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Poésie

Posts Tagged ‘contrainte’

La montagnarde (Nirmalâ Putul)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2021




    
La montagnarde

Cette
Montagnarde
Qui, un fagot de branches sèches sur la tête,
Descend de la montagne
Ira bientôt au marché
Et vendant tout son bois
Étouffera le feu des ventres de toute la maisonnée

En plantant des pousses de riz,
L’enfant accroché
Sur le dos dans une couverture,
La montagnarde plante son chagrin grand comme une montagne
Pour
Une récolte qui ondule de joie

En brisant la montagne, elle brise
Les contraintes et les tabous de la montagne

En fabriquant des balais, elle fabrique
Des armes pour combattre la saleté
En accrochant des fleurs dans ses tresses
Elle accroche le coeur de quelqu’un

En courant derrière la vache et les chèvres ses pieds
Créent sur la terre
Des centaines de chants solitaires

(Nirmalâ Putul)

 

Recueil: Pour une poignée de ciel Poèmes au nom des femmes dalit (Intouchable)
Traduction: Traduit du Hindi par Jiliane Cardey
Editions: Bruno Doucey

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Objets (Mireille Gaglio)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2021



Objets

C’était un vieux sac d’écolier
Tout éventré, oublié,
D’où quelques cahiers bâillaient…
Mais c’est mon vieux cartable,
Là, sous la table
Dans le grenier !

C’est en rangeant que je l’ai retrouvé,
Et avec lui une bouffée de mon passé :
La fraîcheur du lever,
La main de Papa sur mon visage,
Disant : »Réveille-toi, il est tard,
Tu vas être en retard ! »
C’est tout mon plus jeune âge…

Comme il a l’air désuet
Ce vieil objet !
Mais que de secrets,
Que de souvenirs écoulés,
Que d’orages !
C’est toute une page…
Des odeurs et des senteurs,
Des bonheurs, des malheurs,
Des joies et des solitudes,
Des contraintes et des habitudes …

Tout est là, dans ce vieux sac abandonné !

(Mireille Gaglio)

Illustration

 

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Amour (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2020




Il est, dans le dur
don et l’offrande
de la vie d’un homme avec
une femme
une chose qui n’est pas contrainte exactement
mais au-delà
et au-dessus de
ça,
quelque chose qui veut s’élever
et se rendre
libre.

(William Carlos Williams)

Illustration: Diane Marineau

 

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AVEC L’HERBE (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2020




    
AVEC L’HERBE
À Berthold Mahn

Ah ! que je vous regarde avec des yeux fervents,
Arbres grandis ici et là sans contrainte,
Mes frères qu’on n’a pas comptés et mis en rangs
Et qui mêlez doucement vos bras et vos têtes !
Que je ne te force pas à tomber avant l’heure,
Petite feuille d’or qui rêves en te berçant ;
Tu naquis pour danser dans l’air et la lumière,
Reste jusqu’à la fin de ta danse et de ton sang !
Ah ! et toi, gazon vif, herbe populeuse, heureux peuple
Que font jouer les vents et l’ombre des nuages ;
Clémence de la terre ! Espérance invincible
Qui renaît de la cendre et qui perce la neige !
Qu’en toi je m’agenouille et que je cache en toi,
Herbe, ma face d’homme qui fait fuir les bêtes !
Que je sois confondu à ta taille ; et ta loi,
Que je la réapprenne et qu’elle me relève !
Brins verts contre ma bouche et que mon souffle fait trembler,
Je vous confie la détresse de l’homme
Et la honte où il est d’avoir encore abandonné
Le soin de son royaume au rebut des âmes.
Herbe que rajeunit et lave chaque aurore,
Je convie en ton cœur les cœurs toujours aimants ;
Je convie en ton cœur ces peuples vieux qui pleurent,
Repliés sous un joug sanglant !

(Charles Vildrac)

 

Recueil: Chants du désespéré (1914-1920) –
Traduction:
Editions: Gallimard

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JUSQU’AU AU BOUT ? (Françoise Coulmin)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2020



Illustration: Marilyne Bertoncini
    
JUSQU’AU AU BOUT ?

Des fils abandonnés
pour d’inextricables desseins
et des urgences ailleurs

Relier communiquer au-delà des abîmes
se libérer des contraintes
pour rallier des absences

Pelotes emmêlées
écheveaux en attente
labyrinthe condamné à l’échec

Et pourtant
ça marche
il semble certain
que même enchevêtré
chaque petit chemin
trouve son but.

(Françoise Coulmin)

 

Recueil: DE QUOI SE SOUVENIR ?
VAGABONDAGES dans BUCAREST À l’occasion du FESTIVAL INTERNATIONAL DE POÉSIE mai 2019
Traduction:
Editions:

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Rien (Edith Södergran)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2019




    
Rien

Te t’inquiète pas, mon enfant, il n’y a rien,
tout est comme tu vois : la forêt, la fumée, la fuite des rails.
Quelque part, là-bas, dans un pays lointain,
il y a un ciel plus bleu et un mur couronné de roses
ou un palmier et un vent plus doux –
et c’est tout.
Il n’y a rien que la neige sur la branche du sapin,
il n’y a rien à baiser de ses lèvres chaudes,
toutes les lèvres deviennent froides, avec le temps.
Mais tu dis, mon enfant, que ton cœur est fort
et que vivre pour rien, c’est pire que mourir.
Que lui voulais-tu à la mort ?
Ne sens-tu pas le dégoût que dégagent ses frusques ?
Rien n’est plus écœurant que de mourir de sa propre main.
Comme ces courts instants où fleurit le désert,
nous devons aimer les longues heures de maladie de la vie
et les années contraintes où se concentre le désir.

(Edith Södergran)

 

Recueil: Le pays qui n’est pas, et Poèmes
Traduction: Carl-Gustaf Bjurström et Lucie Albertini
Editions: De la Différence

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SONNET A MADAME DE M. (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2018



 

Lori Earley_1462

SONNET A MADAME DE M.

Ignorante ou plutôt dédaigneuse des maux
Et des perversités, vous sachant hors d’atteinte.
Vous traversez la vie en aimant sans contrainte,
Donnant de votre charme aux faits les plus normaux.

J’ai comme un souvenir vague, en de vieux émaux
D’un portrait lumineux de reine ou bien de sainte
A la grâce élancée, où je vous trouvais peinte
Mieux que je ne ferais en alignant des mots.

Comme la sainte, vous avez le don de plaire
Sans recherche fiévreuse; aussi votre âme claire
Aux ouragans mondains ne se troublera pas.

Et vous avez encor, comme dans cette image,
Le fin et long aspect des reines moyen âge
Dont un peuple naïf et doux baisait les pas.

(Charles Cros)

Illustration: Lori Earley

 

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Vous (Emmanuelle Le Cam)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018



Illustration
    
Vous.

Et notre
commune
peur.

L’angoisse de soi,
du non-soi, ou du soi
volé.

L’appétit de vivre
sans contraintes autres
que celles de la voile
ou de la plume.

Insolence-liberté en nous,
vouloir si pur.

(Emmanuelle Le Cam)

 

Recueil: Unique demeure
Traduction:
Editions: Le dé bleu

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Maria – Albert Correspondance 1944-1959 (Albert Camus)(Maria Casarès)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2018




    
Si tu m’accueilles tout au fond de toi comme tu vas le faire,
je pourrai enfin être absolument transparente.

*

Je préfère n’importe quelle douleur
à la contrainte de ton coeur.

*

Je vais te dire ce qu’il faut faire:
1ère traite: m’aimer
2ème traite : me prendre dans tes bras
3ème traite: me serrer très fort.
Pour les autres, je te dirai au fur et à mesure à ton retour,
ce qu’il faut faire.

*

Ah! comment peut-on mourir tout à fait après avoir tant aimé.

*

Le bonheur que tu me donnes en existant par le seul fait que tu existes (près ou loin) est grand,
mais je dois l’avouer, un peu vague, un peu abstrait, et l’abstraction n’a jamais comblé une femme, ou du moins moi.
Que veux-tu ? J’ai besoin de ton corps long, de tes bras souples, de ton beau visage,
de ton regard clair qui me bouleverse, de ta voix, de ton sourire, de ton nez, de tes mains,
de tout.

*

Lorsque je pense à toi brun, j’oscille.
Il fait mauvais ici ; je suis encore café au lait, plutôt lait que café,
et je me coiffe avec chignons ou avec une natte derrière, comme les chinois.
Je m’habille le moins possible.
Et surtout je n’existe pas,
j’attends d’exister,
je ne suis que promesse.

*

Ah ! mon amour ! je voudrais être vierge de corps et d’âme pour toi !
Je voudrais connaître une langue jamais usée auparavant, pour te parler !
Je voudrais pouvoir t’exprimer par des mots le sens nouveau que tu m’as fait découvrir en eux !
Je voudrais surtout pouvoir mettre toute mon âme dans mes yeux et te regarder indéfiniment, jusqu’à ma mort !

*

La mer est devant toi.
Regarde comme elle est lourde, dense, riche, forte ;
regarde comme elle vit, effrayante de puissance et d’énergie,
et pense que, par toi, je suis un peu devenue comme elle.
Pense que quand je me sens sûre de ton amour,
je n’envie point la mer d’être si belle je l’aime en soeur.

*

S’il m’est arrivé de me sentir diminuée, misérable, stérile,
c’est uniquement parce que je me suis mise à douter ;
mais toi, m’aimant, toi, près de moi, ma vie est remplie, justifiée.
C’est moi, mon chéri, moi seule, qui doit, pendant ces deux longs mois,
revivifier mes forces pour qu’il ne m’arrive plus jamais de douter.
Toi, tu dois seulement m’aimer, m’aimer beaucoup ;
c’est tout ce qu’il me faut pour me sentir aussi grande,
aussi vaste, aussi peuplée que cet océan, que l’univers ;
c’est tout ce qu’il faut aussi pour que mon visage ait cet air de bonheur que tu aimes.
Notre triomphe, notre victoire est là et pas ailleurs.

*

Tu es confondu à mon coeur, à mon âme, à mon corps.
Dès que je me réveille, tu es là ;
dès que je ris, je pleure, tu es là,
dès que je regarde tu es là.
Oh mon amour.

*

L’ombre même m’est douce
si je te sais en plein soleil.

*

Plus rien ne peut changer de moi à toi,
et je serai toujours là toujours, jusqu’à la fin.
Tu es le seul être au monde qui m’ait appris la vraie douleur et la véritable joie ;
tu es le seul qui ait mis en moi l’angoisse de la mort
et la révolte contre la dernière séparation.
Je n’ai jamais aimé personne comme je t’aime, personne au monde,
et je n’aurais jamais connu le besoin de l’existence
et de la présence de quelqu’un si je ne t’avais pas rencontré.
Tout en toi est joie, plaisir, richesse et amour pour moi,
et je sens mon coeur fondre quand je pense à celui qui tremble un peu,
qui hésite, prie et frissonne au fond de toi, celui que je devine souvent
et qui de temps en temps se laisse aller devant moi.

*

Tu sais, et maintenant tu sais que je sais que tu sais
ce qu’il en est au fond, au fond de moi.
Mais gare ! Ceci n’empêche pas le printemps de fleurir ce qu’il touche,
et mon coeur, mon corps, mon âme de crier après toi,
de souffrir après toi, de courir, de hurler, de rire et de souffrir après toi.

Et il y a quelque chose qui ne peut décidément pas se résigner à ton absence,
c’est mon pauvre petit corps qui s’étire en vain vers toi, qui se tord, qui geint
et qui pleure après toi, mon petit corps triste qui se rabougrit de jour en jour
et qui demande sans cesse à s’épanouir, à se réchauffer, à battre, à frémir.

O mon beau, mon cher amour !
Ô brûlure ! Ô ma douce douleur !
O ma vie !

Me voici remplie de frissons,
d’ondulations mystérieuses,
de sons délicats et secrets.

Tu voulais que ma lettre t’apportât un peu de chaleur !
Elle a éveillé de nouveau, chez moi, toute cette zone obscure et intime
que j’aime tant à sentir naître juste dans mon centre, dans mon milieu,
cette zone vibrante qui m’émeut autant
que la présence d’un enfant dans mon ventre,
ou davantage même, la connaissant mieux.

Elle a touché ce point infime qui est en moi,
mais que toi seul connais et aimes
et j’en tremble tout entière.

*

Heureuse, Oh ! Oui !
Heureuse. Heureuse et débordante de désir et de tendresse.
Je t’attends. Je suis chaque jour dans l’attente de toi.
Je cours je cours sans cesse vers toi.
La côte tire à sa fin, mon chéri.
Bientôt la vue de la mer, et ensuite la plage et les vagues.

Maria

(Albert Camus)(Maria Casarès)

 

Recueil: Correspondance 1944-1959
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’art (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2018



Illustration: Juliette Choukroun
    
L’art

Oui, l’oeuvre sort plus belle
D’une forme au travail
Rebelle,
Vers, marbre, onyx, émail.

Point de contraintes fausses !
Mais que pour marcher droit
Tu chausses,
Muse, un cothurne étroit.

Fi du rhythme commode,
Comme un soulier trop grand,
Du mode
Que tout pied quitte et prend !

Statuaire, repousse
L’argile que pétrit
Le pouce
Quand flotte ailleurs l’esprit :

Lutte avec le carrare,
Avec le paros dur
Et rare,
Gardiens du contour pur ;

Emprunte à Syracuse
Son bronze où fermement
S’accuse
Le trait fier et charmant ;

D’une main délicate
Poursuis dans un filon
D’agate
Le profil d’Apollon.

Peintre, fuis l’aquarelle,
Et fixe la couleur
Trop frêle
Au four de l’émailleur.

Fais les sirènes bleues,
Tordant de cent façons
Leurs queues,
Les monstres des blasons ;

Dans son nimbe trilobe
La Vierge et son Jésus,
Le globe
Avec la croix dessus.

Tout passe. – L’art robuste
Seul a l’éternité.
Le buste
Survit à la cité.

Et la médaille austère
Que trouve un laboureur
Sous terre
Révèle un empereur.

Les dieux eux-mêmes meurent,
Mais les vers souverains
Demeurent
Plus forts que les airains.

Sculpte, lime, cisèle ;
Que ton rêve flottant
Se scelle
Dans le bloc résistant !

(Théophile Gautier)

 

Recueil: Émaux et Camées
Traduction:
Editions: Gallimard

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