Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘contact’

La nudité, l’appel, le corps qui cherche (Miriam Silesu)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2019



Illustration: Lucie Llong   
    
La nudité, l’appel,
le corps qui cherche son unité à travers d’autres corps,
sa présence.

Le désir dans le crâne percé,
le sang qui cherche furieusement
à se brancher sur le nerf magique d’un destin
qui lui donnerait l’immortalité d’un sens.

Un baiser referme le monde dans sa nuit.
Un baiser plus profond que la tombe,
et le corps aimé n’est plus corps,
mais oubli, éternité.

Les corps s’aiment
parce qu’ils sont perdus,
pour se retrouver.

Nous avons tous un coeur
proche de se déchirer et prendre feu.
Un corps désiré ranime le goût blessé du vide…

Tomber dans un cri inconnu à travers le corps
qu’on sent à tel point qu’on ne le sent plus.

Le désir cherche à toucher,
mais le contact attendu
est celui de l’essence de la présence.

Aimer voudrait n’avoir pas de corps
pour aller au plus près.

(Miriam Silesu)

 

Recueil: Cinéraire
Traduction:
Editions: Lettres vives

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

UN IMMENSE DÉSESPOIR (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2019



 

Edvard Munch - Melancholía,   00

UN IMMENSE DÉSESPOIR

Un immense désespoir
Noir
M’atteint
Désormais, je ne pourrais
M’égayer au rose et frais
Matin.

Et je tombe dans un trou
Fou,
Pourquoi
Tout ce que j’ai fait d’efforts
Dans l’Idéal m’a mis hors
La Loi ?

Satan, lorsque tu tombas
Bas,
Au moins
Tu payais tes voeux cruels,
Ton crime avait d’immortels
Témoins.

Moi, je n’ai jamais troublé,
Blé,
L’espoir
Que tu donnes aux semeurs
Cependant, puni, je meurs
Ce soir.

J’ai fait à quelque animal
Mal
Avec
Une badine en chemin,
Il se vengera demain
Du bec.

Il me crèvera les yeux
Mieux
Que vous
Avec l’épingle à chapeau
Femmes, au contact de peau
Si doux.

(Charles Cros)

Illustration: Edvard Munch

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Jamais plus (Yona Wallach)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018




    
Jamais plus je n’entendrai la voix douce de Dieu
jamais plus ne passera sa voix sous ma fenêtre
de grosses gouttes descendront dans l’espace signe
Dieu ne vient plus à ma fenêtre
Comment pourrai-je encore voir son corps doux
Plonger dans ses yeux, je ne descendrai plus cueillir
des regards fileront dans la création comme du vent
comment me rappeler cette beauté sans pleurer
des jours passeront dans ma vie comme des frémissements dans le corps
près de débris de souvenirs de contact brisés plus encore que les pleurs
fascine l’air la forme de son geste se mouvant
jamais plus le son des regrets ne passera le seuil
lorsque l’homme revivra tels ses morts dans les souvenirs, tel l’être
si seulement se tenait son doux regard près de mon lit et que je pleure.

(Yona Wallach)

 

Recueil: Anthologie de la poésie en hébreu moderne
Traduction: Ch. Wardi
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ritou (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018




    
Ritou, ta tête est belle sous des cheveux
où le soleil est pris comme dans un filet
et le soir les lampes s’allument plus douces
au contact de tes boucles et de ton regard.

Sûre de toi, tu tends les mains à la pluie
et tu t’étonnes de ne pouvoir la retenir.
Les mots sont dans ta bouche comme les pousses
qui trouent la terre dans la fraîcheur du matin.

Les herbes font contre ton visage
leurs bonnes caresses de bêtes
et toutes les fleurs te fêtent
comme si le monde venait de naître avec toi.

Quand tu entres dans la mer,
tu ris de n’avoir plus de jambes
et l’eau que tu fais jaillir
retombe sur toi comme un feuillage.

Les papillons te poursuivent
pour se poser sur tes yeux
et la rosée est pour tes joues
ton premier baiser d’amour.
dont il ne connaît que les bords
et où il se cogne jusque dans ses rêves.

Enchaîné à ses pas, il reste sur place
malgré l’appel amical du couchant
et son désespoir est si grand
qu’il ne peut, même en pleurant, perdre la face.

Il n’a plus que la ressource
de ramener les limites de l’horizon
à celles de son lit où, plomb,
il descend au fond de la plus noire des sources.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Parfois entre l’ombre et l’ombre (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018



Parfois entre l’ombre et l’ombre
nous comprenons quelque chose
Et c’est comme si au plus intime de nous un geste nuptial
s’accomplissait telle une ombre encore
mais verticale Et alors respirer
n’est plus que sillonner l’oubli et la paix initiale
comme si l’autre en nous était le même
Et sans images nous entrons au contact
du vide brûlant
qui englobe tous les contraires dans une affirmation silencieuse
et consume à l’intérieur de nous l’obscurité magique
où être revient à ne pas être et ne pas être à être

(António Ramos Rosa)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Dissocié de moi-même (Jean Tortel)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018



Dissocié de moi-même,
dépossédé de toute forme dès que l’inexprimable m’envahit,
je n’ai plus de nom et rien ne me concerne plus,
pas même une Mort qui ne peut être appréhendée
que dans une absence totale de contact

(Jean Tortel)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Natures immatérielles (Emmanuel Kant)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018



Je suis fortement enclin à affirmer l’existence en ce monde de natures immatérielles,
et à placer mon âme dans cet classe d’êtres.
On prouvera un jour, je ne sais où et quand,
que même en cette vie l’âme humaine se tient en indissoluble contact
avec toutes les natures immatérielles de ce monde de l’esprit,
que réciproquement elle agit sur elles et en reçoit des impressions.

(Emmanuel Kant)

 

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La topaze (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018



Quand tu la touches, la topaze
te touche aussi :
et le doux feu s’éveille
comme s’éveillerait
le vin dans le grain de raisin.
Même avant sa naissance, le vin clair
dans une pierre
cherche à circuler, i1 demande à parler,
il livre son aliment mystérieux,
ii prend et rend le baiser de la peau de l’homme :
et le contact serein
de la pierre et de l’être humain
allume une brève corolle
qui redevient bientôt ce qu’elle était:
chair et pierre : entités à jamais ennemies.

(Pablo Neruda)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je vous parle des murs (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018



 

Je vous parle des murs

Si tu parles aux murs, fais attention, je te préviens fais attention.
Les murs sont comme ces plantes bizarres qui semblent fermées et quiètes.
Mais ce n’est pas vrai.
Un moment ou l’autre, elles s’ouvrent subrepticement — c’est toujours au contact d’une proie ingénue —
et elles se referment vous ayant happé irrémédiablement, et assimilé.
Et vous êtes encore là à les regarder comme si rien ne s’était passé.
Je vous en parle — des murs — et vous mets en garde, parce que j’en sais beaucoup sur leur comportement,
moi qui suis ennemi déclaré des murs, et qui leur tiens des discours offensants,
leur faisant entendre qu’ils ne sont pas de la race des portes et des fenêtres qui ont deux richesses :
le dedans et le dehors.

Les murs m’ont inoculé l’obsession du dehors.

(Guy Lévis Mano)

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 6 Comments »

Tes mains (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018




Tes mains

Lorsque tes mains s’envolent,
mon amour, vers les miennes,
que m’apporte leur vol ?
Pourquoi s’être arrêtées
brusquement sur ma bouche,
se faisant familières
comme si lors, avant,
je les avais touchées,
comme si avant d’être
elles avaient couru
sur mon front, sur ma taille ?

Leur douceur s’avançait
en volant sur le temps,
sur la mer, la fumée,
sur le printemps aussi,
et quand tu as posé
tes mains sur ma poitrine,
j’ai reconnu ces ailes
de colombe dorée
reconnu cette argile,
cette couleur de blé.

J’ai passé mes années
à marcher, les quêtant.
J’ai franchi les récifs,
gravi les escaliers,
les trains m’ont emmené,
les eaux m’ont ramené,
dans la peau du raisin
je croyais te palper.
Le bois m’a apporté
un beau jour ton contact,
l’amande m’annonçait
ta secrète douceur,
lorsque sur ma poitrine
tes mains se sont fermées
et là comme deux ailes
ont fini leur voyage.

(Pablo Neruda)

Illustration: Partarrieu

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :