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Poésie

Posts Tagged ‘copie’

Le but de l’instruction (Michel Serres)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2019



    
Le but de l’instruction est la fin de l’instruction, c’est-à-dire l’invention.
L’invention est le seul acte intellectuel vrai, la seule action d’intelligence.

Le reste ?
Copie, tricherie, reproduction, paresse, convention, bataille, sommeil.
Seule éveille la découverte.

L’invention seule prouve qu’on pense vraiment la chose qu’on pense,
quelle que soit la chose.

Je pense donc j’invente, j’invente donc je pense :
seule preuve qu’un savant travaille ou qu’un écrivain écrit.

(Michel Serres)

 

Recueil: Le Tiers-Instruit
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je verse l’eau d’un verre (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2019



Illustration: Ben Madeska
    
Je verse l’eau d’un verre
et elle n’arrive pas jusqu’au sol :
l’air la soutient.

Seule une copie de l’eau
arrive jusqu’au sol.

Ainsi la transparence
sauve-t-elle la transparence.

***

Vierto el agua de un vaso
y no llega hasta el suelo:
el aire lo sostiene.

Sólo llega hasta el suelo
una copia del agua.

Así la transparencia
salva a la transparencia.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Si quelqu’un, tombant de soi-même en soi-même (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2019



Si quelqu’un,
tombant de soi-même en soi-même,
s’agrippe pour se soutenir de soi,
et trouve entre lui et lui,
une porte qui mène autre part,
bienheureux de lui et de lui,
car il a trouvé son brouillon le plus ancien,
la première copie.

***

Si alguien,
cayendo de sí mismo en sí mismo,
manotea para sostenerse de sí
y encuentra entre él y él
una puerta que lleva a otra parte,
feliz de él y de él,
pues ha encontrado su borrador más antiguo,
la primera copia.

***

If someone,
falling from himself into himself,
wings his hands in order to sustain himself
and discovers between himself and himself
a door that opens to another place,
happy in himself and of himself,
then he has found his oldest rough draft,
the first copy.

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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A côté de chaque ligne, il y a un vide (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2019



 

Illustration
    
A côté de chaque ligne, il y a un vide.
Est-ce l’ombre que la ligne projette
ou le modèle qu’elle copie ?
De toute manière, qu’est-ce qui soutient la ligne
et comment ne se perd-elle pas dans le vide ?

Sous chaque couleur, il y a un vide.
Chaque couleur est-elle la naissance d’un abîme
ou seulement sa surface habitable ?
De toute façon, que dit ainsi la couleur
et que dirait-elle s’il n’y avait pas de vide ?

Dans chaque corps, il y a un vide.
Le corps est-il un refuge du néant
ou seulement un malentendu entre ses cavités ?
Mais alors pourquoi, au lieu de corps,
n’y a-t-il pas diverses densités de vide ?

Dans la pensée même est le vide.
Est-il une condition de la pensée
ou est-ce à l’inverse la pensée qui le crée?
Néanmoins, pourquoi tant de fantômes de fantômes
et non le vide en sa plénitude de vide?

(Roberto Juarroz)

Recueil: Nouvelle Poésie Verticale
Traduction: Roger Munier
Editions: Lettres Vives

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Copie conforme (Guillaume Siaudeau)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2019



    
Copie conforme

Ce matin
ta peau est
la copie conforme
de mes projets

(Guillaume Siaudeau)

 

Recueil: Inauguration de l’ennui
Traduction:
Editions: Alma

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Il se peut que la vie soit une copie (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2018




    
Il se peut que la vie soit une copie
d’un processus qui s’accomplit ailleurs.

Il se peut que l’on vive seulement dans un miroir
ou dans la tiède granulation d’un écran.

Il se peut qu’il y ait d’autres copies.
Il se peut que la vie ne soit
que la copie d’une copie.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Martine Broda pour Roberto Juarroz
Traduction: Martine Broda
Editions: José Corti

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Chanson de Gautama (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Chanson de Gautama

What is identity, and what is difference ? (NAGARJUNA)

Chaque pétale de la fleur
et chaque flocon de neige
entraînent la roue de la mort :
le un meurt, et naît le deux.

La cicatrice du cimeterre
qui coupe la soie volante,
sépare dans la réalité
ce qui dure et ce qui passe,

comme les yeux et les bouches
qui devinent et déjà tissent
leur royaume de vains visages,
leurs parcs de roses fictives.

Toute caresse est un miroir
qui nous montre des images,
toute question est le passage
de la parole au secret.

Amour, nostalgie finale
de terrasses et de jardins,
le son du flûtiste naît
de renoncer au baiser.

Pourquoi céder aux copies,
de tant de statues de soi,
si à la fin du chemin
ce qui se perd perdure ?

Un homme qui médite au pied
de l’arbre qui sera son signe,
sait que la route du pauvre
contient la route du roi,

et que dans le deuil constant
où meurt peu à peu le monde,
revient le délire d’être un
en pleine danse d’un autre.

Peut-être pour cela la fleur
nie la beauté du soleil,
comme dans le char de la lune
le blanc aurige nie Dieu.

Peut-être pour cela la voix
est le miroir du Miroir,
et l’homme, ce rêve divin,
monte en roulant dans le vide.

***

Canción de Gautama

Cada pétalo de la flor
y cada copo de la nieve
giran la rueda de la muerte:
el uno cesa, nace el dos.

El tajo de la cimitarra
que corta el vuelo del cendal
separa en toda realidad
lo que perdura y lo que pasa,

como los ojos y las bocas
al distinguir ya están hilando
su reino de perfiles vanos,
sus parques de fingidas rosas.

Toda caricia es el espejo
que nos propone a tanta imagen,
toda pregunta es el pasaje
de la palabra a otro secreto.

Amor, al final melancolía
de parques y terrazas, música
que sólo crece en la renuncia
al beso del sutil flautista.

¿Por qué ceder a tanta réplica,
a tanta estatua de sí mismo,
si en el resumen del camino
lo que se pierde es lo que queda?

El hombre que medita al pie
de un árbol que será su signo
sabe que al paso del mendigo
contiene ya el paso del rey,

y que de tan claro despojo
donde se va anulando el mundo
nace el delirio de ser uno
en plena danza de ser otro.

Por eso, acaso, está la flor
negando al sol en su hermosura,
como en el carro de la luna
el albo auriga niega a Dios.

Por eso acaso la palabra
es el espejo del Espejo,
y el hombre, ese divino sueño,
sube cayendo hacia la nada.

(Julio Cortázar)

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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LAS D’ETRE MOI (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2018



LAS D’ETRE MOI

Las d’être moi, parfois je me remplace
par mon discours, et sans me reconnaître,
je me destine à parler sans ma voix.

Je ne sais rien. L’ombre efface mon ombre.
Je me dis lampe espérant m’éclairer,
je ne connais pas d’amis éblouis.

Tout est miracle. Et moi, suis-je miracle
ou la copie exacte d’un autre être
qui pratiquait la science des jours ?

Dans ce miroir, tu m’apparais funèbre,
toi mon fantôme. En es-tu satisfait ?
Je lis déjà mon ultime buée.

J’ai tant vécu sans apprendre à me vivre.
L’éternité me jette ses outrages
et je ne peux essuyer ce crachat.

(Robert Sabatier)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration

 

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APRÈS NOUS (Jean-Luc Caizergues)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2017




    
APRÈS NOUS

Je sélectionne
j’épure
un mot ici
une phrase là
aucun style
ni imagination
je n’écris pas
je copie

(Jean-Luc Caizergues)

 

Recueil: La plus grande civilisation de tous les temps
Traduction:
Editions: Flammarion

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Il y a ce désert acharnement de couleurs (Marie Uguay)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2016



il y a ce désert acharnement de couleurs
et puis l’incommode magnificence des désirs
il faut se restreindre à dormir à attendre à dormir encore
j’ai fermé la fenêtre et rentré les chaises
desservi la table et téléphoné il n’y avait personne
fait le lit et bu l’eau qui restait au fond du verre
toutes les saisons ont été froissées comme de mauvaises copies
nos ombres se sont tenues immobiles
c’était le commencement des destructions

(Marie Uguay)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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