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« J’élève une rose… » (José Saramago)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2022



Illustration: Chantal Dufour
    
« J’élève une rose… »

J’élève une rose, et tout s’illumine
Comme ne le fait la lune, ni ne le peut le soleil :
Serpent de lumière ardente et enroulée
Ou vent de cheveux qui secoue.

J’élève une rose, et je crie vers les oiseaux
Qui ponctuent le ciel de nids et de chants.
Je bats sur le sol l’ordre qui décide
L’union des démons et des saints.

J’élève une rose, un corps et un destin
Contre le froid de la nuit qui se hasarde,
Et de la sève de la nuit et de mon sang
Je construis de la pérennité dans la vie brève.

J’élève une rose, et je laisse, et j’abandonne
Tout ce qui est douloureux de blessures et de frayeurs.
J’élève une rose, oui, et j’écoute la vie
Dans le chant des oiseaux sur mes épaules.

***

«Ergo urna rosa…»

Ergo urna rosa, e tudo se ilumina
Corno a lua não faz nem o sol pode:
Cobra de luz ardente e enroscada
Ou viento de cabelos que sacode.

Ergo urna rosa, e grito a quantas aves
O céu pontuam de ninhos e de cantos,
Bato no chão a ordem que decide
A união dos demos e dos santos.

Ergo urna rosa, um corpo e um destino
Contra o frío da nuite que se atreve,
E da seiva da rosa e do meu sangue
Construo perenidade em vida breve.

Ergo urna rosa, e deixo, e abandono
Quanto me dói de mágoas e assombros.
Ergo urna rosa, sim, e ouço a vida
Neste cantar das aves nos meus ombros.

(José Saramago)

Recueil: Les poèmes possibles
Traduction: Nicole Siganos
Editions: Jacques Brémond

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Dans un pays sans nom (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2022




Illustration
    
Dans un pays sans nom
Vit l’être qui m’attend.
La douleur qui me prend
A un goût de printemps.

Dans un pays sans lieu
Sauf que je veux l’avoir
Vit l’être qui me veut.
Mon ennui l’autorise.

Dans un pays sans voie
Permettant d’y aller
Vit… Ô nuit fleurissant,
Prends-moi contre ton sein!

(Fernando Pessoa)

Recueil: Oeuvres poétiques
Traduction:
Editions: Gallimard

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Courir contre le vent (Bruno Munari)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2022



Illustration: Enzo Arnone
    
courir contre le vent
c’est un tout autre vent

***

a correre contro il vento
si sente un’altro vento

***

the wind in or face
we’ll win the race

(Bruno Munari)

Recueil: Ciccì coccò
Traduction: traduit de l’italien par Annie Pissard Mirabel – Isabel Butter Caleffi anglais
Editions: Maurizio Corraini

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Tout ce que tu diras au juge (Bruno Munari)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2022



Illustration: Enzo Arnone
    
tout ce que tu diras au juge pourra être retenu contre toi

***

tutto quello che dirai аl giudice può essere rivolto contro di te

***

anything you say may be taken down and used as evidence against you

(Bruno Munari)

Recueil: Ciccì coccò
Traduction: traduit de l’italien par Annie Pissard Mirabel – Isabel Butter Caleffi anglais
Editions: Maurizio Corraini

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Nuit venteuse (Santoka)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2021




Illustration
    
Nuit venteuse
un bruit
contre la porte

***

(Santoka)

 

Recueil: Santoka Zen Saké Haïku
Traduction: Cheng Wing fun & Hervé Collet
Editions: Moundarren

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Partout et toujours (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2021



Partout et toujours
On a dressé,
On a levé des pierres
Contre le ciel,

Mais les morts,
On les a couchés

Sans doute pour ne pas davantage
Les fatiguer.

(Guillevic)

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JOURNAL PAGE 80 (Reiner Kunze)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2020


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Illustration: Tineke Storteboom
    
JOURNAL PAGE 80

Les rosiers grimpants fleurissent,
comme si le paysage se vidait de son sang
comme s’il s’était ouvert les veines
comme s’il savait ce qui vient
Ils prétendront que le paysage ne peut pas
rester ainsi plus longtemps, que lui aussi
doit être pour ou contre.

***

TAGEBUCHBLATT 80

Die kletterrosen blühn, als verblute die
landschaft
Als habe sie sich die adern geöffnet
Als wisse sie, was kommt
Auch die landschaft, werden sie behaupten,
dürfe
nicht mehr nur sein, auch sie
müsse dafür sein oder dagegen.

***

DIARY PAGE 80

The climbing roses bloom,
as if the landscape bleeding to death.
As if it has opened its veins.
As if it knows what is to come.
Also, the landscape, they will claim,
may not anymore just be—
it, too, must be for or against.

***

DAGBOEKBLAD 80

De klimrozen bloeien, als bloedt het landschap leeg
Alsof het zijn aders geopend heeft
Alsof het weet, wat komt
Ook het landschap, zullen ze beweren, mag
niet langer zomaar zijn, ook het landschap
moet vóór of tegen zijn.

***

DIARIO PÁGINA 80

Florecen las rosas trepadoras,
como si se desangrase el paisaje.
Como si se hubiera abierto sus
Como si supiese lo que ha de venir.
También al paisaje,
exigirán que se le permita
no únicamente llegar a ser
sino, además, también
tener que estar a favor o en contra.

***

DIÁRIO PÁGINA 80

Florescem as rosas trepadeiras
como se a paisagem se dessangrasse.
Como se tivesse aberto dela
como se soubesse o que iria acontecer.
Também à paisagem
exigirão que se permita
não unicamente chegar a ser
mas, além disso, também
ter que estar favorável ou do contra.

***

JURNAL, PAGINA 80

Năpraznic trandafirii înfloresc, însângerând tot
câmpul
de parcă-ntreaga fire venele și le-ar tăia
presimțind ce-o să vină.
Desigur, veți spune, e-ndreptățit peisajul
să-și spună cuvântul și el, și poate să fie
pentru sau împotrivă.

***

PAGINA 80 DEL DIARIO

Le rose rampicanti fioriscono,
come se il paesaggio sanguinasse a morte.
Come avesse le vene aperte.
Come sapesse cosa deve accadere.
Anche il paesaggio, affermano,
potrebbe non essere più
anch’esso dovrebbe essere a favore o contro.

***

ΣΕΛ. ΗΜΕΡΟΛΟΓΙΟΥ `80

Τ’ αναρριχώμενα ρόδα ανθίζουν
καθώς το τοπίο αιμορραγεί
σαν να `χουν κοπεί οι φλέβες του
σαν να γνωρίζει τί επέρχεται
θα ονομάσουν το τοπίο δικό τους
δεν μπορεί πια απλά να υπάρχει
πρέπει να πάρει το μέρος του ενός
ή του άλλου.

***

***

DZIENNIK, STRONA 80

Pnące róże kwitną,
jakby krajobraz wykrwawiał się na śmierć.
Jakby otworzył sobie żyły.
Jakby wiedział, co nadciąga.
Również krajobraz, jak będą twierdzili,
nie powinien już tylko być —
on też musi być za albo przeciw.

***

日记第 80 页
攀援的玫瑰盛开,
仿佛这风景流血至死。
好像它打开了自己的血管。
好像它知道要发生什么。
而且, 这风景,它们会说,
不可能再只是生存——
它, 还,必须为了或反对什么

(Reiner Kunze)

 

Recueil: ITHACA 605
Traduction: Français Germain Droogenbroodt Elisabeth Gerlache / Allemand / Anglais Stanley Barkan / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Espagnol Rafael Carcelén / Portugais José Eduardo Degrazia / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Italien Luca Benassi / Grec Manolis Aligizakis / Indi Jyotirmaya Thakur / Polonais Mirosław Grudzień Małgorzata Żurecka / Chinois William Zhou /
Editions: POINT

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Ne laisse le vent (Shûsen)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2020



Illustration
    
Ne laisse le vent
te jeter contre le pin
papillon d’automne

(Shûsen)

 

Recueil: Friches
Traduction: René Sieffert
Editions: Verdier poche

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Je m’appuie tendrement contre la nuit (Inger Christensen)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2020



    

Je m’appuie tendrement contre la nuit
sur la rampe rouillée
je trouve ma joue, mon épaule
je trouve ma tendresse:
fer et chair.

Le reste ondoie, s’effrange
en silence, interroge dedans, dehors
dans l’espace de la nuit, dans l’espace de l’âme :
est-ce la mort?
je pose ma main sur le visage
tremblant de la nuit

(Inger Christensen)

 

Recueil: Il pleut des étoiles dans notre lit : Cinq poètes du Grand Nord
Traduction:
Editions: Gallimard

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Des pierres lancées contre moi (Anise Koltz)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2020




    
Des pierres lancées
contre moi
j’ai construit
les murs de ma maison

(Anise Koltz)

 

Recueil: Somnambule du jour
Traduction:
Editions: Gallimard

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