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Poésie

Posts Tagged ‘conter’

AUTOMNE (Armand Robin)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2019



Illustration: Maurice de Vlaminck
    
AUTOMNE

Un reflet du couchant grossit en colline,
Œil où le regard est sang.

A l’automne,
La pomme du monde est humide et ronde,
Frétille entre les dents,
Douce peau travaillée de soleil, de pluie, de vent
Puis humide de paix.

Mobiles dans l’ordre de la brume,
Les arbres près du village, roulant comme des bohémiens,
Content de longues histoires de voyage
Où nul ne comprend rien et que l’on craint.

(Armand Robin)

 

Recueil: Ma vie sans moi suivi de Le monde d’une voix
Traduction:
Editions: Gallimard

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AVEU (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2018




    
AVEU

Je vous aime, quoique j’enrage,
que ce soit ridicule et vain.
En outre il faut qu’à vos genoux
j’avoue ma sottise et ma honte.
Avec ma figure ! A mon âge !
Il serait temps de s’assagir.
Mais tous les indices sont clairs :
je suis atteint du mal d’amour.
Loin de vous je m’ennuie,— je bâille —
près de vous la langueur m’est douce
et je n’en peux mais : je dois dire,
cher ange, combien je vous aime.
Quand j’entends, venant du salon,
vos pas, le bas de votre robe
ou votre voix juvénile et candide,
je perds d’un seul coup la raison.
Souriez-vous ? Je suis aux anges.
Vous m’ignorez ? J’ai le coeur lourd.
Tout un jour de peine s’efface
si vous m’offrez votre main pâle.

Quand, absorbée par votre ouvrage,
vous laissez ruisseler vos boucles
indolemment, les yeux baissés,
je m’attendris, ne dis plus mot,
vous contemplant comme un enfant.
Vous conterai-je ma détresse,
ma tristesse, ma jalousie,
quand par tous les temps vous allez
au loin, trop loin, vous promener ?
Ou bien vos larmes solitaires,
les propos à deux dans un coin,
ou les petits voyages en ville
ou les soirées près du piano ?
Aline, ayez pitié de moi !
Je n’ose exiger de l’amour.
Il se peut que, pour mes péchés,
je sois indigne d’être aimé.
Faites semblant ! Votre regard
exprime si bien tant de choses.
Je suis si facile à tromper!
Et voudrais tant l’être par vous !

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Poésies
Traduction: Louis Martinez
Editions: Gallimard

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Nous sommes des contes (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2018




Nous sommes des contes contant des contes,

rien.

(Fernando Pessoa)

Illustration

 

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A DES OISEAUX (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2018



 

An He

A DES OISEAUX

A des oiseaux d’ailleurs à des roses nouvelles
Ma mie allez conter de la lèvre et du doigt
Quelles sont mes chansons et quel est mon patois
Quand je cause de vous au temps qui nous nivelle

Il est temps que vos mains et votre voix révèlent
A des roses d’ailleurs, aux oiseaux de ces bois
Caresses de mes mains et chansons de ma voix
Avant que la rumeur ou le vent ne s’en mêlent

Contez que vous aimez et si cela n’est point
Assez pour que les fleurs se fanent un peu moins
Et pour que les oiseaux viennent sur votre épaule

Dites-leur le secret des âmes qui se frôlent
Et les oiseaux iront dans les jeux du matin
Fêter la rose neuve et l’automne au jardin

(Gilles Vigneault)

Illustration: An He

 

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L’ALGUE (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018



L’ALGUE

A quel rêve lourd s’est-il attelé ? Parti d’une brûlure
pour se rejoindre, il arrive aux portes de la mer.
Il s’arrête. L’opaque et le transparent lui content hier
et demain. Seule l’algue de l’abîme est désormais le nom
de sa soif…

(Jules Tordjman)

Illustration

 

 

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Nous sommes des contes contant des contes, rien (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2018



Lois promulguées, statues contemplées, odes achevées –
Tout connaît son tombeau. Si nous, chairs
Qu’un intime soleil nourrit de sang, avons
Notre couchant, pourquoi pas elles?
Nous sommes des contes contant des contes, rien.

(Fernando Pessoa)

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LIENS (Françoise Coulmin)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



 

    

LIENS

Ces petits bouts de verre poli
ramassés sur les plages
roulés, usés au sable

Tessons d’humanité perdus aux vagues
bouteilles à la mer
messages éclatés

Espoirs possibles
entre déréliction-tendresse
cynisme-attachement

Les enfermer en nœuds précieux
autant de liens
pour les offrir

Un grain pour la folie
un grain pour le tragique
un dernier pour le rire

Afin d’attacher la mémoire
d’enchaîner la beauté
pour contrer l’impossible.

(Françoise Coulmin)

In Pendant qu’il est encore temps, recueil,
Le Temps des Cerises, Fr, 2011.
In Pennilesspress, revue en anglais, GB, 2007.

 

Recueil: FLORILÈGE, 30 ans de poésie : SANS ESPOIR JE CÈDE À L’ESPOIR (SEJCE)
Traduction:
Editions: La feuille de thé

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Du fond du rêve (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2018




    
Du fond du rêve,
comme un poing illuminé
émergeant de la créature solitaire endormie,
surgit la volonté irrésistible
de continuer la narration.

Il ne s’agit pas de conter ceci ou cela,
ni de copier ou de traduire
ou d’enjôler le jour aux abois.
Il s’agit d’une pulsion bien plus forte
et qui ne peut s’interrompre :
poursuivre simplement la narration.

Narration qui n’a pas de début ni de fin,
narration qui n’est pas un genre,
qui nе lie pas une intrigue.
Images qui coulent comme un fleuve,
se prennent et se dessaisissent,
étrange manière de dire et de dédire
en arrière et en avant des choses.

Volonté de poursuivre la narration,
énergie éparse dans l’ici de partout,
qui ne distingue pas les vies des morts
ni l’homme d’autre chose

C’est l’histoire qui s’écoule tout au fond,
l’histoire sans et avec histoire
qui joint dans un bouquet délié
l’arôme de l’être
et le parfum du néant.

Le service demandé à l’homme
n’est que poursuite de la narration
quel que soit l’argument.

Et même sans aucun.

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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Les mots d’amour (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2018



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Les mots d’amour

Les mots d’amour ne meurent pas,
Ils vivent au fond des mémoires
Comme les anciennes histoires
Qu’enfants, on nous contait, tout bas.

Ils sont les souvenirs des heures
Dont les regrets sont les moments ;
Parfois, ils en sont les tourments
Et blessent les âmes meilleures.

Car plus d’une, au jour des aveux,
Prenant pour témoin l’hirondelle,
Jura qu’elle serait fidèle
Et ne ferait qu’une de deux.

Elles ont trahi ! Pauvres âmes,
Leur amour, c’était l’amitié…
Mais les mots d’amour, sans pitié,
Les brûlent ainsi que des flammes !

Car – tristesse ! – ils ne meurent pas,
Ils vivent au fond des mémoires
Comme les anciennes histoires
Qu’enfants, on nous contait, tout bas.

(Albert Lozeau)

 

 

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L’âme close (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2018



 

L’âme close

Nous avons commencé, lorsque nous nous aimions,
Par nous conter sans fin toutes nos actions,
Nos rêves les plus fous et nos moindres pensées ;
Puis, des choses se sont dans le vague effacées…
Sans jamais nous mentir, nous ne disions pas tout,
Nous ne nous contions plus nos désirs jusqu’au bout,
Et la prudente peur vint des choses écrites.
Nous nous sentions tout près, tout près d’être hypocrites.
Puis, nous prîmes parfois un air indifférent,
Comme un masque divers qu’on quitte et qu’on reprend.
Et depuis, sans savoir, comme on se laisse vivre,
Notre âme à peine lue est close comme un livre.

(Albert Lozeau)

 

 

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