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Poésie

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Retour des fleurs (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2022



Retour des fleurs

Tout-à-coup la porte s’ouvrit comme d’elle-même à deux
battants,
et l’on vit paraître la Fée.
Les fleurs tombèrent à ses genoux en versant des larmes,
mais elle les releva avec bonté.

—Entrez, leur dit-elle, pauvres enfants,
venez reprendre auprès de moi la place que vous n’auriez jamais dû quitter.
Pas une qui ne revît avec délice, les lieux où elle était née,
pas une qui ne se rappelât avec une terreur mêlée de honte,
les heures qu’elle avait passées sur la terre.
La Pensée maudissait les hommes qui, à l’envi les uns des autres,
semblaient se faire un plaisir de la repousser.
L’Aubépine frissonnait en pensant au sécateur.
La Tulipe se demandait comment elle avait pu s’habituer aux ennuis du sérail.

L’Églantine tremblait intérieurement, qu’en punition de son escapade,
la Fée ne la forcit à lire les livres qu’elle avait composés
du temps qu’elle figurait parmi les bas-bleus.
Mes filles, [dit la Fée], je pourrais vous faire de la morale, mais je m’en dispense.
Je lis au fond de votre coeur et je vois qu’il vous adresse lui-même une semonce
que toutes les miennes ne vaudraient peut-être pas.
Vous vous contenterez désormais d’être fleurs, j’en suis certaine,
si cependant quelqu’une d’entre vous voulait devenir femme tout-à-fait,
elle n’a qu’à le dire.
Je donne ma parole de Fée que son souhait sera exaucé à l’instant.
Un silence universel accueillit cette proposition.
Maintenant, reprit la Fée, allez vous reposer.
Demain commenceront les fêtes par lesquelles je veux célébrer votre retour.

Les fleurs crièrent: Vive la Fée!
et défilèrent devant elle.
Il y eut un baise-main général.

(J.J. Grandville)

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Tant que mes yeux pourront larmes épandre (Louise Labé)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2022



Hendrick Terbrugghen - Joueuse de luth [800x600]

Tant que mes yeux pourront larmes épandre
A l’heur passé avec toi regretter,
Et qu’aux sanglots et soupirs résister
Pourra ma voix, et un peu faire entendre ;

Tant que ma main pourra les cordes tendre
Du mignard luth, pour tes grâces chanter ;
Tant que l’esprit se voudra contenter
De ne vouloir rien fors que toi comprendre,

Je ne souhaite encore point mourir.
Mais, quand mes yeux je sentirai tarir,
Ma voix cassée, et ma main impuissante,

Et mon esprit en ce mortel séjour
Ne pouvant plus montrer signe d’amante,
Prierai la mort noircir mon plus clair jour.

(Louise Labé)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Illustration: Hendrick Terbrugghen

 

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Si au commerce du monde (Ryôkan)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2021



Illustration: Odilon Redon
    
Si au commerce
du monde il s’en faut beaucoup
que je me refuse,
n’est-ce pas vivre à part moi
qui fait mon contentement ?

(Ryôkan)

***

 

Recueil: Ô pruniers en fleur
Traduction: Alain-Louis Colas
Editions: Folio

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Le piège des cheveux (Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2020



Illustration: Oleg Zhivetin
    
Le piège des cheveux

J’ai pris mon coeur dans tes cheveux,
au filet de ton propre piège.
Tue-moi, d’un clin d’oeil, si tu veux :
pas d’autre sort qui me convienne !
Si tu te trouves en mesure
de contenter notre désir,
Exauce-le, car tu feras
une oeuvre pie pour me servir.
Par ta vie ! O ma douce idole,
je jure que, dans la nuit noire,
Comme un cierge je me consume :
car je voudrais m’anéantir.
Lorsque tu me parles d’amour,
rossignol, je te mets en garde :
La rose n’est qu’une égoïste
qui ne pense qu’à son plaisir.
La fleur n’a pas besoin du musc
du Turkestan ou de la Chine,
Puisqu’elle abrite son parfum
aux plis de son propre manteau.
Ne va donc pas frapper à l’huis
des possédants d’âme mesquine :
Tu as sous ton toit le trésor
de tout le bonheur qu’il te faut.

Hâfez, tu brûles de passion.
Le jeu d’amour est un pari
Tu restes fidèle à toi-même
et bien ancré dans ton parti.

***

(Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

 

Recueil: L’amour, l’amant, l’aimé
Traduction: Vincent-Masour Monteil
Editions: Actes Sud

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Nous sommes d’une source (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2019



Illustration
    
Nous sommes d’une source
Qu’aucune pluie n’abreuve
Mais qui ne tarit pas

Nous sommes d’un matin
Arraché à la nuit
Par un autre soleil

Nous sommes d’une origine
Sans étoiles certaines

Nous sommes d’un amour
Aussi vaste que le vent
Aussi nu qu’un désert

Nous sommes d’une communion
Dont nous sommes le centre
Et le cercle infini

Nous sommes d’une symphonie
L’instrument et l’archet
Et la main qui relève

Nous sommes d’un silence
Que nul chant nul feuillage
Ne sauraient contenter

Nous sommes d’un chemin
Sans bornes et sans tracé
Que visite l’Ouvert

Nous sommes d’une foi
Sans rives et sans frontière
Aux doutes traversés

Nous sommes d’une forêt
Dont nous sommes l’aubier
La racine et la cime

Nous sommes d’une mélodie
Que chaque chant d’oiseau
Consent à imiter

Nous sommes des moissons
Le couvert et le pain
La table partagée

Nous sommes de ce pays
Qui nous change à mesure
Où l’on n’arrive jamais

Nous sommes de cette voix
Qui murmure notre nom
Dans le souffle d’un été

Nous sommes de ce printemps
Dont les branches nous frôlent
Sans jamais nous toucher

Nous sommes d’une blessure
Dont le feu couve en nous
Élargit nos foyers

Nous sommes d’une parole
Non encore entendue
Toujours à écouter

Nous sommes pour chacun
L’eau du puits et le seau
La margelle où puiser

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Nous sommes d’une source
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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Sans Mots Dire (Virginie Greiner)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2019



Illustration: Olivier G. Boiscommun
    
Sans Mots Dire

Tel un martyr, tu gis dans mes draps, Ies bras en croix.
Toucher, caresser, lécher, sucer…
Tout ce qui peut te contenter serait aisé
Si l’on pouvait oublier que ce péché si décrié
N’existe qu’en vue de te troubler!
Et que c’est juste de l’amour!
Tout court!

(Virginie Greiner)

 

Recueil: EN MÂLES DE NUS
Traduction:
Editions: Attakus

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GAILLARDISE (De La Ronce)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 Illustration: Jean-Antoine Watteau
    
GAILLARDISE

Ni pour baiser ton bel œil
Que tu remplis trop d’orgueil.
Ni pour sucer à mon aise
La fraise de ton téton.
Tout cela, ma Jeannelon,
Ne peut éteindre ma braise.

Ainsi au lieu de l’étouffer
Je la sens plus s’échauffer
Après que je t’ai baisée :
L’haleine qui sort de toi
S’écoule au profond de moi,
Et la rend plus embrasée.

Mais aussi ne veux-tu point
Que je parvienne à ce point
Où chaque amoureux aspire?
Crois que si j’avais cet heur,
J’aurais plus de joie au cœur
Que si j’avais un empire.

Tu dis me vouloir du bien,
Mais pourtant je n’en crois rien;
J’ai beau te crier à l’aide,
Tu me vois bien consumer :
Vraiment ce n’est m’aimer
De ne m’offrir le remède.

C’est bien loin de me l’offrir
De me laisser là souffrir
Sans te chaloir de ma peine.
Que tu as peu d’amitié,
Pour t’émouvoir à pitié !
Toute ma prière est vaine.

Fais-moi, fais-moi ce plaisir
De contenter mon désir.
Et je prierai la déesse
Qui gouverne les amours.
Qu’elle bien-heure toujours
L’ébat de notre jeunesse.

(De La Ronce)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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Après la mélancolie (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



Illustration: Edward Hopper
    
Après la mélancolie sublime du désir,
quelle amère et désolante mélancolie que celle de la satiété !
Quel profond vide inattendu, après tout amour satisfait !
Et quel mépris pour ces lèvres de femme,
qui n’ont cependant commis que la faute adorable
d’avoir, les stupides, contenté nos désirs !

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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MAISON À DEUX GENOUX (Jean-Pierre Faye)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2018



Illustration: Louise Bourgeois
    
MAISON À DEUX GENOUX

j’habite la maison à deux genoux
je hante sa hauteur et profondeur
et je monte âme et corps en tous sens
. mais je voudrais que profondeur soit haute
pour que je poursuive et habite l’air
respiré avec celle que je respire
. elle est demeure mouvante et célébrée
elle s’est ouverte à toute respiration
je la prends comme l’air et comme soif
. elle me donne soi et ce qui est
et pourtant n’est pas ce qui contente

(Jean-Pierre Faye)

 

Recueil: Eclat Rançon
Traduction:
Editions: De la Différence

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SUS ! MON LUT D’UN ACCORD PITOYABLE (Didier Le Blanc)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017



Illustration: Le Caravage
    
SUS ! MON LUT D’UN ACCORD PITOYABLE

Sus, sus, mon Lut, d’un accord pitoyable
Plains la douleur qui me rend miserable:
Plains mon desastre, et d’un ton éclatant
Dy le depart qui me va tourmentant.

Pleurez mes yeux, et d’une longue trace
L’eau de mes pleurs coule dessus ma face,
Et que jamais n’en tarisse le cours,
Qu’en tarissant ma vie et mes amours.

Il ne faut plus que j’aye aucune attente,
De voir jamais chose qui me contente :
Retirez-vous tous mes plaisirs passez,
Et mille ennuis pour garde me laissez.

***

Get up, get up, my Lute, with a pitiful chord
Pity the pain that makes me miserable:
Pity my disaster and, with a loud tone,
Relate the departure that goes on tormenting me.

Weep, my eyes, and with a long trace,
The water of my tears flows down my face,
And may its course never dry up
Except in drying up my life and loves.

I must have no further expectation
Of ever seeing anything that contents me:
Take away all my past pleasures,
And leave me a thousand worries as a guard.

***

Auf, auf, meine Laute, mit einem Akkord so falsch gestimmt
Beklag‘ den Schmerz, der mir den Atem nimmt:
Beklage meine Niederlag’,
Und mit einem Tone hell & klar
Schild’re den Abschied, der martert mich.

Weinet, meine Augen, und in langer Spur
Die Wasser meiner Zähren mein Antlitz netzen.
Und niemals soll das enden,
Nur wenn mein Leben & meine Lieb‘
Sich für immer wenden.

Nie mehr darf ich erwarten
Ein mich erfreuend Ding,
Verzieht euch doch, all mein‘ vergangen‘ Freuden,
Und tausend Ärgernisse mir hier zur Wache lasst!

(Didier Le Blanc)

0:00:00 – Hélas Que Me Faut-il Faire?
0:02:36 – Passepieds De Bretagne
0:05:19 – Que Feray-Je?
0:11:36 – Allons Vielle Imperfaite
0:15:18 – Bien Qu’un Cruel Martire
0:21:51 – Spagnolette
0:25:26 – Sus! Mon Lut D’un Accord Pitoyable
0:28:45 – Les Mariniers Adorent Un Beau Jour
0:33:25 – Quel Secours Faut-Il Que J’Atende
0:38:34 – Tant Et Tant Il M’Ennuye Tant
0:42:24 – Mai Voyez Mon Cher Esmoy
0:46:43 – Fantaisie
0:49:53 – J’Ayme Trop Mieux Souffrir La Mort
0:52:04 – Ô Combien Est Heureuse
0:59:06 – Belle Qui M’Avez Blessé

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