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Poésie

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La topaze (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018



Quand tu la touches, la topaze
te touche aussi :
et le doux feu s’éveille
comme s’éveillerait
le vin dans le grain de raisin.
Même avant sa naissance, le vin clair
dans une pierre
cherche à circuler, i1 demande à parler,
il livre son aliment mystérieux,
ii prend et rend le baiser de la peau de l’homme :
et le contact serein
de la pierre et de l’être humain
allume une brève corolle
qui redevient bientôt ce qu’elle était:
chair et pierre : entités à jamais ennemies.

(Pablo Neruda)


Illustration

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Je vous parle des murs (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018



 

Je vous parle des murs

Si tu parles aux murs, fais attention, je te préviens fais attention.
Les murs sont comme ces plantes bizarres qui semblent fermées et quiètes.
Mais ce n’est pas vrai.
Un moment ou l’autre, elles s’ouvrent subrepticement — c’est toujours au contact d’une proie ingénue —
et elles se referment vous ayant happé irrémédiablement, et assimilé.
Et vous êtes encore là à les regarder comme si rien ne s’était passé.
Je vous en parle — des murs — et vous mets en garde, parce que j’en sais beaucoup sur leur comportement,
moi qui suis ennemi déclaré des murs, et qui leur tiens des discours offensants,
leur faisant entendre qu’ils ne sont pas de la race des portes et des fenêtres qui ont deux richesses :
le dedans et le dehors.

Les murs m’ont inoculé l’obsession du dehors.

(Guy Lévis Mano)

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Tes mains (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018




Tes mains

Lorsque tes mains s’envolent,
mon amour, vers les miennes,
que m’apporte leur vol ?
Pourquoi s’être arrêtées
brusquement sur ma bouche,
se faisant familières
comme si lors, avant,
je les avais touchées,
comme si avant d’être
elles avaient couru
sur mon front, sur ma taille ?

Leur douceur s’avançait
en volant sur le temps,
sur la mer, la fumée,
sur le printemps aussi,
et quand tu as posé
tes mains sur ma poitrine,
j’ai reconnu ces ailes
de colombe dorée
reconnu cette argile,
cette couleur de blé.

J’ai passé mes années
à marcher, les quêtant.
J’ai franchi les récifs,
gravi les escaliers,
les trains m’ont emmené,
les eaux m’ont ramené,
dans la peau du raisin
je croyais te palper.
Le bois m’a apporté
un beau jour ton contact,
l’amande m’annonçait
ta secrète douceur,
lorsque sur ma poitrine
tes mains se sont fermées
et là comme deux ailes
ont fini leur voyage.

(Pablo Neruda)

Illustration: Partarrieu

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Il y a bien longtemps que te connaît la terre (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018



Il y a bien longtemps que te connaît la terre :
comme le pain, comme le bois, tu es compacte,
tu es corps, tu es grappe assurée de substance,
tu as poids d’acacia et de légume d’or.

Tu existes, c’est sûr, puisque tes yeux d’essor
éclairent le réel comme fenêtre ouverte,
puisque aussi tu es faite et cuite dans la boue
à Chillan, dans un four de brique stupéfaite.

Les êtres s’épandant comme l’air, l’eau, le froid,
sont vagues, effacés par le contact du temps,
avant que de mourir ils semblent broyés fin.

Nous deux nous tomberons comme pierre au tombeau.
Ainsi par notre amour qui ne fut consumé
avec nous deux vivra, vivra toujours la terre.

***

Desde hace mucho tiempo la tierra te conoce
eres compacta como el pan ola madera,
eres cuerpo, racimo de segura substancia,
tienes peso de acacia, de legumbre dorada.

Sé que existes no sólo porque tus ojos vuelan
y dan luz a las cosas como ventana abierta,
sino porque de barro te hicieron y cocieron
en Chillán, en un horno de adobe estupefacto.

Los seres se derraman como aire o agua o frío
y vagos son, se borran al contacto del tiempo,
corno si antes de muertos fueran desmenuzados.

Tú caerás conmigo como piedra en la tumba
y así por nuestro amor que no fue consumido
continuará viviendo con nosotros la tierra.

(Pablo Neruda)

 

 

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«Rien n’est » (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018



«Rien n’est », c’est le mot de passe
de l’esprit étouffé par la matière,
mâchant tout ce qui passe à sa portée.

Toujours plus d’engloutissement,
d’avidité. Elle ramène chacun
au même instant du rien.

La seule issue est l’obscure prière,
l’obscure et muette prière,
filtrant d’une Source ignorée.

Flamme infinie, dont la mèche
s’enracine dans la nuit
de l’esprit, qui sans elle se dessèche

au contact de l’être absent.

(Jean Mambrino)


Illustration

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LE PASSAGE AVIDE (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018



LE PASSAGE AVIDE

Là-haut la colline
est fraîcheur.

Non par la brise
par le contact
du ciel.

Mais au fond
de la vallée
s’enfouit le soleil.

Dans l’ombre
qui est l’ardeur
de la vie.

Corps et coeurs brûlants
des amants
des mourants.

Là-haut le vide
est frais
la lumière surprise.

Entre les deux l’éveil
l’énergie.

(Jean Mambrino)


Illustration

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Du mystère qui gît dans la terre et la mer (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2018



Du mystère qui gît dans la terre et la mer
Et qui plane à travers les espaces des airs.
La caresse des voix, le contact des regards,
Les doigts entremêlés dans un tremblant échange,
La chaleur de deux corps qui se font un rempart,
Qui montent l’un vers l’autre hors des tombes de fange,
Qui s’enlacent, cherchant parmi leur nudité
En deux êtres fondus l’impossible unité,
Voilà tout ce qui reste aux tristes voyageurs,
Au couple que n’a pas rompu l’ange vengeur.

(Marie-Jeanne Durry)

 

 

 

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J’avais cessé de nommer (Roger Munier)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2018



Illustration: Vincent Van Gogh
    
J’avais cessé de nommer.
J’étais le lieu seulement comme d’une avancée végétale.

La proie d’un moutonnement vert, argenté sur ses crêtes par les jeunes feuilles,
et qui venait à moi, en marche vers moi.

Il n’y avait colline ni pente ni prairie ni bocage.
Une masse fluide coulait vers moi, m’immergeant lentement.

La fine pluie qui se déplaçait en nuages bas, de l’est,
en abolissant tout recul de quelque importance, en noyant les confins, même proches,
rendait d’autant plus immédiat et instant ce qui m’entourait.

La tiédeur humide de l’air accusait encore la continuité, le continu, mettait tout en contact.
Une lumière irréelle, opaline et dorée, baignait, c’est bien le mot, toutes choses.

Je fus un temps sous l’effet de cette instance en marche, sans nommer, ni presque percevoir.
En proie seulement. Envahi. Bienheureux. Délivré.
N’étant pas plus, mais cela.
Et de la sorte venant moi-même à moi comme du dehors, me rejoignant peu à peu.

Quand ce fut fini, quand j’eus en quelque sorte regagné mes limites, mes fonds,
quand de nouveau je me reconnus, je reconnus aussi ce qui était venu… et qui s’était évanoui.

(Roger Munier)

 

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Les acteurs (Jim Morrison)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



Dimo Kolibarov (8) [1280x768]

Les acteurs doivent nous faire croire
à leur réalité
Nos amis ne doivent pas
nous donner l’impression que nous jouons la comédie

Les voici, pourtant, dans la lenteur
du Temps

Mes mots fous
glissent en fusion
et risquent de perdre
contact avec le sol

Alors étranger, deviens
plus fou encore

Explore les Hautes Terres

(Jim Morrison)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Dimo Kolibarov

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Allongé sur le lit (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018


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Allongé sur le lit le soleil me fait grâce
Je garde encore la tendresse de la nuit

Le contact sans fin de la nuit
Dans les îles chaudes du cœur

(Paul Eluard)

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