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Posts Tagged ‘corne’

CHANSON D’HEUREUX MARIAGE (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2019



    

CHANSON D’HEUREUX MARIAGE

Viens-t’en ma Jeannette
Entre chien et loup,
Avec la musette
Les soirs seront doux.

Manger des châtaignes,
Boire du vin doux,
Parler de la noce,
Qui sonnera pour nous.

Avec la musette
C’est toujours la fête.

Nous achèterons un âne
Ni long, ni rond : un pousse-cailloux
Pour promener notre femme
Sur la route de Charroux.

Avec la musette
Les soirs seront doux.

Même si nous portons des cornes,
Nous ne serons point jaloux.
Ça pousse quand on s’amuse
Au son de la cornemuse.

Avec la musette
C’est toujours la fête.

Cornes branchues comme houx,
C’est bon signe pour l’époux.
C’est que la femme est jolie,
Quand elle n’est pas toute à vous.

Avec la musette
C’est toujours la fête,
Avec la musette
Les soirs seront doux.

(Maurice Fombeure)

 

Recueil: A dos d’oiseau
Traduction:
Editions: Gallimard

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Mer et brume (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2018




Illustration
    
Mer et brume
fusion laiteuse

Chacune se nourrit
de l’autre
l’absorbe

Au loin la corne
dite de brume
tente de les séparer

De glisser entre elles
le tranchant aigu
de la différence

N’y parvient pas

Brame
insistante
impuissante

Profil bas
le jour
et pesanteur du ciel

Brume de mort
infiltrée
dans le crépuscule
des cellules

Ni lame
ni corne
sachant disjoindre

Fusion morne

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi

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Paysage (Gabriel Vicaire)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2018




Paysage

Il est charmant, ce paysage,
Peu compliqué, mais que veux-tu
Ce n’est qu’une mer de feuillage,
Où, timide, à peine surnage
Un tout petit clocher pointu.

Au premier plan, toujours tranquille
La Saône reluit au matin.
Par instants, de l’herbe immobile
Un boeuf se détache et profile
Ses cornes sur le ciel lointain.

Vis-à-vis, gardant ses ouailles,
Le nez penché sur un tricot,
Tandis qu’au loin chantent les cailles,
Une vieille compte ses mailles,
Rouge comme un coquelicot.

Et moi, distrait à ma fenêtre,
Je regarde et n’ose parler.
A quoi je pense ? A rien peut-être,
Je regarde les vaches paître
Et la rivière s’écouler.

(Gabriel Vicaire)

 

 

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La forêt ferme (Yvan Goll)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



Gustav Klimt   fir-forest-i.jpg!HD [1280x768]

 

La forêt ferme,
Le dernier oiseau a flûté,
Les feuilles des bouleaux lasses d’être fidèles
Préfèrent partir et mourir.
Les nymphes se démaquillent
Dans les coulisses d’églantines,
Les cerfs qui ont battu les records de vitesse
Déposent leurs cornes trop lourdes,
Et leurs trophées de crépuscule
Pourrissent sous la pluie.

La forêt ferme,
Fermons aussi nos coeurs
Avant qu’il ne gèle !
Dix mille aubes, mon ange, dix mille aubes
Dix mille fois l’oeil du soleil
Est venu rouvrir nos paupières

Dix mille aubes pour cette unique nuit
De notre amour
Ta tête sculptée dans mes bras
La roseraie de tes cheveux
Allumée de dix mille roses

Ah combien de scintillements
Et les dix mille voix des vagues
Combien de lunes sont venues
Tantôt délurées tantôt tristes
Nous couvrir de l’extase des neiges

Et des vieillards nous ont donné leurs yeux
Et des enfants ont mangé notre coeur
Dans les dix mille songes d’un amour

Dix mille aubes, mon ange, dix mille aubes
Dix mille oeufs pleins d’oiseaux et de chansons
Dix mille jaunes de soleil
Valent bien aujourd’hui
L’unique mort aux cent mille astres.

(Yvan Goll)

Illustration: Gustav Klimt

 

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Pour m’endormir (Gérard Macé)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2018



    

Pour m’endormir, je mets
le masque du sommeil : un léger voile
que je tisse avec les événements du jour
et les mots dont je perds le fil en m’endormant.
Une toile aussi fine que celle de l’araignée
où restent au matin des lambeaux de rêves :
des images prises au piège, les discours décousus
d’un somnambule qui se réveille.

Le masque du cauchemar est un masque de fer
et de bois dur. La corne et l’ivoire,
c’était pour les dieux qui parlaient latin
et les grands mammifères dont on faisait
des trophées. Les bibelots nous suffisent:
la jungle des images a remplacé les grandes battues.

(Gérard Macé)

 

Recueil: Homère au royaume des morts a les yeux ouverts
Traduction:
Editions: Le bruit du temps

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Ô Fontaine Bellerie (Guillaume de Lorris)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018



Illustration: Helena Nelson-Reed
    
Ô Fontaine Bellerie

Ô Fontaine Bellerie,
Belle fontaine chérie
De nos Nymphes, quand ton eau
Les cache au creux de ta source,
Fuyantes le Satyreau,
Qui les pourchasse à la course
Jusqu’au bord de ton ruisseau,

Tu es la Nymphe éternelle
De ma terre paternelle :
Pource en ce pré verdelet
Vois ton Poète qui t’orne
D’un petit chevreau de lait,
A qui l’une et l’autre corne
Sortent du front nouvelet.

L’Été je dors ou repose
Sur ton herbe, où je compose,
Caché sous tes saules verts,
Je ne sais quoi, qui ta gloire
Enverra par l’univers,
Commandant à la Mémoire
Que tu vives par mes vers.

L’ardeur de la Canicule
Ton vert rivage ne brûle,
Tellement qu’en toutes parts
Ton ombre est épaisse et drue
Aux pasteurs venant des parcs,
Aux boeufs las de la charrue,
Et au bestial épars.

Io ! tu seras sans cesse
Des fontaines la princesse,
Moi célébrant le conduit
Du rocher percé, qui darde
Avec un enroué bruit
L’eau de ta source jasarde
Qui trépillante se suit.

(Guillaume de Lorris)

 

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La lune (Henri Pichette)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2018



la lune
comme un hublot
comme un oeil de bateau
comme une perle dans les flots

la lune
comme un bol de lait
comme une bulle d’or
comme une balle de cristal

la lune
comme une croissant d’ivoire
comme une galette de givre
comme un fromage blanc

la lune
comme une tailladin de citron
comme un quartier d’orange
comme une barque de melon

la lune
comme un plateau de nacre
comme un cerceau de papier de riz
comme un lampion chinois

la lune
comme un zéro plein
comme un masque lisse
comme un miroir hanté d’un lis

la lune
comme une peau de banjo
comme une cymbale silencieuse
comme un tambour de brodeuse

la lune
comme une épouse seule
comme un bouclier d’archange
comme une arme blanche
une alfange

la lune
comme une soie découpée
comme un sabot enneigé
comme les cornes d’un boeuf dans les nuages

la lune
comme une pièce d’eau glacée
comme un feu de phare fantôme
comme une médaille dans un encens de brume

la lune
comme une céramique séraphique
comme une cible pacifique
comme une hostie dans le ciel

la lune
comme un cadran d’horloge effacé par le temps
comme une obole dans la sébile de la nuit
comme un soleil en sommeil

la lune.

(Henri Pichette)

Illustration

 

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DANSE DES FLAMMÈCHES (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



Illustration: Berthe Morisot
    
DANSE DES FLAMMÈCHES

Meule de feu, je voltige
Autour de toi, en flammèches.
En boitillant je jaillis
De tes douces tiges courbes.
Et hop ! du bout de ton nez,
Je te souris, mon amour.
Et le crépuscule arrive,
Drapé dans sa houppelande,
Gardant en sa pipe fraîche
Tes fretins de flammes qui
Me giflent sur les deux joues.
Accroupie es-tu, coquine ?
Et voilà que le buisson
Jette au loin ta jupe rouge
Dont tu l’as, impertinente,
Couvert pour te joindre à moi.
Rentre tes cornes de feu,
Étends-toi sur l’herbe tendre,
Pour que ton corps brun je puisse
L’oindre d’entière blancheur.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Ma chérie (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Illustration: Carolus Duran
    
Ma chérie

C’est vrai que les pétales se rejoignent, le soir.
Je ne voulais même pas t’embrasser,
Juste te sentir ici, près de moi,
Comme le petit enfant aime sentir sa mère.
Le poirier sauvage se mêle à la branche greffée,
Moi aussi, je suis devenu meilleur, depuis que tu m’as greffé tes baisers.
Mon adorée,
Et je suis plus beau, aussi, comme la nuit
Est plus belle grâce à ses astres innombrables.

Tu es la chaleur : un vent printanier qui annonce la pluie,
Qui enseigne aux enfants le jeu du chat perché
Et redresse les herbes embourbées.
Il y a longtemps que l’horizon broussailleux de mon torse t’attendait,
Tantôt affamé, tantôt transi de froid,
La horde des passions donnait des coups de cornes
Maintenant, la voilà
Paissant paisiblement dans le pré
Tes mots de lys, de giroflées.

Car tu es venue, oui,
Tu devais venir, mon Adorée.
Il fait encore sombre
On ne voit même pas notre souffle,
Mais déjà sur notre fenêtre s’épanouissent des fleurs de givre.
L’aube se lève au dehors,
Et mes lèvres parlent encore la langue des baisers.

(Attila Jozsef)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Le mendiant de la beauté
Traduction: Francis Combes, Cécile Guichard, Georges Kassai
Editions: Le temps des cerises

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C’était affreux… (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2018




    
C’était affreux…
A Mademoiselle M. R.

C’était affreux ce pauvre petit veau qu’on traînait
tout à l’heure à l’abattoir et qui résistait,

et qui essayait de lécher la pluie
sur les murs gris de la petite ville triste.

Ô mon Dieu! Il avait l’air si doux
et si bon, lui qui était l’ami des chemins en houx.

Ô mon Dieu! Vous qui êtes si bon,
dites qu’il y aura pour nous tous un pardon

— et qu’un jour, dans le Ciel en or, il n’y aura
plus de jolis petits veaux qu’on tuera,

et, qu’au contraire, devenus meilleurs,
sur leurs petites cornes nous mettrons des fleurs.

Ô mon Dieu! Faites que le petit veau
ne souffre pas trop en sentant entrer le couteau…

(Francis Jammes)

 

Recueil: De l’Angelus de l’aube à l’Angelus du soir
Traduction:
Editions: Gallimard

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