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Poésie

Posts Tagged ‘converser’

Les personnages de mon rêve (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2019



Les personnages de mon rêve
sont venu converser avec moi
hors de mon rêve.

Et cela, ils n’ont pas pu le supporter.
Ils se sont sentis prisonniers
des formes truquées
de ce rêve à l’envers.

je n’ai pas su les retenir.
Je n’ai pas su créer pour eux un autre rêve au
dehors.
Un rêve véritable.

Pourrai-je me remettre à présent
à converser avec eux au-dedans?

(Roberto Juarroz)


Illustration: Maurice Denis

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LE LANGAGE DES OISEAUX (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2018




    
LE LANGAGE DES OISEAUX
pour Helen Sutherland

Ce ne sont pas les oiseaux qui parlent, mais les hommes qui apprennent le silence.
Eux, ils ne savent et n’utilisent aucun langage.
D’une sagesse de feuilles
Dans un vol d’ombres qui se faufilent entre les frondaisons des arbres,
N’exprimant que les longues pensées du monde,
Leur chant s’élève, absolu, ce chant qui n’a qu’une seule phrase
Et ne vient pas d’un coeur divisé, douloureux.

Les bêtes aux yeux indifférents et doux,
Éveillées ou endormies, ont la grâce naturelle.
Ordre innocent des étoiles et des marées,
Un élan circule dans le cours du sang.
Obéissant à un seul pouls vivant,
Avec eux, les saints conversent en secret.

Nous, ignorants et bannis, nous restons
A nous émerveiller du vol de l’hirondelle,
A contempler la main ouverte,
A interroger les lignes de la chance :
Chaque destinée tourmente
L’esprit exilé.

Nos paroles et nos idées ne nomment
Qu’un univers d’ombres; car la vérité est claire
Qui a visité Jacob en rêve,
Que Moïse entendit dans le désert brûlant,
Et que livrent les anges dans l’annonciation.

***

THE SPEECH OF BIRDS
For Helen Sutherland

It is not birds that speak, but men learn silence;
They know and need no language; leaf-wise
In shadowy flight, threading the leafy trees,
Expressive only of the world’s long thoughts,
Absolute rises their one-pointed sons,
Not from a heart divided, and in pain.

The sweet-eyed, unregarding beasts
Waking and sleeping Wear the natural grace.
The innocent order of the stars and tides
An impulse in the blood-stream circulates.
Obedient to one living pulse,
With them, at heart, converse the saints.

We, ignorant and outcast, stand
Wondering at the swallow’s flight
Gazing at the open band,
Questioning the lins of fate —
Bach individual destin »,
Preying on an exiled mind.

Our words, our concepts, only Harle
A world of shadows; for the truth is plain
That visited Jacob in a dream,
And Moses, from the burning desert heard,
Or angels in annunciation bring.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: ISIS errante Poèmes
Traduction: François Xavier Jaujard
Editions: Granit

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Sous le laurier (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2018




    
Sous le laurier le banc de pierre rouillée
est tout humide;
la pluie, sur le mur blanc
a lavé le lierre poussiéreux.

Au souffle tiède du vent d’automne
ondoie le gazon, et les peupliers
conversent avec le vent…
Le vent du soir dans le bosquet!

Tandis que flamboie au couchant le soleil
qui dore les grappes de vigne
et qu’un brave bourgeois sur son balcon allume
sa pipe stoïque où fume le tabac,

je me souviens des vers de ma jeunesse…
Qu’est-il advenu de mon coeur sonore?
Ombres charmantes, est-il donc vrai
que vous fuyiez entre les arbres d’or?

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

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ORDINAIRE D’UN BAGNE (Axel Toursky)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



 

ORDINAIRE D’UN BAGNE

Autrefois l’homme conversait
avec des bêtes fabuleuses,
regardait en face les dieux
et les mythes étaient dociles.

L’or et la foudre lui parlaient
un langage compréhensible.
L’odeur du sol après la pluie
ne l’emplissait pas de luxure.

La nourriture, les présages,
se partageaient les animaux,
et la mort se rangeait au nombre
des exigences domestiques.

Mais maintenant si le vent souffle
ou si les ombres de la rue
ne sont pas celles attendues
par la mémoire quotidienne,

Si les portes battent sans bruit
sur d’invisibles visiteurs,
ce sont des imaginations
insensibles à la tendresse
qui nous entourent et nous pressent
et nous condamnent sur les murs.

(Axel Toursky)

Illustration: Roger Vandersteene

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CONVERSER (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018




CONVERSER

Dans un poème je lis :
converser est divin.
Mais les dieux ne parlent pas :
ils font, défont des mondes
pendant que les hommes parlent.
Les dieux, sans paroles,
jouent des jeux terribles.

L’esprit descend
et délie les langues
mais il ne prononce pas de mots:
il prononce la lumière. Le langage,
par le dieu enflammé,
est une prophétie
de flammes et une chute
de syllabes brûlées:
cendre sans sens.

La parole de l’homme
est fille de la mort.

Nous parlons parce que nous sommes
mortels : les mots
ne sont pas des signes, ils sont des années.
En disant ce qu’ils disent
les noms que nous disons
disent du temps : ils nous disent,
nous sommes les noms du temps.
Converser est humain.

(Octavio Paz)

Illustration: Jean Lecomte du Nouÿ

 

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L’île d’Ovide (Nuno Júdice)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2018



 

L’île d’Ovide

Ici, le vent et la pluie
parlent avec la mer. Je les écoute,
sans entendre ce
qu’ils disent. Mais au fond
où les éclairs ne
parviennent pas à éclairer
l’horizon, ta voix converse
avec les ombres, comme au jour
de ton arrivée.

(Nuno Júdice)

 

 

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Viens néant à mon âme comparable (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2018



Illustration: Francis Ray
    
viens néant à mon âme comparable
qui avec l’existence a conversé vainement,
Ô prends ton trivial péage scrupuleusement,
à ces calmes pieds ton coeur frénétique est favorable;
éprouve-moi avec tes parfums qui ont séduit
les narines toutes-puissantes de la fervente mort,
nourris-moi de félicités mangées aux vers
par qui la bouche affamée du temps est nourrie:
et si je n’aime pas ce que tu me donnes laisse-moi
me plaindre à lui,dont le siège se trouve là
où les planètes en orbite luttent pour leur liberté
contre l’air abasourdissant de toute éternité—
mais si j’aime, je prendrai entre tes mains ce qu’aucun
homme ne ressent,ce qu’aucune femme ne comprend.

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: XLI Poèmes
Traduction: Thierry Gillyboeuf
Editions: La Nerthe

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L’hiver était magnifié (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2017



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L’hiver était magnifié en croix
dans ses branches mortes
Sur la table le soir un jardin d’abeilles
montait d’une tisane

Ils regardaient mourir les braises de la veille
A la fenêtre contemplaient la forêt
conversaient avec des dieux
devenus sauvages

Juste avant l’orée
les sentiers faisaient un signe

(Georges Bonnet)

 Illustration

 

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La mer n’a pas le temps de converser avec le sable (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2016



Le rivage emploie son temps à rester assis
Les vagues quant à elles
restent en mouvement

La mer n’a pas le temps de converser avec le sable
Elle est toujours occupée à composer les vagues

(Adonis)

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Conservateurs conversant (André Frédérique)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2016


 

Bon
Bien
On conserve à Paris
Hier
Aujourd’hui
On parle de la nuit
On parle de la pluie
Un enfant sur les genoux de sa mère pleure
L’autobus 27 va jusqu’à Sète
Le temps des cerises ne reviendra jamais
Et s’il revenait un jour
qui serait prêt pour la cueillette?
un homme fardé vend du raisin
à la porte de la Villette
Mais vous qui rêvez à l’envers
pourquoi mourir
quand l’océan nous guette
est-il doux de se repentir ?

(André Frédérique)

 

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