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Poésie

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Après une journée perdue (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Illustration: Paige Bradley
    
Après une journée perdue comme toutes les autres
à attendre dans un bureau qu’on ait gagné sa vie,
on entre dans la nuit
avec la certitude qu’elle vous offrira sa rançon de femmes.

Nuit toujours pareille avec ses convois de lumière
nuit tournant sous de hautes montagnes de vent
nuit qui fait briller les regards
nuit légère sur les paupières comme la mer sur les coquillages.

La main de l’homme n’est vraiment vivante
que quand elle s’enfonce entre deux cuisses
pour y chercher un sexe
qui se laisse découvrir comme un fruit dans l’herbe.

Cette chair que je froisse que j’attire à moi
comme une branche trop chargée
cette chair qui frémit
à mesure qu’on la dénude de son linge

comme on le fait à une jeune pousse
de l’argile qui la recouvre
cette chair est la seule étendue
où mon corps peut jeter l’ancre.

Cette chair est la seule issue
qui me mène à la pointe d’un désir
neuf et luisant comme un fer qu’on forge.
Comme une taupe le désir fouille cette femme
qui respire de tout son ventre.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Écrit au crayon (Dan Pagis)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2017



Illustration
    
Écrit au crayon
dans le wagon scellé
Ici dans ce convoi
Je suis Ève
Avec mon fils Abel
Si vous voyez mon fils aîné
Caïn fils d’Adam
Dites-lui que je

(Dan Pagis)

 

Recueil: Anthologie de la poésie en hébreu moderne
Traduction: E. Moses
Editions: Gallimard

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Ne me cherche jamais (Pierre Seghers)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2016



 
    
Ne me cherche jamais
Tu me cherchais?
Ne me cherche jamais,
je suis là,
embrassée du coeur aux chevilles
dans tes mains d’homme et ta mémoire.
Et nouée comme une pièce d’or
dans le trésor confidentiel de ta vie,
brigandée dans l’envers du temps…

Ne me cherche jamais,
je suis là,
la nuit peut bien sécher ses grands trains d’herbes fauves
et lancer sur ses rails le convoi des saisons,
elle peut bien passer de l’une à l’autre
sur ses passerelles d’orages ou le ventre sans ciel
des froids,
elle peut bien apporter ce qu’elle voudra,
ce qu’elle pourra,
sa rançon de fatigue ou sa ruée de rêves,
je suis où tu voulais que j’aille.

Ne me cherche jamais,
Nous allons là où ceux qui s’aiment vont ensemble,
épaule contre épaule,
dans le vent des solstices…

(Pierre Seghers)

 

 

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Sur l’horizon confus des villes, les fumées (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2015


 

Sur l’horizon confus des villes, les fumées
Au-dessus des murs gris et des clochers épars
Ondulent, propageant en de muets départs
Les tristesses du soir en elles résumées.
On dirait des aveux aux lèvres des maisons :
Chuchotement de brume, inscription en fuite,
Confidence du feu des âtres qui s’ébruite
Dans le ciel et raconte en molles oraisons
L’histoire des foyers où la cendre est éteinte.

Vague mélancolie au loin se propageant…
Car, parmi la langueur d’une cloche qui tinte,
On dirait des ruisseaux d’eau pâle voyageant,
Des ruisseaux de silence aux rives non précises
Dont le peu d’eau glisse au hasard, d’un cours mal sûr,
En méandres ridés, en courbes indécises
Et, comme dans la mer, va se perdre en l’azur !

C’est parce qu’on les sait ainsi tout éphémères
Qu’on les suit dans le ciel avec des yeux meilleurs;
Elles que rien n’attache, elles qui vont ailleurs
Et dont les convois blancs emportent nos chimères
Comme dans de la ouate et dans des linges fins.
Évanouissement et dispersion lente
De la fumée au fond du ciel doux, par les fins
D’après-midi, lorsque le vent la violente,
Elle déjà si faible et qui meurt sans effort
— Neige qui fond; encens perdu dans une église;
Poussière du chemin qui se volatilise, —
Comme une âme glissant du sommeil dans la mort!

(Georges Rodenbach)

Illustration: Claude Monet

 

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Retouche à l’exil (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2015


pomme_m

mon seul bagage
Ô pomme aux joues d’enfance
enfance aux joues de pomme
et l’ange en serre-file au long convoi de l’âge

(Daniel Boulanger)

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