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Posts Tagged ‘contempler’

ORAISON (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2019




    
ORAISON
Dhyâna

Hier je suis revenu sans vous dire mot.

J’ai mis fin pour toujours
au duel entre espoir et désolation,
aux griefs accablants des envies excédées.

Au sombre ciel d’absence il fait soir.
Je vous contemple
vous tiens dans l’infini
dans l’absolu.

Le cours du monde n’est plus,
ni soleil ni lune
ni astre ni planète aucune ;
l’air se tient coi, nul tracé d’arbres
à l’horizon ne se dessine.

Point de gens ni de chuchotements,
le bruit des pas du temps aboli
arrêté l’instant inachevé
dont je ne compte pas les fragments.

N’est plus ni jour ni obscurité —
ni moi ni attache vous liant à moi.
Il n’y a ni plaisir ni peine ni crainte,
tout désir se trouve éteint —
une quiétude se sent
dans le silence du ciel.

Tout est en vous recueilli,
en vous solitaire —
dans mon esprit sans moi ne se profile
que l’intime vision de vous.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’écrin vert
Traduction: Saraju Gita Banerjee
Editions: Gallimard

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Parmi les désastres du monde (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2019



Illustration: Vladimir Kush
    
Parmi les désastres du monde

J’ai hissé
Mon fardeau ratatiné
Du matin
Jusqu’au soir

Et puis j’ai contemplé
Sa culbute
Dans les fossés de la nuit

Sisyphe heureuse

Jusqu’à demain

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Tu es de ceux qui montent sur les bateaux (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2019



 

Ernesto Arrisueño  clouds Zephyrus travels

Tu es de ceux qui montent sur les bateaux
et déploient d’immenses voiles
La marine en bois — tu te soûles de mots —
et quand à l’horizon la pointe du mât s’efface
tu es encore sur le quai à la contempler

Trouble trouble
l’aventure assise
et les camelots de ton effort endormis
et toute une grisaille dans ton cerveau
qui s’effrite

Et des voiles claires que tu aimes
et qui ne te recommencent pas

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Ernesto Arrisueño 

 

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Méditation (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2019



Illustration
    
Méditation

A chaque instant, toute ma pensée
Te célèbre,
Dans la solitude par-delà le monde,
Je Te fais fête,
Tu es là, m’ayant dépouillé de
ma vie, de ma mort.

Je ne trouve guère Tes rives
De même que je ne trouve rien de pareil
À cet amour que je porte en moi-même.
Tel le soleil parvenu au zénith,
Tout l’élan de mon coeur
Semblable à un oeil figé pour un instant
S’arrête en contemplation.

Regard insondable, immense, sans passions,
Ne connaît nulle limite :
Tu es pareil au ciel généreux,
Je ressemble à cet océan sans borne,
Où vient déferler parmi nous deux
La pleine lune béatifique.

De jour, de nuit, Tu es pacifique,
Tandis que je suis agité sans cesse,
Inassouvi, vagabond :
Plus je contemple, à chaque horizon,
Toi et moi, ne faisons qu’un.

***

Meditation

Ceaselessly with all my heart
I remember You,
In the solitude beyond the world
I accost You,
Having robbed me of my life and death
You are there.

I find you shoreless,
My love, too, is matchless
That I carry within myself.
My whole heart
Like the sun at the peak of rising
Keeps on gazing like an eye
Momentarily dead.

Unfathomable, endless, a vagabond vision
Admits no barrier.
As if you were this generous sky,
As if I were this shoreless ocean,
In the midst of it rejoices the moonbeam of joy.

You are ever serene night and day,
Restless I am relentless,
Agitated, irresistible :
As far as I perceive from ho rizon to horizon,
You and I are one.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt Dièse, Tantôt Bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: Shahitya Prakash

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Flots de félicité (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2019



Illustration: Alwy Fadhel
    
Flots de félicité

Que de flots de félicité traversent le monde,
Jour et nuit, que de nectar d’immortalité déferle par le vaste ciel
Dont s’abreuvent le soleil et la lune à satiété.
La lumière inépuisable persiste, radieuse,
Pénétrant la terre, sans cesse, de vie et de splendeur.
Pourquoi donc passer le temps tel un esprit solitaire,
Envahi par les soucis pour ton moi ?
Elargis ton coeur et contemple l’alentour :
Au mépris des menus malheurs
Remplis le vide de la vie avec de l’amour.

***

Currents of Joy

Floods of felicity pervade the world,
Day and night such nectar of immortality is surging
down the vast sky
For quenching the thirst of the sun and the moon.
Inexhaustible and radiant persists the light,
Ceaselessly suffusing the earth with life and splendour.
Why then waste time in a solitary mood
Haunted by worries for your self ?
Open wide your heart and contemplate all around :
Disdaining trivial mishaps
Fill the vacuum of life with love.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt Dièse, Tantôt Bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: Shahitya Prakash

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Chacun héberge l’Infini en soi-même (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2019



Illustration: Josephine Wall    
    
Chacun héberge l’Infini en soi-même;
dès que vous aimez quelqu’un,
vous êtes entraîné au fond de son Infini,
vous recevez le don de son Infini…

Sous l’effet de l’amour,
l’amant trouve accès à l’Infini à l’intérieur d’une personne,
là même où cette personne cesse d’être finie ;

plus vous faites don de votre cœur, plus vous en recevez ;
plus vous contemplez, plus vous découvrez de nouveautés;
plus vous devenez capable, plus vous pouvez y immerger…

Là où il n’y a pas d’amour, il y a restreinte ;
là précisément se ferment les portes du grand Infini;
il y a là, de tout côté, un sol d’acier, une prison.
Celui qui n’a pas appris à aimer le monde
est une personne enfermée dans un trou noir.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt Dièse, Tantôt Bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: Shahitya Prakash

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Une nuit, errant par la ville (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2019


 


 

yeux vertsl

Une nuit, errant par la ville, il trouva deux yeux verts dans une flaque d’eau.
Il les emporta dans sa maison et jusqu’à l’aube les contempla.
A l’aube les yeux verts avaient disparu.
Les cherchant, il passa devant son miroir.
Son visage le regardait avec des yeux verts.

(Guy Lévis Mano)

Illustration

 

 

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C’est l’angoisse de la séparation (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Illustration:  Jean Zakarauskas
    
C’est l’angoisse de la séparation
qui s’épand par tout le monde
et donne naissance à des formes sans nombre
dans le ciel infini.

C’est ce chagrin de la séparation
qui contemple en silence toute la nuit d’étoile en étoile
et qui éveille une lyre parmi les chuchotantes feuilles
dans la pluvieuse obscurité de juillet.

C’est cette envahissante peine
qui s’épaissit en amours et désirs,
en souffrances et en joies dans les demeures humaines,
et, de mon coeur de poète, c’est toujours elle qui fond et ruisselle en chansons.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’offrande lyrique
Traduction: André Gide
Editions: Gallimard

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Les nuages (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2019




    
Les nuages s’entassent sur les nuages; il fait sombre.
Amour! ah pourquoi me laisses-tu dehors attendre tout seul à la porte?
Dans l’affairement du travail de midi, je suis avec la foule;
mais par ce sombre jour solitaire je n’espère seulement que toi.
Si tu ne me montres point ta face, si tu me laisses complètement de côté,
je ne sais pas comment je traverserai ces longues, ces pluvieuses heures.
Je reste à contempler le large obscurcissement du ciel
et mon coeur plaintif rôde avec le vent sans repos.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’offrande lyrique
Traduction: André Gide
Editions: Gallimard

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L’INCULTE (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2019



Illustration: Kalle Kataila

    

L’INCULTE

Vous qui voulez, méditez les yeux fermés, assis,
Sur la réalité ou l’irréalité de la création,
Pendant ce temps, assis, les yeux grand ouverts,
Je profite du jour pour contempler l’univers.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt dièse tantôt bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: La Différence

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