Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘cornu’

Sous le croissant de lune (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



 

 

Illustration: Jean-François de Troy

    

Un enfant pleure. Sous le croissant de lune,
Par les champs se traîne un pèlerin bossu.
Dans le bois, qui se moque de sa bosse ronde —
Quelqu’un de velu, de tordu, de cornu.

Sous le clair de lune, le chemin est pâle.
Des filles pâles se cachent dans les herbes.
Leurs mains, comme des herbes tendres et pâles,
Dans le vent se balancent de gauche à droite.

Le grain bleu chuchote et penche la tête.
Le bossu danse sous la lune cornue.
On entend la trompette d’argent qui appelle.
Quelqu’un s’élance sur le chemin lumineux.

Les filles pâles surgissent des herbes.
Elles tendent les bras vers la connaissance.
Immobile, l’oreille collée à la terre,
Le bossu l’entend qui attend et respire.

Dans le bois, le velu tremble sans bruit.
La lune a roulé dans les blés lumineux.
Un enfant pleure. Et le vent se tait.
La trompette est proche. La nuit impénétrable.

(Alexandre Blok)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Rien ne s’achèvera, ne naîtra de ma vie (Gérard Le Gouic)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2017



Rien ne s’achèvera,
ne naîtra de ma vie.

Mon sang joue dans des cornues
j’accompagne de l’oreille
sa rivière souterraine.

Mes yeux ne voient pas mes yeux,
mes muscles, mes tendons,
sont d’exotiques minéraux
que je ne laverai jamais de mes mains.

Je me tiens debout
contre les parois de ma chair,
je me tiens assis
entre mes propres bras,
je suis allongé en moi
comme dans un sarcophage.

Mon corps me colle tant
qu’il m’interdit tout mouvement.

(Gérard Le Gouic)

Illustration: Ráed Al-Rawi

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Par la route (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2017



Par la route où Dimitri Donskoï
Mena jadis ses guerriers par milliers,
Là où le vent toujours se souvient de l’ennemi,
Là où la lune est jaune et cornue, —
J’allais comme au fond de la mer…
L’églantier embaumait si fort
Qu’il se changea en mot.
Et j’étais prête à affronter
La neuvième vague.

(Anna Akhmatova)

 

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le cosmonaute et son hôte (Pierre Gamarra)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2016



planete_51-21 [800x600]

Le cosmonaute et son hôte

Sur une planète inconnue,
un cosmonaute rencontra
un étrange animal;
il avait le poil ras,
une tête trois fois cornue,
trois yeux, trois pattes et trois bras !
« Est il vilain! pensa le cosmonaute
en s’approchant prudemment de son hôte.
Son teint a la couleur d’une vieille échalote,
son nez a l’air d’une carotte.
Est ce un ruminant? Un rongeur? »
Soudain, une vive rougeur
colora plus encor le visage tricorne.
Une surprise sans bornes
fit chavirer ses trois yeux.
<< Quoi! Rêvé je? dit il. D’où nous vient, justes cieux,
ce personnage si bizarre sans crier gare !
Il n’a que deux mains et deux pieds,
il n’est pas tout à fait entier.
Regardez comme. il a l’air bête,
il n’a que deux yeux dans la tête !
Sans cornes, comme il a l’air sot ! »
C’était du voyageur arrivé de la Terre
que parlait l’être planétaire.
Se croyant seul parfait et digne du pinceau,
il trouvait au Terrien un bien vilain museau.
Nous croyons trop souvent que, seule, notre tête
est de toutes la plus parfaite!

(Pierre Gamarra)

 

 

Posted in humour, méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La lune (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2015



lune tulipier [800x600]

La lune

La lune se leva bizarrement cornue
Parmi les tulipiers au bout de l’avenue,
Ce soir. ô la villa proprette et ses blancs murs,
Et son balcon de bois chargé de raisins mûrs.

O la brise d’été qu’embaumaient les ramures
En fleurs, qu’embaumaient les pins et la haie aux mûres
L’air de violon qui s’est plaint soudain : connu,
Air connu, très doux et comme ressouvenu.

Le vin que nous buvions sentait la peau de l’outre.
Je vous pris les deux mains, mais vous passâtes outre,
Ce soir, sur le balcon où grimpaient des muscats.
Pire que bonne vous fûtes et je fus sage.
Vous aviez un bouquet de cassie au corsage,
Et votre cou cerclé d’un collier de ducats.

(Jean Moréas)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :