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LA PLUIE (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2016



LA PLUIE

Oh ! la pluie ! oh ! la pluie ! oh ! les lentes traînées
De fils d’eau qu’on dévide aux fuseaux noirs du Temps
Et qui semblent mouillés aux larmes des années,
Oh! la pluie ! oh ! l’automne et les soirs attristants !
Oh ! la pluie ! oh ! la pluie ! oh ! les lentes traînées !

Qui dira la douleur sombre du firmament,
Route de cimetière avec d’horribles voiles
Où les nuages vont élégiaquement,
Corbillards cahotant des cadavres d’étoiles.
Qui dira la douleur sombre du firmament?

Dans le deuil, dans le noir et le vide des rues,
La pluie, elle s’égoutte à travers nos remords
Comme les pleurs muets des choses disparues,
Comme les pleurs tombant de l’oeil fermé des morts
Dans le deuil, dans le noir et le vide des rues

La pluie est un filet pour nos rêves anciens
Et, dans ses mailles d’eau qui leur font prisonnières
Les ailes, ces divins oiseaux musiciens
Meurent très longuement d’un regret de lumières.
La pluie est un filet pour nos rêves anciens.

Comme un drapeau mouillé qui pend contre sa hampe,
Notre âme, quand la pluie éveille ses douleurs,
Quand la pluie, en hiver, la pénètre et la trempe,
Notre âme, elle n’est plus qu’un haillon sans couleurs
Comme un drapeau mouillé qui pend contre sa hampe !

(Georges Rodenbach)

 

 

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L’Enfance (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2016



L’Enfance

Oh comme elle est triste l’enfance
La terre s’arrête de tourner
Les oiseaux ne veulent plus chanter
Le soleil refuse de briller
Tout le paysage est figé

La saison des pluies est finie
La saison des pluies recommence
Oh comme elle est triste l’enfance
La saison des pluies est finie
La saison des pluies recommence

Et les vieillards couleur de suie
S’installent avec leurs vieilles balances
Quand la terre s’arrête de tourner
Quand l’herbe refuse de pousser
C’est qu’un vieillard a éternué

Tout ce qui sort de la bouche des vieillards
Ce n’est que mauvaises mouches vieux corbillards
Oh comme elle est triste l’enfance
Nous étouffons dans le brouillard
Dans le brouillard des vieux vieillards

Et quand ils retombent en enfance
C’est sur l’enfance qu’ils retombent
Et comme l’enfance est sans défense
C’est toujours l’enfance qui succombe

Oh comme elle est triste
Triste triste notre enfance
La saison des pluies est finie
La saison des pluies recommence.

(Jacques Prévert)

Illustration

 

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Le soir arriva brutalement (Yannis Ritsos)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2015



Le soir arriva brutalement.
Dehors au carrefour, le grand agent leva le bras droit
dans la lumière. Le trafic s’arrêta. Le corbillard
fit demi-tour sur place et ramena la morte chez elle.

(Yannis Ritsos)

Illustration

 

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La Pluie (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2015




La Pluie

Oh ! la pluie ! oh ! la pluie ! oh ! les lentes traînées
De fils d’eau qu’on dévide aux fuseaux noirs du Temps
Et qui semblent mouillés aux larmes des années !
Oh ! la pluie ! oh ! l’automne et les soirs attristants !
Oh ! la pluie ! oh ! la pluie ! oh ! les lentes traînées !

Qui dira la douleur sombre du firmament,
Route de cimetière avec d’horribles voiles
Où les nuages vont élégiaquement,
Corbillards cahotant des cadavres d’étoiles,
Qui dira la douleur sombre du firmament ?

La pluie est un filet pour nos rêves anciens !
Et, dans ses mailles d’eau qui leur font prisonnières
Les ailes, ces divins oiseaux musiciens
Meurent très longuement d’un regret de lumières.
La pluie est un filet pour nos rêves anciens.

Comme un drapeau mouillé qui pend contre sa hampe,
Notre Ame, quand la pluie éveille ses douleurs,
Quand la pluie, en hiver, la pénètre et la trempe,
Notre Ame, elle n’est plus qu’un haillon sans couleurs,
Comme un drapeau mouillé qui pend contre sa hampe.

(Georges Rodenbach)

Illustration: Michel Chansiaux

 

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RETOUCHE AU BLANC (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2015



 

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RETOUCHE AU BLANC

Les chaises de la chambre s’entassent à la fenêtre;
un corbillard passe, suivi d’un chien en deuil. Le jour
n’a pas de source et l’heure est en arrêt. Celui qui
s’en va n’entend aucun reproche, aucun sanglot. A
peine distingue-t-on dans les hautes roues luisantes
la géométrie d’une fleur.

(Daniel Boulanger)

 

 

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Les enfants jouaient (Georges Belmont)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2015




les enfants jouaient contre un mur
à la main chaude
à peine si l’on pouvait croire à la réalité du vent
et le soleil était très vieux et radoteur
il avançait d’un air mauvais sous les nuages
à la façon d’un cul-de-jatte dans la foule

on trouvait ça et là des volcans de silence

il y avait aussi la chanson d’une femme
on devinait qu’elle était nue et se peignait

on entendait venir des pas à double étage
à l’angle de la rue
le coeur du lampadaire
le coeur de l’homme sous les arbres
battaient à chaque pas de femme
à l’angle de la rue
le lampadaire avait le coeur dans ce qui lui servait de cou
et l’homme a fini par avoir le coeur aux lèvres
il alla même jusqu’à dire je
et tutoyer une autre femme

mais elle,
passera beaucoup plus tard
à l’heure où les corbillards
vides
commencent à rentrer de la campagne
avec un bruit de râteaux et de pierres

le lampadaire seul

les enfants jouaient toujours au pied du mur
à la marelle à la main chaude
et leurs cris cachaient le soleil
le soleil avançait toujours selon son ombre
puis les enfants sont partis sagement
portant la fatigue comme une lance grave
en descendant les ruelles du soir

un ivrogne chanta
la voix pleine d’étoiles et de pierres
il menait en laisse l’écho
l’écho parfois lui sautait sur l’épaule
avec les gestes amoureux d’un singe

(Georges Belmont)

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