande communion invisible
Qui parfois nous fait signe,
Que nous sommes reliés les uns aux autres,
Ou plutôt que nous sommes « à l’intérieur les uns des autres » …

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Levain de ma joie
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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Rien ne ressemble à ton odeur (Julien Delmaire)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2018




    
Rien ne ressemble à ton odeur
Ni le pain chaud de l’espérance
Ta langue consumée de saveur
Sur les lèvres de mon errance
Le couteau nu dans la blessure
Le désir au point de brisure
Le silence qui s’enfuit

Ton odeur, c’est la pluie…

(Julien Delmaire)

 

Recueil: Turbulences
Traduction:
Editions: Le temps des cerises

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NOSTALGIE BIENHEUREUSE (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018



 

Igor Morski 1960 -  @ [1280x768]

NOSTALGIE BIENHEUREUSE

Ne le dites à personne, sinon aux sages
Car la foule se moque tout de suite :
Je veux célébrer le Vivant
Qui aspire à la mort par la flamme.

Dans la fraîche sérénité des nuits d’amour
Qui t’engendra, où tu engendras,
Te gagne une étrange contagion
Quand brille la bougie silencieuse.

Tu ne restes plus prisonnier
Dans l’ombre des ténèbres,
Et un désir neuf t’arrache
Vers une plus haute union.

Nulle distance ne peut te décourager,
Tu arrives en volant, fasciné,
Et enfin, amoureux de la lumière,
Tu es, papillon, consumé.

Et tant que tu ne détiens pas
Ce : Meurs et deviens !
Tu n’es qu’un hôte obscur
Sur cette terre ténébreuse.

***

SELIGE SEHNSUCHT

Sagt es niemand, nur den Weisen
Weil die Menge gleich verhöhnet :
Das Leben’ge will ich preisen,
Das nach Flammentod sich sehnet.

In der Liebesnächte Külhung,
Die dich zeugte, wo du zeugstest,
Ueberfällt dich fremde Fühlung,
Wenn die stille Kerze leuchtet.

Nicht mehr bleibest du umfangen,
In der Finsternis Beschattung,
Und dich reisset neu Verlangen
Auf zu höherer Begattung.

Keine Ferne macht dich schwierig,
Kommst geflogen und gebannt,
Und zuletzt, des Lichts begierig,
Bist du, Schmetterling, verbrannt.

Und so lang’ du das nicht hast,
Dieses : Stirb und werde !
Bist du nur ein trüber Gast
Auf der dunklen Erde.

(Goethe)

Illustration: Igor Morski

 

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Il y a bien longtemps que te connaît la terre (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018



Il y a bien longtemps que te connaît la terre :
comme le pain, comme le bois, tu es compacte,
tu es corps, tu es grappe assurée de substance,
tu as poids d’acacia et de légume d’or.

Tu existes, c’est sûr, puisque tes yeux d’essor
éclairent le réel comme fenêtre ouverte,
puisque aussi tu es faite et cuite dans la boue
à Chillan, dans un four de brique stupéfaite.

Les êtres s’épandant comme l’air, l’eau, le froid,
sont vagues, effacés par le contact du temps,
avant que de mourir ils semblent broyés fin.

Nous deux nous tomberons comme pierre au tombeau.
Ainsi par notre amour qui ne fut consumé
avec nous deux vivra, vivra toujours la terre.

***

Desde hace mucho tiempo la tierra te conoce
eres compacta como el pan ola madera,
eres cuerpo, racimo de segura substancia,
tienes peso de acacia, de legumbre dorada.

Sé que existes no sólo porque tus ojos vuelan
y dan luz a las cosas como ventana abierta,
sino porque de barro te hicieron y cocieron
en Chillán, en un horno de adobe estupefacto.

Los seres se derraman como aire o agua o frío
y vagos son, se borran al contacto del tiempo,
corno si antes de muertos fueran desmenuzados.

Tú caerás conmigo como piedra en la tumba
y así por nuestro amor que no fue consumido
continuará viviendo con nosotros la tierra.

(Pablo Neruda)

 

 

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AH, TOURNESOL (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2018




AH, TOURNESOL

Ah, tournesol, lassé du temps,
Qui du soleil comptes les pas,
Tâchant d’atteindre au doux pays doré
Où le trajet du voyageur prend fin ;

Où le jouvenceau de désir consumé
Et la pâle vierge au linceul de neige
Se lèvent de leurs tombeaux et aspirent
À ce lieu où mon tournesol souhaite aller.

***

AH, SUNFLOWER

Ah, sunflower, weary of time,
Who countest the steps of the sun,
Seeking after that sweet golden clime
Where the traveller’s journey is done;

Where the youth pined away with desire
And the pale virgin shrouded in snow
Arise from their graves and aspire
Where my sunflower wishes to go.

(William Blake)

Illustration

 

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Ma Nature est le Feu (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2018



MA NATURE EST LE FEU
est-ce vrai est-ce bien vrai
La chose est consumée
Tes yeux à l’intérieur sont retournés
Une seconde vue vers le ciel les habite.

(Pierre Jean Jouve)


Illustration: Xana

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LA SOLITUDE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
LA SOLITUDE

Avec une feuille tombée
Avec le trop-plein d’un seau

Avec cette lampe aux œufs d’or
Sur la desserte de la neige
Quand il a bien fait froid dehors

Avec une route où s’avance
Un cheval qui n’est pas d’ici
Avec l’enfant glacé tout seul
Dans un autocar de rêve

Avec des villes consumées
Dans le désert de ma mémoire
Un ciel d’épines et de craie
Où le soleil ne vient plus boire

Avec l’idiot désemparé
Devant ses mains qui le prolongent
Et dont le cœur comme une oronge
Suscite un désir de forêt

Avec toi qui me dissimules
Sous les tentures de ta chair
Je recommence le monde.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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AH ! TOURNESOL (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2017



Illustration: Victor Wang
    
AH ! TOURNESOL

Ah ! Tournesol, épuisé par le temps,
Toi qui comptes les étapes du soleil,
À la recherche du doux pays d’or
Où s’achève la course du voyageur,

Où le jeune homme oonsumé de désir
Et la pâle Vierge ensevelie sous la neige
Se lèvent de leur tombe et désirent
Le lieu où mon tournesol souhaite aller.

***

AH! SUN-FLOWER

Ah Sun-flower! weary of time,
Who countest the steps of the Sun,
Seeking after that sweet golden clime
Where the traveller’s journey is done:

Where the Youth pined away with desire,
And the pale Virgin shrouded in snow,
Arise from their graves and aspire
Where my Sun-flower wishes to go.

(William Blake)

 

Recueil: Chants d’Innocence et d’Expérience
Traduction: Marie-Louise et Philippe Soupault
Editions: Quai Voltaire

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INVOCATION (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017



Illustration: Rafal Olbinski
    
INVOCATION

le ciel s’éteint
les yeux s’éclairent

ne nous pardonne rien

comme le couteau
de l’arc-en-ciel
qui tranche
le grand froid de la nuit

quand la mort
n’en finit pas
de chasser la vie

ne pardonne rien
aux hommes consumés
d’aube et de crépuscule

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

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Je suis une bougie (Arseni Tarkovski)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2017



Illustration: Vladimir Kush
    
Je suis une bougie, je me suis consumée tout au long du festin.
Recueillez ma cire au matin,
Et cette page vous dira tout bas
Comment pleurer, de quoi être fier,
Comment offrir
Sa dernière part de gaieté avant de mourir, facilement,
Et sous l’entrée d’un toit de hasard,
Brûler après la mort, tel un mot.

***

Я свеча, я сгорел на пиру.
Соберите мой воск поутру,
И подскажет вам эта страница,
Как вам плакать и чем вам гордиться,
Как веселья последнюю треть
Раздарить и легко умереть,
И под сенью случайного крова
Загореться посмертно, как слово.

***

I am a candle. I burned at the feast.
Gather my wax when morning arrives
so that this page will remind you
how to be proud, and how to weep,
how to give away the last third
of happiness, and to die with ease—
and beneath a temporary roof
to burn posthumously, like a word.

(Arseni Tarkovski)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Traduction: Aurélien Lécina
Editions: Revue Conférence n° 10-11 (2000)

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