Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘corbillard’

Litanies de mon triste cœur (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2019



Litanies de mon triste cœur

Mon coeur repu de tout est un vieux corbillard
Que traînent au néant des chevaux de brouillard.

Prométhée et vautour, châtiment et blasphème,
Mon coeur est un cancer qui se ronge lui-même.

Mon coeur est un bourdon qui tinte chaque jour
Le glas d’un dernier rêve en allé sans retour.

Mon coeur est un gourmet blasé par l’espérance
Qui trouve tout hélas! plus fade qu’un lait rance.

Mon coeur est un noyé vidé d’âme et d’espoirs
Qu’étreint la pieuvre Spleen en ses mille suçoirs.

Mon coeur est une horloge oubliée à demeure
Qui bien que je sois mort s’obstine à sonner l’heure.

Mon cœur est un ivrogne altéré bien que saoûl
De ce vin noir qu’on nomme universel dégoût.

Mon coeur est un terreau tiède, gras, et fétide
Où poussent des fleurs d’or malsaines et splendides!

Mon coeur est un cercueil où j’ai couché mes morts…
Taisez-vous, airs jadis chantés, lointains accords!

Mon cœur est un tyran morne et puissant d’Asie,
Qui de rêves sanglants en vain se rassasie.

Mon coeur est un infâme et louche lupanar
Que hantent nuit et jour d’obscènes cauchemars.

C’est un feu d’artifice enfin qu’avant la fête
Ont à jamais trempé l’averse et la tempête.

Mon coeur…. Ah! pourquoi donc ai-je un coeur? Ah!
Ma vie et l’Univers ? la Nature et la Loi ? pourquoi

(Jules Laforgue)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Je rappelle (Halina Poswiatowska)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



 

Akitaka Ito -medium

Je rappelle
si tu meurs
je ne mettrai pas une robe lilas
je n’achèterai pas de couronnes multicolores
avec le vent qui chuchote dans les rubans
rien de cela
rien
le corbillard arrivera – il arrivera
le corbillard repartira – il repartira
je me tiendrai à la fenêtre – je regarderai
je ferai signe de la main
j’agiterai un foulard
je ferai mes adieux
toute seule à cette fenêtre
et l’été
quand mai sera en folie
je m’étendrai sur l’herbe
sur l’herbe chaude
et de mes mains toucherai tes cheveux
et de mes lèvres toucherai la fourrure de l’abeille
mordante et belle
comme ton sourire
comme le crépuscule
et puis ce sera
argent – or
peut-être or et seulement rouge
car ce crépuscule
ce vent qui souffle instamment aux herbes
amour – amour
ne me laissera pas me lever
et m’en aller
comme d’ordinaire
à la maison maudite vide

(Halina Poswiatowska)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Akitaka Ito

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Litanies de mon triste cœur (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2018



Litanies de mon triste cœur

Mon coeur repu de tout est un vieux corbillard
Que traînent au néant des chevaux de brouillard.

Prométhée et vautour, châtiment et blasphème,
Mon coeur est un cancer qui se ronge lui-même.

Mon coeur est un bourdon qui tinte chaque jour
Le glas d’un dernier rêve en allé sans retour.

Mon coeur est un gourmet blasé par l’espérance
Qui trouve tout hélas! plus fade qu’un lait rance.

Mon coeur est un noyé vidé d’âme et d’espoirs
Qu’étreint la pieuvre Spleen en ses mille suçoirs.

Mon coeur est une horloge oubliée à demeure
Qui bien que je sois mort s’obstine à sonner l’heure.

Mon coeur est un ivrogne altéré bien que saoûl
De ce vin noir qu’on nomme universel dégoût.

Mon coeur est un terreau tiède, gras, et fétide
Où poussent des fleurs d’or malsaines et splendides!

Mon coeur est un cercueil où j’ai couché mes morts…
Taisez-vous, airs jadis chantés, lointains accords!

Mon cœur est un tyran morne et puissant d’Asie,
Qui de rêves sanglants en vain se rassasie.

Mon coeur est un infâme et louche lupanar
Que hantent nuit et jour d’obscènes cauchemars.

C’est un feu d’artifice enfin qu’avant la fête
Ont à jamais trempé l’averse et la tempête.

Mon coeur…. Ah! pourquoi donc ai-je un coeur? Ah! pourquoi
Ma vie et l’Univers? la Nature et la Loi ?

(Jules Laforgue)


Illustration: Pierre Paul Rubens

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Mes souliers sont troués (Anise Koltz)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2018



 

faucon femme

(…)

Mes souliers
sont troués
Mes béquilles
souillées de boue
Je regarde passer le corbillard
qui emporte
tout ce que je n’ai pas vécu

Je serai seule
à mourir
avec sous le lit
mes souliers déroutés

Je t’aime
parce que ton amour
inventé pour voler
est un faucon
qui s’est posé
sur mon poing

(…)

(Anise Koltz)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les manèges tournent (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



Les manèges tournent
regardent passer les arbres
un pont trahit le ciel
Puis un corbillard ouvre ses ailes
une annonce est lue
à travers une vitre
On contemple les mêmes vies
qui s’enlisent dans les jours
Des connivences naissent
que le regard n’attend pas
d’humbles choses en quête de temps
chantent comme seuls
savent le faire les pauvres gens
dans les instants où rien
ne lacère leur ciel

(Georges Bonnet)

Illustration: Mark Gertler

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Frères humains ayez pitié de vous (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2018



Frères humains
ayez pitié de vous
De cet anneau brûlant
au doigt de l’enfant
De cette pâleur de l’étoile
chue entre vos pieds
De la goutte de rosée
que vous essuyez
comme une mauvaise larme
Frères humains
ne détournez pas les yeux
quand passe le corbillard
du mort-né de vos rêves

(Abdellatif Laâbi)


Illustration

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

C’est le jour des morts (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018



    

C’est le jour des morts
que les corbillards redeviennent
citrouilles.

(Marie-Anne Bruch)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

 

 

Posted in haïku, humour, poésie | Tagué: , , , , , | Leave a Comment »

LONDRES (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017




LONDRES

Je traîne à travers les rues à putains
Prés de la Tamise, cette drôlesse.
Sur chaque visage, je vois le coin
De la douleur ou bien de la faiblesse.

Dans chaque cri de l’homme ou de l’enfant,
Dans chaque plainte, dans toutes les voix
Qui gémissent ou maudissent, j’entends
Tinter les chaînes que l’esprit forgea.

Et le cri du ramoneur guenilleux
Qui fait trembler les obscures églises,
Et le soupir du soldat malheureux,
Aux murs du Palais, c’est du sang qui glisse.

Surtout, dans les rues de minuit, j’entends
Comment la jeune putain qui blasphème
Etouffe les pleurs de l’enfant naissant
Et souille le corbillard de l’hymen.

(William Blake)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

FANTASMAGORIES (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2017



fantasmagorie- 4 [800x600]

FANTASMAGORIES

Les oiseaux boulus bourrus
Dans les cages de la pluie
Le hérisson regoglu
Qui se traîne et qui s’ennuie
L’avers luisant des talus
Les ruisseaux gorgés de nuit
La cheminée s’époumone
Les fées trottent en sabots
Gobelins roulent cerneaux
Dans les ruelles des automnes
Lutins au coeur d’anémones
Fadets secouent leurs grelots
Voici passer sur la route
Corbillard et gris chapeau
Houppelandé, lourd de doute
Monsieur de Serres-Cambot
Chef d’orchestre des grenouilles
Monsieur de Serres-Cambot
Chef d’orchestre des crapauds.

(Maurice Fombeure)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

J’AI UN ARBRE EN MOI… (Nâzim Hikmet)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2016





J’AI UN ARBRE EN MOI…

J’ai un arbre en moi
Dont j’ai rapporté le plant du soleil,
Poissons de feu ses feuilles se balancent
Ses fruits tels des oiseaux gazouillent.

Les voyageurs depuis longtemps sont descendus de leur fusée
Sur l’étoile qui est en moi,
lls parlent ce langage entendu dans mes rêves,
Ni ordres, ni vantardises, ni prières.

J’ai une route blanche en moi
Y passent les fourmis avec les grains de blé,
Les camions pleins de cris de fête,
Mais cette route est interdite aux corbillards.

Le temps reste immobile en moi,
Comme une odorante rose rouge,
Que l’on soit vendredi et demain samedi
Que soit passé beaucoup de moi, qu’il en reste peu ou prou
Je m’en fous !

(Nâzim Hikmet)

Illustration: Gustav Klimt

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :