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Poésie

Posts Tagged ‘contenter’

Nous sommes d’une source (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2019



Illustration
    
Nous sommes d’une source
Qu’aucune pluie n’abreuve
Mais qui ne tarit pas

Nous sommes d’un matin
Arraché à la nuit
Par un autre soleil

Nous sommes d’une origine
Sans étoiles certaines

Nous sommes d’un amour
Aussi vaste que le vent
Aussi nu qu’un désert

Nous sommes d’une communion
Dont nous sommes le centre
Et le cercle infini

Nous sommes d’une symphonie
L’instrument et l’archet
Et la main qui relève

Nous sommes d’un silence
Que nul chant nul feuillage
Ne sauraient contenter

Nous sommes d’un chemin
Sans bornes et sans tracé
Que visite l’Ouvert

Nous sommes d’une foi
Sans rives et sans frontière
Aux doutes traversés

Nous sommes d’une forêt
Dont nous sommes l’aubier
La racine et la cime

Nous sommes d’une mélodie
Que chaque chant d’oiseau
Consent à imiter

Nous sommes des moissons
Le couvert et le pain
La table partagée

Nous sommes de ce pays
Qui nous change à mesure
Où l’on n’arrive jamais

Nous sommes de cette voix
Qui murmure notre nom
Dans le souffle d’un été

Nous sommes de ce printemps
Dont les branches nous frôlent
Sans jamais nous toucher

Nous sommes d’une blessure
Dont le feu couve en nous
Élargit nos foyers

Nous sommes d’une parole
Non encore entendue
Toujours à écouter

Nous sommes pour chacun
L’eau du puits et le seau
La margelle où puiser

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Nous sommes d’une source
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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Sans Mots Dire (Virginie Greiner)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2019



Illustration: Olivier G. Boiscommun
    
Sans Mots Dire

Tel un martyr, tu gis dans mes draps, Ies bras en croix.
Toucher, caresser, lécher, sucer…
Tout ce qui peut te contenter serait aisé
Si l’on pouvait oublier que ce péché si décrié
N’existe qu’en vue de te troubler!
Et que c’est juste de l’amour!
Tout court!

(Virginie Greiner)

 

Recueil: EN MÂLES DE NUS
Traduction:
Editions: Attakus

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GAILLARDISE (De La Ronce)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 Illustration: Jean-Antoine Watteau
    
GAILLARDISE

Ni pour baiser ton bel œil
Que tu remplis trop d’orgueil.
Ni pour sucer à mon aise
La fraise de ton téton.
Tout cela, ma Jeannelon,
Ne peut éteindre ma braise.

Ainsi au lieu de l’étouffer
Je la sens plus s’échauffer
Après que je t’ai baisée :
L’haleine qui sort de toi
S’écoule au profond de moi,
Et la rend plus embrasée.

Mais aussi ne veux-tu point
Que je parvienne à ce point
Où chaque amoureux aspire?
Crois que si j’avais cet heur,
J’aurais plus de joie au cœur
Que si j’avais un empire.

Tu dis me vouloir du bien,
Mais pourtant je n’en crois rien;
J’ai beau te crier à l’aide,
Tu me vois bien consumer :
Vraiment ce n’est m’aimer
De ne m’offrir le remède.

C’est bien loin de me l’offrir
De me laisser là souffrir
Sans te chaloir de ma peine.
Que tu as peu d’amitié,
Pour t’émouvoir à pitié !
Toute ma prière est vaine.

Fais-moi, fais-moi ce plaisir
De contenter mon désir.
Et je prierai la déesse
Qui gouverne les amours.
Qu’elle bien-heure toujours
L’ébat de notre jeunesse.

(De La Ronce)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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Après la mélancolie (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



Illustration: Edward Hopper
    
Après la mélancolie sublime du désir,
quelle amère et désolante mélancolie que celle de la satiété !
Quel profond vide inattendu, après tout amour satisfait !
Et quel mépris pour ces lèvres de femme,
qui n’ont cependant commis que la faute adorable
d’avoir, les stupides, contenté nos désirs !

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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MAISON À DEUX GENOUX (Jean-Pierre Faye)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2018



Illustration: Louise Bourgeois
    
MAISON À DEUX GENOUX

j’habite la maison à deux genoux
je hante sa hauteur et profondeur
et je monte âme et corps en tous sens
. mais je voudrais que profondeur soit haute
pour que je poursuive et habite l’air
respiré avec celle que je respire
. elle est demeure mouvante et célébrée
elle s’est ouverte à toute respiration
je la prends comme l’air et comme soif
. elle me donne soi et ce qui est
et pourtant n’est pas ce qui contente

(Jean-Pierre Faye)

 

Recueil: Eclat Rançon
Traduction:
Editions: De la Différence

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SUS ! MON LUT D’UN ACCORD PITOYABLE (Didier Le Blanc)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017



Illustration: Le Caravage
    
SUS ! MON LUT D’UN ACCORD PITOYABLE

Sus, sus, mon Lut, d’un accord pitoyable
Plains la douleur qui me rend miserable:
Plains mon desastre, et d’un ton éclatant
Dy le depart qui me va tourmentant.

Pleurez mes yeux, et d’une longue trace
L’eau de mes pleurs coule dessus ma face,
Et que jamais n’en tarisse le cours,
Qu’en tarissant ma vie et mes amours.

Il ne faut plus que j’aye aucune attente,
De voir jamais chose qui me contente :
Retirez-vous tous mes plaisirs passez,
Et mille ennuis pour garde me laissez.

***

Get up, get up, my Lute, with a pitiful chord
Pity the pain that makes me miserable:
Pity my disaster and, with a loud tone,
Relate the departure that goes on tormenting me.

Weep, my eyes, and with a long trace,
The water of my tears flows down my face,
And may its course never dry up
Except in drying up my life and loves.

I must have no further expectation
Of ever seeing anything that contents me:
Take away all my past pleasures,
And leave me a thousand worries as a guard.

***

Auf, auf, meine Laute, mit einem Akkord so falsch gestimmt
Beklag‘ den Schmerz, der mir den Atem nimmt:
Beklage meine Niederlag’,
Und mit einem Tone hell & klar
Schild’re den Abschied, der martert mich.

Weinet, meine Augen, und in langer Spur
Die Wasser meiner Zähren mein Antlitz netzen.
Und niemals soll das enden,
Nur wenn mein Leben & meine Lieb‘
Sich für immer wenden.

Nie mehr darf ich erwarten
Ein mich erfreuend Ding,
Verzieht euch doch, all mein‘ vergangen‘ Freuden,
Und tausend Ärgernisse mir hier zur Wache lasst!

(Didier Le Blanc)

0:00:00 – Hélas Que Me Faut-il Faire?
0:02:36 – Passepieds De Bretagne
0:05:19 – Que Feray-Je?
0:11:36 – Allons Vielle Imperfaite
0:15:18 – Bien Qu’un Cruel Martire
0:21:51 – Spagnolette
0:25:26 – Sus! Mon Lut D’un Accord Pitoyable
0:28:45 – Les Mariniers Adorent Un Beau Jour
0:33:25 – Quel Secours Faut-Il Que J’Atende
0:38:34 – Tant Et Tant Il M’Ennuye Tant
0:42:24 – Mai Voyez Mon Cher Esmoy
0:46:43 – Fantaisie
0:49:53 – J’Ayme Trop Mieux Souffrir La Mort
0:52:04 – Ô Combien Est Heureuse
0:59:06 – Belle Qui M’Avez Blessé

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Tant que mes yeux pourront larmes épandre (Louise Labé)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Hendrick Terbrugghen - Joueuse de luth [800x600]

Tant que mes yeux pourront larmes épandre
A l’heur passé avec toi regretter,
Et qu’aux sanglots et soupirs résister
Pourra ma voix, et un peu faire entendre ;

Tant que ma main pourra les cordes tendre
Du mignard luth, pour tes grâces chanter ;
Tant que l’esprit se voudra contenter
De ne vouloir rien fors que toi comprendre,

Je ne souhaite encore point mourir.
Mais, quand mes yeux je sentirai tarir,
Ma voix cassée, et ma main impuissante,

Et mon esprit en ce mortel séjour
Ne pouvant plus montrer signe d’amante,
Prierai la mort noircir mon plus clair jour.

(Louise Labé)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Illustration: Hendrick Terbrugghen

 

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LE MEUNIER, SON FILS ET L’ANE (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LE MEUNIER, SON FILS ET L’ANE

L’invention des Arts étant un droit d’aînesse,
Nous devons l’Apologue à l’ancienne Grèce.
Mais ce champ ne se peut tellement moissonner
Que les derniers venus n’y trouvent à glaner.
La feinte est un pays plein de terres désertes.
Tous les jours nos Auteurs y font des découvertes.
Je t’en veux dire un trait assez bien inventé ;
Autrefois à Racan Malherbe l’a conté.
Ces deux rivaux d’Horace, héritiers de sa Lyre,
Disciples d’Apollon, nos Maîtres, pour mieux dire,
Se rencontrant un jour tout seuls et sans témoins
(Comme ils se confiaient leurs pensers et leurs soins),
Racan commence ainsi : Dites-moi, je vous prie,
Vous qui devez savoir les choses de la vie,
Qui par tous ses degrés avez déjà passé,
Et que rien ne doit fuir en cet âge avancé,
A quoi me résoudrai-je ? Il est temps que j’y pense.
Vous connaissez mon bien, mon talent, ma naissance.
Dois-je dans la Province établir mon séjour,
Prendre emploi dans l’Armée, ou bien charge à la Cour ?
Tout au monde est mêlé d’amertume et de charmes.
La guerre a ses douceurs, l’Hymen a ses alarmes.
Si je suivais mon goût, je saurais où buter ;
Mais j’ai les miens, la cour, le peuple à contenter.
Malherbe là-dessus : Contenter tout le monde !
Ecoutez ce récit avant que je réponde.

J’ai lu dans quelque endroit qu’un Meunier et son fils,
L’un vieillard, l’autre enfant, non pas des plus petits,
Mais garçon de quinze ans, si j’ai bonne mémoire,
Allaient vendre leur Ane, un certain jour de foire.
Afin qu’il fût plus frais et de meilleur débit,
On lui lia les pieds, on vous le suspendit ;
Puis cet homme et son fils le portent comme un lustre.
Pauvres gens, idiots, couple ignorant et rustre.
Le premier qui les vit de rire s’éclata.
Quelle farce, dit-il, vont jouer ces gens-là ?
Le plus âne des trois n’est pas celui qu’on pense.
Le Meunier à ces mots connaît son ignorance ;
Il met sur pieds sa bête, et la fait détaler.
L’Ane, qui goûtait fort l’autre façon d’aller,
Se plaint en son patois. Le Meunier n’en a cure.
Il fait monter son fils, il suit, et d’aventure
Passent trois bons Marchands. Cet objet leur déplut.
Le plus vieux au garçon s’écria tant qu’il put :
Oh là ! oh ! descendez, que l’on ne vous le dise,
Jeune homme, qui menez Laquais à barbe grise.
C’était à vous de suivre, au vieillard de monter.
– Messieurs, dit le Meunier, il vous faut contenter.
L’enfant met pied à terre, et puis le vieillard monte,
Quand trois filles passant, l’une dit : C’est grand’honte
Qu’il faille voir ainsi clocher ce jeune fils,
Tandis que ce nigaud, comme un Evêque assis,
Fait le veau sur son Ane, et pense être bien sage.
– Il n’est, dit le Meunier, plus de Veaux à mon âge :
Passez votre chemin, la fille, et m’en croyez.
Après maints quolibets coup sur coup renvoyés,
L’homme crut avoir tort, et mit son fils en croupe.
Au bout de trente pas, une troisième troupe
Trouve encore à gloser. L’un dit : Ces gens sont fous,
Le Baudet n’en peut plus ; il mourra sous leurs coups.
Hé quoi ! charger ainsi cette pauvre bourrique !
N’ont-ils point de pitié de leur vieux domestique ?
Sans doute qu’à la Foire ils vont vendre sa peau.
– Parbleu, dit le Meunier, est bien fou du cerveau
Qui prétend contenter tout le monde et son père.
Essayons toutefois, si par quelque manière
Nous en viendrons à bout. Ils descendent tous deux.
L’Ane, se prélassant, marche seul devant eux.
Un quidam les rencontre, et dit : Est-ce la mode
Que Baudet aille à l’aise, et Meunier s’incommode ?
Qui de l’âne ou du maître est fait pour se lasser ?
Je conseille à ces gens de le faire enchâsser.
Ils usent leurs souliers, et conservent leur Ane.
Nicolas au rebours, car, quand il va voir Jeanne,
Il monte sur sa bête ; et la chanson le dit.
Beau trio de Baudets ! Le Meunier repartit :
Je suis Ane, il est vrai, j’en conviens, je l’avoue ;
Mais que dorénavant on me blâme, on me loue ;
Qu’on dise quelque chose ou qu’on ne dise rien ;
J’en veux faire à ma tête. Il le fit, et fit bien.

Quant à vous, suivez Mars, ou l’Amour, ou le Prince ;
Allez, venez, courez ; demeurez en Province ;
Prenez femme, Abbaye, Emploi, Gouvernement :
Les gens en parleront, n’en doutez nullement.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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Mais j’ai oublié … (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



Alexander Nedzvetskaya  6 [800x600]

Mais j’ai oublié que tes mains ont contenté
la racine, arrosant le buisson et ses roses,
jusqu’à faire fleurir l’empreinte de tes doigts
sur la paix de la nature en sa plénitude.
Comme tes bêtes préférées la houe et l’eau
t’accompagnent, et mordent et lèchent la terre,
et c’est ainsi qu’en travaillant il naît de toi
le frais oeillet fougueux dans sa fécondité.
Je réclame et l’hommage et l’amour des abeilles
pour tes mains confondant leur souche diaphane
dans la terre, s’ouvrant pour féconder mon coeur,
de sorte que je suis une pierre brûlée
qui soudain avec toi chante : elle a reçu
l’eau des forêts, et c’est ta voix qui l’apporta.

***

Pero olvidé que tus manos satisfacían
las raíces, regando rosas enmarañadas,
hasta que florecieron tus huellas digitales
en la plenaria paz de la naturaleza.
El azadón y el agua como animales tuyos
te acompañan, mordiendo y lamiendo la tierra,
y es así como, trabajando, desprendes
fecundidad, fogosa frescura de claveles.
Amor y honor de abejas pido para tus manos
que en la tierra confunden su estirpe transparente,
y hasta en mi corazón abren su agricultura,
de tal modo que soy como piedra quemada
que de pronto, contigo, canta, porque recibe
el agua de los bosques por tu voz conducida.

(Pablo Neruda)

Illustration: Alexander Nedzvetskaya 

 

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LA LANGUE (Jean Baptiste Joseph Willart de Grécourt)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2017




    
 

LA LANGUE

Ce n’est point ta charmante bouche
Ni tes lèvres de corail,
Ni tes dents dont l’émail
Si sensuellement me touche ;

C’est ta langue qui fait si bien
Cela, sans quoi l’Amour n’est rien.

Pour mettre le comble à ma flamme,
Je te quitte des beautés
Dont les cœurs sont enchantés ;

Que faut-il pour me ravir l’âme?

C’est ta langue qui fait si bien
Cela, sans quoi l’Amour n’est rien.

D’où vient qu’avec tant d’efficace
Je te parle sans parler.
Regarde sans regarder,

M’agite sans sortir de place?

C’est ta langue qui fait si bien
Cela, sans quoi l’Amour n’est rien.

Qui seule toute la nuit peut plaire,
Toute la nuit contenter.
Et pour devise porter :

Plus on fait, plus on veut le faire?

C’est ta langue qui fait si bien
Cela, sans quoi l’Amour n’est rien.

Quel est le vrai jeu de Cythère,
Ce jeu si rempli d’appas?
Non, ma Philis, ce n’est pas
Tout ce que pense le vulgaire :

C’est ta langue qui fait si bien
Cela, sans quoi l’Amour n’est rien.

(Jean Baptiste Joseph Willart de Grécourt)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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