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Poésie

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HAPPY NEW YEAR (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2020




    
HAPPY NEW YEAR

Écoute, je ne demande pas grand-chose,
seulement ta main, la tenir
comme une rainette qui dort contente ainsi.
J’ai besoin de cette porte que tu m’offrais
pour entrer dans ton monde, ce petit bout
de sucre vert, joyeux de sa rondeur.
Me prêtes-tu ta main cette nuit
de fin d’année et de chouettes enrouées ?
Tu ne le peux pas pour des raisons techniques. Alors
je la tisse avec l’air, ourdissant chaque doigt,
la pêche soyeuse de la paume
et le verso, ce pays d’arbres bleus.
Je la prends ainsi et je la soutiens, comme
si de cela dépendaient
beaucoup des biens du monde,
la suite des quatre saisons,
le chant des coqs, l’amour des hommes.

***

Happy new year

Mira, no pido mucho,
solamente tu mano, tenerla
como un sapito que duerme así contento.
Necesito esa puerta que me dabas
para entrar a tu mundo, ese trocito
de azúcar verde, de redondo alegre.
¿No me prestás tu mano en esta noche
de fìn de año de lechuzas roncas?
No puedes, por razones técnicas.
Entonces la tramo en el aire, urdiendo cada dedo,
el durazno sedoso de la palma
y el dorso, ese país de azules árboles.
Así la tomo y la sostengo,
como si de ello dependiera
muchísimo del mundo,
la sucesión de las cuatro estaciones,
el canto de los gallos, el amor de los hombres.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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OBLIGATION RECTANGULAIRE (Ron Padgett)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2019




    
OBLIGATION RECTANGULAIRE

J’ai un rectangle à remplir. De dessous il a l’air d’un rectangle, mais vu de
côté il est invisible, parce que c’est une idée. Je pince ses côtés et ils
vibrent, mais comme tout le reste. Un concert remonte ta route, et toute
une feuille de rire s’arrache de la surface pour s’envoler comme ce
rectangle le ferait s’il avait de l’énergie. Mais il n’en a pas, jusqu’au moment
où ma tête se change en bois et s’échauffe à l’intérieur. Alors le rectangle
se met à luire et fredonner. Soudain des « bulles d’hilarité » se répandent
dans tout le système, les quatre côtés du rectangle se séparent et dérivent
dans plusieurs directions, tournant sur eux-mêmes et basculant lentement
dans le noir. Je suis bien content d’en être débarrassé.

(Ron Padgett)

 

Recueil: On ne sait jamais
Traduction: Claire Guillot
Editions: Joca Seria

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Un souffle d’air (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019


Un souffle d’air:
Nécessité.

L’avoir nommé:
Il est content.

(Guillevic)

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Il tremblait (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2019



 

Il tremblait devant la lumière
Et tremblait devant les rameaux.

Il n’était pas content des fenêtres
Et se méfiait des oiseaux.

Il n’avait pu
Etre davantage.

Pourtant quand il fut clair
Que la ville flambait
Dans le fracas des bombes,

Il osa tutoyer,
Pour la première fois,
Les choses qu’il touchait
Sur la table et les murs.

(Guillevic)

 

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LE TEMPS L’HORLOGE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2019




    
LE TEMPS L’HORLOGE

L’autre jour j’écoutais le temps
qui passait dans l’horloge.
Chaînes, battants et rouages
il faisait plus de bruit que cent
au clocher du village
et mon âme en était contente.

J’aime mieux le temps s’il se montre
que s’il passe en nous sans bruit
comme un voleur dans la nuit.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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TÉLÉGRAMME (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2019




    
TÉLÉGRAMME

MOI JAMAIS CONTENT RESTER MÊME CHOSE
MOI TOUJOURS PARTIR NOUVEAU
FUIR ENNUI DU TOUJOURS MÊME
TOUJOURS ESPÉRER TROUVER FENÊTRE
AU BOUT TUNNEL APRÈS SUIE ET OMBRE
TOUJOURS VOULOIR BRISER ENTRAVES
OUVRIR PORTE SAUTER MONTER
LA-HAUT-LA OÙ NOIR-NOIR
S’ÉCARTE OÙ BRILLE AURORE
TOUJOURS FRAÎCHEUR TOUJOURS
INCONNU RECONNU.

(De nulle part. An zéro.
Signé : Personne.)

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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AUTOMNE À COGOLIN (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019



Illustration: Michelle Auboiron  
    
AUTOMNE À COGOLIN

Là, le soir qui vient
Ici une fenêtre
Plus près la pluie
Plus loin une lampe
une autre
deux autres
plusieurs.
Est-ce le jour, la nuit ?
Est-ce que je suis toujours — ou jamais ?
Et de si peu que rien
ferai-je quelque chose ?

LÀ-BAS dorment les chênes-lièges
où gîtent depuis cent mille ans
les druides les fées les salamandres
LÀ résonne la fêlure de l’horloge
ici court un passant
trempé par l’averse
mais indifférent content
songeant, se souvenant.
Ma voix que j’entends mal
répète encore ces mots :
ICI LA-BAS
TOUJOURS JAMAIS

Mais qui donc sous ce porche espère ?
L’ombre elle aussi déjà
sous les voûtes s’amasse et sourit.
Qu’est-ce qui m’attire au fond de ce rien,
de cet instant qui s’efface ?

Je n’entends plus
Je suis le silence j’attends.
Gerbe où je suis tombé
arraché déchiré
sur le point de saisir
sur le point de sauver
dans l’ombre de velours
un objet sans valeur et sans prix
vérité attendue inconnue
reconnue
connaissance comblée épuisée

peu de chose pour tout.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ce n’est pas un petit bonheur qu’il me faut (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



Ce n’est pas un petit bonheur qu’il me faut,
J’accompagnerai mon mari chez sa belle
Puis je coucherai mon enfant,
Content, fatigué.

Et de nouveau, dans la chambre glacée
Je prierai la Mère de Dieu…
Dur, dur de vivre recluse,
Plus dur encore d’être gaie.

Si seulement rêvait en moi le rêve de feu :
J’entrerais dans l’église haute,
En pierre blanche, à cinq coupoles,
Par les sentiers dont j’ai mémoire.

(Anna Akhmatova)

 

 

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L’homme et le chien (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2019




L’homme et le chien

Il ne voyait rien, il ne cherchait rien,
Il se contentait d’avoir un grand chien

A qui il parlait, à qui il riait
Comme à un ami qui lui ressemblait.

A deux, ils formaient sûrement quelqu’un,
Quelqu’un de très bon, quelqu’un de très bien

Traversant la vie sans souci aucun,
Simplement content d’être très content,

De ne désirer rien d’autre vraiment
Que d’être ici-bas un homme et un chien.

(Maurice Carême)

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FÊTES DE VILLAGE EN PLEIN AIR (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018



 

Carl Larsson  -« Petit déjeuner dans le parc » [1280x768]

FÊTES DE VILLAGE EN PLEIN AIR

Le bal champêtre est sous la tente.
On prend en vain des airs moqueurs ;
Toute une musique flottante
Passe des oreilles aux coeurs.

On entre, on fait cette débauche
De voir danser en plein midi
Près d’une Madelon point gauche
Un Gros-Pierre point engourdi.

On regarde les marrons frire ;
La bière mousse, et les plateaux
Offrent aux dents pleines de rire
Des mosaïques de gâteaux.

Le soir on va dîner sur l’herbe ;
On est gai, content, berger, roi,
Et, sans savoir comment, superbe,
Et tendre, sans savoir pourquoi.

Feuilles vertes et nappes blanches ;
Le couchant met le bois en feu ;
La joie ouvre ses ailes franches :
Comme le ciel immense est bleu!

(Victor Hugo)

Illustration: Carl Larsson 

 

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