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Poésie

Posts Tagged ‘contraint’

Blesser un coeur aimant (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2018


Blesser un coeur aimant et se trouver contraint de garder le silence:
Les tourments ne pourraient être plus acérés qu’invente Rhadamante.

***

Kränken ein liebendes Herz, und schweigen müssen: geschärfter
Können die Qualen nicht sein, die Rhadamanth sich ersinnt.

(Goethe)

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La fille de l’air (Jules Verne)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2018



    

La fille de l’air
A Herminie.

Je suis blonde et charmante,
Ailée et transparente,
Sylphe, follet léger, je suis fille de l’air,
Que puis-je avoir à craindre ?
Une nuit de m’éteindre ?
Qu’importe de mourir comme meurt un éclair !

Je vole sur la nue ;
Aux mortels inconnue,
Je dispute en riant la vitesse aux zéphirs !
Il n’est point de tempête
Qui pende sur ma tête ;
Je plane, et n’entends plus des trop lointains soupirs.

Je vais où va l’aurore ;
On me retrouve encore
Aux mers où tout en feu se plonge le soleil !
Quand son tour le ramène,
Prompte, sans perdre haleine,
je le joins, et c’est moi qu’on salue au réveil.

Qui suis-je ? où suis-je ? où vais-je ?
N’ayant pour tout cortège
Que les oiseaux de l’air, les étoiles aux cieux ?
Je ne sais ; mais tranquille,
Aux pensers indocile,
Je m’envole au zénith, au fronton radieux !

Parfois je suis contrainte ;
Mais c’est la molle étreinte
De l’amour qui me berce en ses vives ardeurs !
J’en connais tous les charmes ;
J’en ignore les larmes,
Et toujours en riant, je vais de fleurs en fleurs

Vive, alerte et folâtre
De l’air pur idolâtre
Je vole avec Iris aux couleurs sans pareil ;
Souvent je me dérobe
Dans les plis de sa robe
Faite d’un clair tissu des rayons du soleil.

Souvent dans mon courage,
Je rencontre au passage
Une âme qui s’envole au céleste séjour ;
Je ne puis, bonne et tendre,
Lorsqu’elle peut m’entendre,
Ne pas lui souhaiter vers moi le gai retour !

Des échos la tristesse
M’apprend que l’allégresse
Ne règne pas toujours aux choses d’ici-bas,
Et que parfois la guerre
Va remuer la terre.
La faim, le froid, la soif ! qu’on ne m’en parle pas !

Si jadis quelque chose
Me venait ; de la rose
C’était le doux parfum que le vent m’apportait !
Je croyais, pauvre folle,
La rose, le symbole
Du bonheur que la terre à mes yeux présentait !

La terre par l’espace
Dans l’ordre qu’elle trace
Traîne trop de malheurs et de peine en son vol ;
Le bruit souvent l’atteste,
Son spectacle est funeste,
Et certes ne vaut pas un détour de mon col !

Pourquoi m’occuper d’elle,
Je suis jeune, et suis belle ;
Mes lèvres sont de rose, et mes yeux sont d’azur :
A mes traits si limpides
L’honneur mettrait des rides ;
La terre ternirait l’éclat de mon ciel pur !

Parfois vive et folette,
Poursuivant la comète,
Dans l’espace inconnu nous prenons notre essor !
A mon front je mesure
Sa blonde chevelure
Qui traîne dans les airs un ardent sillon d’or !

Lorsque je me promène,
Pour qu’elle m’entretienne,
Pourquoi pas de compagne aux mots doux et vermeils ?
Quoi ! n’en aurais-je aucune ?
Ah ! pardon, j’ai la lune,
L’étoile, la planète, et mes mille soleils !

J’ai quelquefois des anges,
Car leurs saintes phalanges,
Je les suis en priant ; plus prompte que l’éclair ;
Sans leur porter envie,
Je préfère ma vie :
Rien n’est si doux aux sens que de nager dans l’air.

Si le sommeil me gagne,
Ma couche m’accompagne,
Couverte d’un manteau brodé de bleus saphirs ;
Dans les flots de lumière,
Je ferme ma paupière,
Laissant flotter ma robe entrouverte aux zéphirs.

(Jules Verne)

 

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Je veux faire des vers (Théophile de Viau)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



    
Je veux faire des vers qui ne soient pas contraints,
Promener mon esprit par de petits desseins,
Chercher des lieux secrets où rien ne me déplaise,
Méditer à loisir, rêver tout à mon aise,
Employer toute une heure à me mirer dans l’eau,
Ouïr comme en songeant la course d’un ruisseau,
Écrire dans les bois, m’interrompre, me taire,
Composer un quatrain, sans songer à le faire.

(Théophile de Viau)

 

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Sur ce rivage (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2016


 


 

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Sur ce rivage où soupirent les dieux,
L’honneur d’aimer nous contraint d’être deux
Mais dans ce corps que cette main rassemble,

Qu’elle divise et qu’elle multiplie,
Quel est ce coeur que nous perdons ensemble
Et qui se cherche où le nôtre s’oublie ?

(Louis Emié)

Illustration: Susan Madsen

 

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Lorsque vous êtes nue et docile au plaisir (Henri de Régnier)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2016



Lorsque vous êtes nue et docile au plaisir
De tout votre long corps qui s’apprête à l’étreinte
Et que votre visage avec ardeur se teinte
Des chaleurs de l’attente et des feux du désir,

J’aime, voluptueuse et tendre, à vous saisir
En mes bras, consentante et cependant contrainte,
Afin d’entendre s’exhaler de vous la plainte
Dont le cri s’alanguit et s’achève en soupir.

Les lourds rideaux tirés rendent sombre la chambre ;
Sur la commode peinte une Nymphe se cambre
Sous le Faune cornu qui pénètre sa chair ;

Et l’Amour, invisible au couple qu’il enflamme,
Compare, double hommage à son autel offert,
Le plaisir de la Nymphe au plaisir de la Femme.

(Henri de Régnier)

Illustration: Alexandre Cabanel

 

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Et pour adieu (Gérard Pfister)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2016




Et pour adieu s’il faut le pauvre don
de ces quelques lumières qu’on a cru entrevoir
cette tendre illusion, cet ultime partage
à notre insu pourtant ne pourrons-nous alors
contraints nous aussi par quelle obscure dictée
écrire qu’une langue à jamais étrangère
comme s’il n’était de mots pour ce témoignage
s’il devait être dit et rester inconnu
révélée sa présence plénière et d’aucun nom rompue
d’aucun sens en nos fibres abîmée — la haute digitale
reste intacte sur le bord du chemin, protégée
par la mort, d’elle seule est scellée cette lettre
de notre commune obscurité, sous la cire de nos visages
la secrète saveur est contenue

(Gérard Pfister)

Illustration

 

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