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Posts Tagged ‘contrat’

CONTRAT (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



Illustration: Lucas Cranach l’Ancien
    
CONTRAT

Si tu es heureux, je te donnerai une pomme,
si tu es anxieux, je te tordrai le bras,
et si tu permets, j’aimerais te serrer
contre mon coeur à jamais sans te faire mal.

Si je suis heureux, me donneras-tu une pomme ?
Si je suis anxieux, tu peux tordre mon bras.
Et si tu veux, ça me plairait que tu me tiennes
contre ton coeur à jamais sans me faire mal.

C’est une affaire qu’on ne peut faire qu’à deux.
C’est un contrat offert avec un calme désarroi,
n’étant pas sûr qu’amants puissent écarter les démons
avec le don d’une pomme ou la torsion d’un bras.

***

COVENANT

If you are happy, I will give you an apple,
if you are anxious, I will twist your arm,
and if you permit me, I will be glad to hold you
close to my heart forever and do you no harm.

If I am happy, will you give me an apple?
If I am anxious, you may twist my arm.
And if you would like to, I would like you to hold me
close to your heart forever and do me no harm.

This is a bargain, only two can make it.
This is a covenant offered with desperate calm,
it being uncertain that lovers can drive out demons
with the gift of an apple or the twist of an arm.

(Tennessee Williams)

 

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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POÈMES BLEUS (Georges Perros)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2016



 

POÈMES BLEUS

J’allais une fois encore vers cette Bretagne
Qui m’a très jeune fasciné
Qui m’est aimant quand je suis loin
Qui m’est douleur quand de trop près
J’en subis la loi inflexible
De pierres de ciels d’horizons.
Les hommes partout se ressemblent
Les lieux n’y pourront jamais rien
Les lieux ne nous donnent à vivre
Qu’avec parcimonie
Pour renouveler le bail, le contrat qui nous lie
A nos frères, puisqu’il paraît.
Et je quittais mes amis, que j’aime bien
Qu’il m’est difficile d’aimer tous à la fois
Quand par hasard ils se connaissent
Et qu’on se retrouve autour d’une table ;
Je quittais mes amis dont j’ai besoin
Et qui me font souffrir comme un pays,
Comme la Bretagne
Que j’aurai maintenant tant de mal à quitter,
J’ai si peur de mourir ailleurs.

I1 est long à se déclarer, ce pays
On n’en perçoit pas tout de suite
Le tressaillement organique
On le trouve généralement beau
C’est une manière
De s’en débarrasser.
Il faut s’y enfoncer s’y perdre
Comme dans l’amour justement,
En connaître toutes les saisons
Et surtout celle-là où l’homme
Perd un peu de son ombre
Et surtout celle-là l’hiver
Qui rend les choses à leur nom.

Il faut que je te retire de moi, la Bretagne,
Que je t’arrache comme une grosse dent,
Que je me fasse mal, essayant
De m’oublier pour que tu vives
Sans moi, sans moi, qui ne peux plus te suivre
Dès lors que je t’aime au présent,
Que je t’ouvre comme un éventail
Comme un ventre de boeuf
Comme une huître
Et que par la grâce de cette effraction
Un peu de ta vie même
Se jette au vent
Avec tes hommes et tes femmes
Tes colères et tes langueurs,
Avec tes grand-mères, si nombreuses
Qu’on pourrait croire que ce sont elles
Qui naissent ici chaque jour.

(Georges Perros)

 

 

 

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NOTES POUR UN PLURIEL (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2016



NOTES POUR UN PLURIEL

L’aurore sait qu’il faut se vendre.
Là-bas, des fleuves
songeraient à tuer.
L’étoile, par contrat,
s’engage à devenir étoile.
Les choses :
cravate, carafon,
miroir où court la coccinelle,
complotent contre nous.
Les lilas se détestent.
Les neiges trichent.

(Alain Bosquet)

Illustration

 

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