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Poésie

Posts Tagged ‘cordage’

Complices (Thomas Vinau)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2019




    
Complices

Nous sommes les complices
d’une grande et belle évasion
il y a celui qui aime
celui qui lit
celui qui écrit
celui qui rêve
celui qui refuse
celui qui plante
celui qui marche
celui qui joue
celui qui nie
celui qui apprend
celui qui doute
celui qui se moque
celui qui se saoule
celui qui dit non
nous sommes tous les complices
d’une grande et belle évasion
nous creusons des tunnels
nous tressons des cordages
nous prenons des notes
nous rusons nous savons
que les détours sont nécessaires
qu’il faut esquiver l’ordre des choses
qu’au bout il y a dehors
demain
dedans

(Thomas Vinau)

 

Recueil: Juste après la pluie
Traduction:
Editions: Alma

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LE PORT (Alfred de Vigny)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2019



LE PORT

Une ancre sur le sable, un cordage fragile
Te retiennent au port et pourtant, beau vaisseau,
Deux fois l’onde en fuyant te laisse sur l’argile,
Et deux fois ranimé, tu flottes plus agile
Chaque jour au retour de l’eau!

Comme toi, l’homme en vain fuit, se cache ou s’exile :
La vie encor souvent le trouble au fond du port,
L’élève, puis l’abaisse, ou rebelle ou docile ;
Car la force n’est rien, car il n’est point d’asile
Contre l’onde et contre le sort.

(Alfred de Vigny)

Illustration

 

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DERNIER COULOIR (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019


 


Ettore Aldo Del Vigo -   (29)

 

DERNIER COULOIR

Avant tout : joie de servir
et de chanter si tu l’aimes,
avant tout : le seul désir
d’être pareil à toi-même
aux plages de ton poème
et d’éterniser l’instant.
Etre, avant tout, du voyage,
ne pas marchander le temps,
s’acharner dans les cordages
contre marées, contre vents.
Avant tout, s’en dégager
même si le masque est d’or,
toujours visière levée,
les bras nus et sans épée,
en attendant de partir
avant tout : joie de servir.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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Maison sans racines (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2018



Maison sans racines

Engluée dans tes mailles
Vissée à tes ancrages
Couvant parures et biens

Je me défais de tes cordages
Te laisse à tes façades
A tes entraves de mille riens

Pour célébrer
La Maison sans racines
Entre ses murs dévêtus.

(Andrée Chedid)

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Double accès séquentiel (Linda Maria Baros)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



Illustration: Konstantin Razumov
    
Double accès séquentiel

Au début, on cherche une paire d’yeux
et on y enfonce ses regards.
Peut-être que là-bas, dans les profondeurs,
il y a quelqu’un qui aboie,
tranche les têtes, tire les cordages.

On prend ensuite une paire de lèvres
et on dessine leur contour,
délicatement, avec le bout de la langue.

Puis, une paire de bras
qui ressemblent à quelques ailes endormies,
qui, tangentiels, par-dessus tes épaules,
sont en train de s’arquer.

Et à tout cela s’ajoutent la paire d’yeux,
la paire de lèvres, d’ailes endormies,
de cuisses, qui sont tiennes.

S’y ajoute ainsi, paire et sans paire, tout le reste,
jusqu’à ce qu’on arrive à une paire de coeurs.
qu’à ce qu’on arrive à se retrouver soi-même.

(Linda Maria Baros)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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LE SIGNE (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018




    
LE SIGNE

Signe, étoile au creux de ma main
Que je cache et que je retiens.
Pour quelle profonde aventure
Quel navire diriges-tu?
Verrai-je un jour son équipage
Et toucherai-je ses cordages?
Donnez-moi vite ces hublots
Pour que j’y passe un peu la tête,
Timon, filins et matelots,
Tout ce qu’il faut dans la tempête
Aveugle étoile, chaude et douce,
Par un clin d’oeil ou quelque mousse
Descendu d’un mât dans les nues
Réponds-moi que tu m’as compris,
Étoile, larcin que je fis
Un jour, au plus fort du sommeil,
Aux nuits mangeuses de soleil.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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Enfant qui t’en allais rêvant (Paul-Alexis Robic)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2018



Enfant qui t’en allais rêvant
De navires appareillant
Voiles au clair, vers le grand large,

Enfant qui t’en allais chantant
Avec le vent gai des dimanches
Parmi les cordages les ancres,
Sur le port joyeux de partances
Au beau soleil de tes quinze ans,

Vois pourrir, mornes épaves
Rongées de sel, mangées d’algues,
Parmi les brumes et les pluies,
Les derniers bricks au fond des rades.

Fini, le merveilleux voyage
Aux archipels miraculeux.
Sur les poupes le nom s’efface,
Le vent grince dans les carcasses,
La souille s’ouvre, noire et froide,
Fini, tu peux fermer les yeux !

Ceux que jadis le vent chantant des grandes voiles
Emporta sur les mers,
Navigateurs aux mains de cuir, aux yeux de rêve,
Ils dorment maintenant près du clocher natal
Ou roulent à jamais dans la nuit sans étoiles.
Mais toi, l’enfant des villes,
Fils aimé de la solitude, pauvre enfant,
Garde-les dans ton coeur, ces noms
Chauds comme un soir des mers australes
Et plus doux que le vent des Iles
Dans la fraîcheur verte des palmes.

Belles routes de la mer
Toutes chantantes de neige
Sous le torride azur d’août,
C’est moi qui reviens vers vous
Par ces plages et ces grèves
Et ces sentiers de falaises
Où frissonnent le fenouil,
L’oeillet sauvage et la menthe,
Mais le reconnaîtrez-vous
Après tant de jours d’absence,
Belles du jardin des vagues,
O sirènes du grand large,
Ce vieux coeur lourd maintenant
D’un bruit d’ancres s’enfonçant
Dans les eaux du dernier havre ?

(Paul-Alexis Robic)

Illustration

 

 

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Pour délivrer ma vie de l’immobilité (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2017



Illustration: Folon
    
Pour délivrer ma vie
de l’immobilité
j’ai fait de grands efforts, —
couvert de mes cordages
de mes voiles tombées
je gagnerai le port
que je n’ai pas quitté.

lmage de moi-même
oiseau forme cruelle
qui pars et qui reviens
dans l’odeur de la mer,
chaque tour de ton aile
m’accable de liens.
Couvert de mes cordages
de mes voiles tombées
je gagnerai la mort
qui ne m’a pas quitté.

(Jean Tardieu)

 

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A travers les vergers (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017



 Illustration
    
A travers les vergers tu vas et tu viens
sans faire bouger une feuille,
sans déranger l’espace rempli d’abeilles
et l’herbe se relève sur ta foulée.

Le ciel ne pourra pas retrouver ta trace
parce qu’il n’est plus qu’un pan de vitre
cassé en mille morceaux dans les branches d’arbres
qui vont jusqu’à toucher amicalement ton front.

Nous ne pouvons nous guider dans la nuit
qu’en nous tenant aux cordages de rosée
tendus de plante haute en plante haute
sous le regard étonné de quelques pierres sans sommeil.

Dans l’air du matin mal assuré,
notre baiser est fait de verre brisé,
mais il remontera vite jusqu’à tes tempes
où toute la tendresse de la terre est déposée.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Je ne sais plus aimer qu’avec la rage au cœur (Anna Gréki)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2017



Je ne sais plus aimer qu’avec la rage au cœur
C’est ma manière d’avoir du cœur à revendre
C’est ma manière d’avoir raison des douleurs
C’est ma manière de faire flamber des cendres
A force de coups de cœur à force de rage
La seule façon loyale qui me ménage
Une route réfléchie au bord du naufrage
Avec son pesant d’or de joie et de détresse
Ces lèvres de ta bouche ma double richesse

A fond de cale à fleur de peau à l’abordage
Ma science se déroule comme des cordages
Judicieux où l’acier brûle ces méduses
Secrètes que j’ai draguées au fin fond du large
Là où le ciel aigu coupe au rasoir la terre

Là où les hommes nus n’ont plus besoin d’excuses
Pour rire déployés sous un ciel tortionnaire
Ils m’ont dit des paroles à rentrer sous terre
Mais je n’en tairai rien car il y a mieux à faire
Que de fermer les yeux quand on ouvre son ventre

Je ne sais plus aimer qu’avec la rage au cœur
Avec la rage au cœur aimer comme on se bat
Je suis impitoyable comme un cerveau neuf
Qui sait se satisfaire de ses certitudes
Dans la main que je prends je ne vois que la main
Dont la poignée ne vaut pas plus cher que la mienne
C’est bien suffisant pour que j’en aie gratitude
De quel droit exiger par exemple du jasmin
Qu’il soit plus que parfum étoile plus que fleur
De quel droit exiger que le corps qui m’étreint
Plante en moi sa douceur à jamais à jamais
Et que je te sois chère parce que je t’aimais
Plus souvent qu’a mon tour parce que je suis jeune
Je jette l’ancre dans ma mémoire et j’ai peur
Quand de mes amis l’ombre me descend au cœur
Quand de mes amis absents je vois le visage
Qui s’ouvre à la place de mes yeux – je suis jeune
Ce qui n’est pas une excuse mais un devoir
Exigeant un devoir poignant à ne pas croire
Qu’il fasse si doux ce soir au bord de la plage
Prise au défaut de ton épaule – à ne pas croire…

Dressée comme un roseau dans ma langue les cris
De mes amis coupent la quiétude meurtrie
Pour toujours – dans ma langue et dans tous les replis
De la nuit luisante – je ne sais plus aimer
Qu’avec cette plaie au cœur qu’avec cette plaie
Dans ma mémoire rassemblée comme un filet

Grenade désamorcée la nuit lourde roule
Sous ses lauriers-roses là où la mer fermente
Avec des odeurs de goudron chaud dans la houle
Je pense aux amis morts sans qu’on les ait aimés
Eux que l’on a jugés avant de les entendre
Je pense aux amis qui furent assassinés
A cause de l’amour qu’ils savaient prodiguer

Je ne sais plus aimer qu’avec la rage au cœur

A la saignée des bras les oiseaux viennent boire

(Anna Gréki)

Illustration: Frida Kahlo

 

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