Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘corne’

La glose (René de Obaldia)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2020




    
La glose

– Maman,
Toi qui es du Capricorne’,
Toi qui connais tout et rien
Depuis les Mérovingiens’,
Qui discute savamment
Du tiers et du tremblement,
Pourquoi les escargots ont-ils toujours des cornes
Comme les Martiens enfermés au zoo ?
– Mon petit,
Tu n’as pas mangé tes radis
Ni la soupe aux pissenlits,
Tu ne te laves jamais les mains
Tu baves
Tu fais enrager Firmin
Je ne te dirai plus rien !
– Oh ! si, maman, dis-moi !
Je mangerai les radis
Et la soupe aux pissenlits,
Je ferai comme Pilate’ :
Je me laverai les mains
Avec un savon romain
Fabriqué pour diplomates,
Je ne baverai pas plus
Que la pipe d’Esaiii,
Je donnerai à Firmin
Toutes mes crottes de lapin.
Et encore bien d’autres choses
Que je ferai comme un rien
Pour accéder à la glose,
Le gloussement du genre humain.
– S’ils ont des cornes, mon enfant,
C’est pour corner certainement
Aux carrefours, dans les tournants
Au sein des encombrements,
Ça évite les accidents.

(René de Obaldia)

 

Recueil: Innocentines
Traduction:
Editions: Gracet & Fasquelle

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Pourquoi tarder? (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2020



Pourquoi tarder? Dans le pin l’écureuil
de sa queue en torche frappe l’écorce.
Le croissant de lune descend et sa corne
au soleil s’émousse. I1 fait jour.

Un souffle, et la fumée indolente tressaille,
elle se défend au point qui t’enclôt.
Rien ne finit, tout s’achève lorsque, foudre,
tu quittes le nuage.

***

Perché tardi? Nel pino lo scoiattolo
batte la coda a torcia sulla scorza.
La mezzaluna scende col suo picco
nel sole che la smorza. E giorno fatto.

A un soffio il pigro fumo trasalisce,
si difende nel punto che ti chiude.
Nulla finisce, o tutto, se tu fôlgore
lasci la nube.

(Eugenio Montale)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Là (Georges Perec)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2020



Là.

Chercher. Chercher encore,
un chien enroué, un requin ironique, un héron,
une corne, un rire inouï.
Chercher une noce
inconnue, une couronne,
un cœur, un écrin.
Ne rien nier. Énoncer.
Écrire ce rune unique,
ce cri noir noué, ce couru rêche.

(Georges Perec)

Découvert ici chez Pur Rien ici

Illustration: Evgeni Gordiets

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le Rhinocéros (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2020


 


 

Rhinoceros bilboquet

Le Rhinocéros

Le rhinocéros est morne
et il louche vers sa corne.

Que veut le rhinocéros ?
Il veut une boule en os.

Ce n’est pas qu’il soit coquet :
c’est pour jouer au bilboquet.

Car l’ennui le rend féroce,
le pauvre rhinocéros.

(Claude Roy)

Illustration: Agnès Boulloche

 

Posted in humour, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

BESTIAIRE DES AMANTS (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2020



Illustration: Pierre Paul Rubens
    
BESTIAIRE DES AMANTS

Amants endormez-vous
après de tendres soins
serrez-vous aimez-vous
vos rêves iront loin
Bien au-delà du jour
au profond du sommeil
du bon-chaud de l’amour
renaîtra le soleil
Un écureuil viendra
Entre vos deux orteils
un lézard glissera
Tous vos amis de nuit
la loutre et le renard
le chat et la fourmi
accourront sans retard
à pas feutrés de rêve
jusqu’au chant de l’alouette
et se mélangeront
sans mordre ni crier
au jaune hérisson
à la fauvette huppée
Les hôtes amicaux
viendront à pas feutrés
jusqu’au cocorico
d’un grand coq très distrait
qui chassera enfin
cette ménagerie
que la soif ni la faim
n’auront jamais surpris
Sur la main de l’enfant aimée
un rossignol vient et se pose
(La gazelle viendrait aussi
mais elle a peur et elle n’ose)

La truite et le chien de mer
s’en vont naviguant de conserve
Le toucan l’étoile de mer
restent tous deux sur la réserve
Devant le bélier qui insiste
pour que le chat touche à ses cornes
ne sachant trop si elle existe
longuement pleure la licorne
La taupe et le corbeau
s’en vont à petits pas
Le renard les chevaux
marchent tout près du rat
et la chauve-souris
veille sur la dormeuse
tandis qu’une perdrix
lui chante une berceuse
La girafe et le chien
le lion le pangolin
le zèbre et la vigogne
flairent les endormis
les lèchent doucement
et parlent en amis
aux fidèles amants
qui s’éveillent enfin
lorsque le réveil sonne
et leur rend leur matin
de vraies grandes personnes.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LES BOEUFS (Pierre Dupont)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2020




    
LES BOEUFS

J’ai deux grands boeufs dans mon étable,
Deux grands boeufs blancs marqués de roux ;
La charrue est en bois d’érable,
L’aiguillon en branche de houx.
C’est par leur soin qu’on voit la plaine
Verte l’hiver, jaune l’été ;
Ils gagnent dans une semaine
Plus d’argent qu’ils n’en ont coûté.

S’il me fallait les vendre,
J’aimerais mieux me pendre ;
J’aime Jeanne ma femme, eh bien ! j’aimerais mieux
La voir mourir, que voir mourir mes boeufs.

Les voyez-vous, les belles bêtes,
Creuser profond et tracer droit,
Bravant la pluie et les tempêtes
Qu’il fasse chaud, qu’il fasse froid.
Lorsque je fais halte pour boire,
Un brouillard sort de leurs naseaux,
Et je vois sur leur corne noire
Se poser les petits oiseaux.

S’il me fallait les vendre,
J’aimerais mieux me pendre ;
J’aime Jeanne ma femme, eh bien ! j’aimerais mieux
La voir mourir, que voir mourir mes boeufs.

Ils sont forts comme un pressoir d’huile,
Ils sont doux comme des moutons ;
Tous les ans, on vient de la ville
Les marchander dans nos cantons,
Pour les mener aux Tuileries,
Au mardi gras devant le roi,
Et puis les vendre aux boucheries ;
Je ne veux pas, ils sont à moi.

S’il me fallait les vendre,
J’aimerais mieux me pendre ;
J’aime Jeanne ma femme, eh bien ! j’aimerais mieux
La voir mourir, que voir mourir mes boeufs.

Quand notre fille sera grande,
Si le fils de notre régent
En mariage la demande,
Je lui promets tout mon argent ;
Mais si pour dot il veut qu’on donne
Les grands boeufs blancs marqués de roux ;
Ma fille, laissons la couronne
Et ramenons les boeufs chez nous.

S’il me fallait les vendre,
J’aimerais mieux me pendre ;
J’aime Jeanne ma femme, eh bien ! j’aimerais mieux
La voir mourir, que voir mourir mes boeufs.

(Pierre Dupont)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

LA CORNE DU HÉRAUT (Alfred Jarry)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2020



 

Michael Page 1979 - American Pop Surrealism painter -   (15) [1280x768]

LA CORNE DU HÉRAUT

Pouls dans le vent, pouls dans la mer, pouls sur la nuit qui fuit !
La toux du pouls clans mes artères bruit.
Les cornes des piliers forent leurs graminées
Comme les cors vrillés d’Ammon d’en haut sonnés.
Cloisonnant ton coeur de son marteau doux
Bergère d’Ammon, d’en haut tonne et bruit
Sur le vent, la mer et la nuit.
Le
Pouls.

Les oursins ronds ont hérissé leurs crins.
Les chevaux de mer de leur crinière de fer se creusent les reins
Et la rafale tonne et tord les cors et les cornes.
Voici le vol griffu des hippocampes au lieu des cornes d’Ammon.
Lourd sur le vent, lourd sur la mer, lourd sur la crête
Des bruits
Tapi clans les feuilles comme grimpe un menteur loup garou
Le
Pouls.

Pouls dans la vie et sur la mer hors de la nuit,
Hors du sommeil et par le bruit.
Mort pointillée en repos qui survit
Où soupçonne et bout et tonne partout
Le
Pouls.

(Alfred Jarry)

Illustration: Michael Page

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

A quoi pense-t-il ? (Yosa Buson)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2019



    

Illustration: Shunteï Miyagawa

(Yosa Buson)

 

Recueil: Les plus beaux HAÏKU(S)
Traduction: Akié Boulard
Editions: Arichi

Posted in haïku, poésie | Tagué: , , , , | Leave a Comment »

CHANSON D’HEUREUX MARIAGE (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2019



    

CHANSON D’HEUREUX MARIAGE

Viens-t’en ma Jeannette
Entre chien et loup,
Avec la musette
Les soirs seront doux.

Manger des châtaignes,
Boire du vin doux,
Parler de la noce,
Qui sonnera pour nous.

Avec la musette
C’est toujours la fête.

Nous achèterons un âne
Ni long, ni rond : un pousse-cailloux
Pour promener notre femme
Sur la route de Charroux.

Avec la musette
Les soirs seront doux.

Même si nous portons des cornes,
Nous ne serons point jaloux.
Ça pousse quand on s’amuse
Au son de la cornemuse.

Avec la musette
C’est toujours la fête.

Cornes branchues comme houx,
C’est bon signe pour l’époux.
C’est que la femme est jolie,
Quand elle n’est pas toute à vous.

Avec la musette
C’est toujours la fête,
Avec la musette
Les soirs seront doux.

(Maurice Fombeure)

 

Recueil: A dos d’oiseau
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Mer et brume (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2018




Illustration
    
Mer et brume
fusion laiteuse

Chacune se nourrit
de l’autre
l’absorbe

Au loin la corne
dite de brume
tente de les séparer

De glisser entre elles
le tranchant aigu
de la différence

N’y parvient pas

Brame
insistante
impuissante

Profil bas
le jour
et pesanteur du ciel

Brume de mort
infiltrée
dans le crépuscule
des cellules

Ni lame
ni corne
sachant disjoindre

Fusion morne

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :